France: décès du cardinal Yves Congar, grande figure de la théologie du XXe
Le « Celte des Ardennes » avait étudié à Tournai et résidé au Collège Belge
durant le concile =
Paris, 22 juin 1995 (CIP)
Le cardinal français Yves Congar, l’une des plus grandes figures de la
théologie du XXe France: décès du cardinal Yves Congar, grande figure de la théologie du XXe, est décédé jeudi à l’âge de 91 ans. Mondialement
connu pour une oeuvre centrée spécialement sur le mystère de l’Eglise et
sur l’oecuménisme, il garda toujours une fidélité aimante à l’Eglise,
malgré un moment de défiance de la part de Rome. Pleinement réhabilité par
Jean XXIII, il fut expert au concile Vatican II, qúil marqua de son
empreinte. Jean-Paul II l’avait créé cardinal le 30 octobre dernier. Celui
qúon surnomma parfois le « Celte des Ardennes » avait des attaches avec notre
pays: il avait étudié et enseigné au Scolasticat du Saulchoir, près de
Tournai et, durant le concile, avait fréquenté assidûment le Collège Belge
de Rome, où résidaient les « théologiens de Louvain », avant de s’y
installer.
Né le 13 avril 1904 à Sedan, dans les Ardennes, Yves Congar passe deux ans
au Séminaire universitaire des Carmes à Paris avant d’entrer en 1925 au
noviciat des dominicains. Il fait son scolasticat au Saulchoir, en Belgique
– le couvent d’études des dominicains français est en effet installé à Kain
(Tournai) jusqúen 1939, avant d’être transféré à Evry (Paris). il a pour
maître le Père Marie-Dominique Chenu, qui a une grande influence sur lui.
Ordonné prêtre en 1930, lecteur en théologie en 1931, il remplace au pied
levé le Père Chenu pour le cours d’ »Introduction à la théologie ». Il suit
alors à Paris les cours des grands maîtres de l’époque, Gilson, Le Bras,
Maritain, chez qui il rencontre Emmanuel Mounier, le fondateur de la revue
« Esprit ». Il revient ensuite au Saulchoir enseigner « l’apologétique » qui
devient vite un cours sur l’Eglise.
Le Père Congar se signale en 1934 par un article retentissant, écrit à la
demande de ses confrères de « La Vie intellectuelle » pour conclure une
grande enquête sur les causes de l’incroyance. Il y préconise une véritable
« ouverture au monde ». En 1937, il lance aux éditions du Cerf la collection
d’ecclésiologie « Unam Sanctam ». Il en écrit le premier volume: « Chrétiens
désunis, principes d’un oecuménisme catholique », qui marque un tournant de
l’oecuménisme catholique: plutôt que de batailler et de polémiquer contre
les autres confessions, il faut, dit- il, chercher chez les autres
chrétiens les éléments de vérité qui s’y trouvent et les embrasser.
Le Père Congar trace le plan d’un grand oeuvre théologique quand éclate la
deuxième guerre mondiale. Cinq ans de captivité (1939-1945) interrompent
son travail théologique. Dans son camp en Allemagne (avec Jean Guitton), il
donne de nombreuses conférences et lutte à sa manière contre l’idéologie
nazie. A son retour en France, il collabore régulièrement à l’hebdomadaire
« Témoignage Chrétien », créé par des prêtres et des laïcs engagés dans la
Résistance. Dès 1948, il vit davantage retranché dans un travail
intellectuel intense. Deux grands livres en sortiront: « Vraie et fausse
réforme dans l’Eglise » et « Jalons pour une théologie du laïcat ».
Pourtant, les dénonciations contre lui et ses confrères dominicains ne
cessent d’être envoyées à Rome. En 1954, dans une période de raidissement
doctrinal inaugurée par l’encyclique « Humani generis » de Pie XII, il
connaît l’exil: la Terre Sainte, Rome, Cambridge, Strasbourg lui sont
assignés par ses supérieurs comme lieux de résidence. Sa fidélité répond à
la méfiance. Avec Jean XXIII arrive enfin l’heure de la réhabilitation.
Désigné comme expert au Concile Vatican II, le P. Congar y joue un rôle
important. Après le Concile, il poursuivra sa recherche théologique, malgré
l’âge et les difficultés de santé. Il publiera en particulier une revue sur
l’Esprit-Saint. Créé cardinal par Jean-Paul II le 30 octobre 1994, il
demandera, comme l’avait fait avant lui le P. de Lubac, d’être dispensé de
recevoir l’épiscopat, en raison de son âge (90 ans).
Au temps du Collège Belge
En mars 1993, un peu plus d’un an avant d’être promu cardinal, le Père Yves
Congar redisait dans une interview au mensuel italien « Trenta Giorni » son
attachement au Concile Vatican II, relevant au passage la contribution
exemplaire des théologiens belges. Il suggérait aussi des pistes pour
donner plus de poids à la collégialité des évêques, acquis majeur du
Concile.
En 1962, durant la première session du concile, le P. Congar résidait à
l’Angelicum, l’Institut théologique de son ordre à Rome. N’y rencontrant
personne, il avait déménagé au Collège français, pour se fixer enfin au
Collège Belge. « Je m’étais aperçu, racontait-il, que le véritable travail
d’élaboration théologique se faisait surtout au Collège belge. Les Belges,
s’ils n’étaient guère nombreux, étaient très performants. Presque tous
venaient de l’Université Catholique de Louvain. Et il y avait entre eux une
sorte de complicité. »
Au nombre des acquis essentiels du Concile, le Père Congar plaçait « la
collégialité épiscopale ». « Il est juste d’affirmer, explique-t-il, que les
Conférences épiscopales sont et demeurent en dehors de la Constitution
divine de l’Eglise. Mais souvent, on prolonge le raisonnement en disant que
leurs décisions ne peuvent imposer des limites aux évêques. Je crois, au
contraire, que les Conférences épiscopales peuvent donner des règles aux
évêques, car ce sont les évêques eux-mêmes qui les composent. »
La Constitution du concile sur la charge pastorale des évêques, permet,
suggérait le P. Congar, « de créer des structures intermédiaires entre le
Saint-Siège et les évêques ». « En Orient, par exemple, il y a des
patriarcats, observait-il. Et au fond, cette notion du patriarcat peut très
bien être appliquée en dehors de l’Orient chrétien de façon que tout ne
dépende pas immédiatement du pape. °…§ Les Conférences épiscopales sont
une forme de collégialité. Le Collège des évêques est une institution
divine, car il s’agit de la succession des Douze. C’est là que je vois le
fondement dogmatique de leur existence. »
« Le problème des rapports entre le pape et les Conférences épiscopales ne
peut être réduit à un conflit de pouvoir », insiste le Père Congar. Mais,
tout en considérant que « l’élection du pape actuel a été une grâce pour
l’Eglise et le monde », le théologien estime qú « il ne faut pas tout
soumettre au pape », dont le pouvoir « n’est pas absolu ».
Jean-Paul II: serviteur de l’Eglise, même dans l’épreuve
Dans un message de condoléances adressé au cardinal Lustiger, archevêque de
Paris, Jean-Paul II exprime sa vive sympathie aux confrères dominicains et
aux proches du P. Congar. Le pape rend grâce « pour la vie religieuse et le
rayonnement spirituel de ce théologien dont l’oeuvre a remarquablement
contribué à l’essor du mouvement oecuménique et beaucoup apporté aux
travaux du Concile Vatican II ». Et il recommande aussi à Dieu celui qui fut
« un serviteur ardent de l’Eglise, même au cours de ses nombreuses années
d’épreuves ».
Dans un second télégramme adressé au P. Timothy Radcliffe, maître général
des dominicains, Jean-Paul II écrit: « Dans des sentiments de
reconnaissance, j’évoque la personne du maître en théologie qui a mis tout
son coeur et toute son intelligence à approfondir le mystère de l’Eglise et
à servir la cause de l’unité. Par sa fidélité courageuse à la grande
tradition qúil connaissait admirablement, il demeurera un inspirateur pour
ses frères et pour de nombreux chrétiens. »
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