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APIC – Interview

L’archevêque de Sarajevo plaide pour le changement des mentalités (220695)

Le souvenir refait l’histoire, le pardon ouvre l’avenir, dit Mgr Puljic

Bruxelles, 22juin(APIC/CIP) Archevêque de Sarajevo depuis 1990, le cardinal Vinko Puljic est convaincu que le changement des mentalités en ex-Yougoslavie peut apporter la paix. Invité à s’exprimer le 20 juin à Bruxelles

par l’Académie chrétienne pour le dialogue européen, le plus jeune des cardinaux actuels attend des Nations Unies une attitude résolue. A l’heure où

l’Europe fête le cinquantenaire de la victoire, des crimes sont commis au

nom d’idées facistes, dit-il, tout en retraçant l’histoire récente du conflit qui déchire l’ancienne Yougoslavie.

L’histoire de Sarajevo, a rappelé le cardinal Puljic, est surtout devenue tragique à partir de la première guerre mondiale: « Les catholiques vivent en Bosnie-Herzégovine depuis quinze siècles. Et pendant des siècles,

catholiques, orthodoxes et musulmans ont vécu côte à côte ». La chute du mur

de Berlin en 1989 a soulevé en Bosnie un nouvel espoir: « Après la chute du

communisme, nous avons espéré un retour à la démocratie qui pourrait guérir

nos blessures. Mais certaines forces dans l’armée populaire yougoslave ont

arrêté la marche vers la démocratie afin de maintenir leurs privilèges ».

Le jeu faussé

Le cardinal Puljic met notamment en cause « les officiers serbes qui,

avec tous les moyens mis à leur disposition, ont voulu mettre fin à la démocratisation afin de réaliser leur vieux rêve d’une Grande Serbie ». L’archevêque ajoute : « Profitant de la neutralité de la communauté internationale, qui a trop longtemps défendu l’unité de la Yougoslavie, les officiers

serbes ont réussi leur plan. Même l’Armée Populaire Yougoslave a été rapidement transformée en pure armée serbe pour attaquer tous les peuples non

serbes ». Mgr Puljic dénonce ici le jeu de dupes qu’a été dès le départ

l’embargo sur les armes: « Cet embargo n’a touché que les groupes de populations les plus faibles qui étaient attaqués, alors que les Serbes ont pu

disposer de tout l’armement de l’Armée Populaire Yougoslave ».

L’archevêque en cite aussitôt les conséquences: « une horrible épuration

ethnique, qui a fait des milliers de morts, des millions de réfugiés et de

personnes déplacées, un développement de la violence, des camps de concentrations, des tortures, des viols, et l’expulsion de toute la population

non serbe pour la ramener à 30% du territoire ».

Pour les catholiques de Bosnie-Herzégovine, le cardinal Puljic juge la

situation « catastrophique ». Le nombre des catholiques à Sarajevo n’est plus

que de 20 à 25’000. Et dans le diocèse de Banja Luka, dont le cardinal Puljic est originaire, la situation est pire encore: « Car là-bas, il n’y a pas

de casques bleus, ni d’observateurs, ni de journalistes! »

L’avenir à plusieurs

Pourtant, l’archevêque de Sarajevo continue d’envisager l’avenir de son

pays comme « société multiculturelle et multireligieuse ». Une vision que

partagent nombre de catholiques de Bosnie-Herzégovine, assure-t-il. Ils

écartent d’ailleurs toute idée d’un partage de la Bosnie pour venir à bout

du conflit qui déchire la région. « Nous ne vivons pas une guerre de religion, ni une guerre entre Bosniaques, insiste le cardinal. C’est une guerre

qu’on mène de l’extérieur sur notre dos pour recréer la Grande Serbie et

détruire notre modèle bosniaque d’une société multiculturelle ». Mgr Puljic

lance donc un nouvel appel à la communauté internationale: « Soutenez les

populations non serbes alors qu’elles ne sont plus en état de tenir tête à

leurs adversaires. N’allez surtout pas bénir le droit du plus fort! »

« Jusqu’ici, la communauté internationale ne nous a laissé qu’une alternative », déplore le cardinal avec amertume: « quitter nos maisons et nos

villages pour chercher asile ailleurs dans le monde, ou rester sur place

malgré tout, et vivre dans une extrême insécurité. Si nous choisissons la

première solution, nous devenons des mendiants et des citoyens de seconde

zone. Si nous optons pour la seconde, nous devenons les victimes sans défense d’un agresseur puissamment armé. On voudrait même nous dénier le

droit à nous défendre, ou nous presser d’y renoncer ».

Déposer les armes ne suffira pas

« On ne mettra pas fin à la guerre, conclut le cardinal Puljic, en dépossédant de leur droit légitime les plus faibles qui sont agressés. Il ne

suffira pas non plus de déposer les armes. La solution ne peut pas non plus

consister à faire payer les agresseurs au prix qu’exigent ceux qui ont été

agressés. D’un point de vue chrétien, il n’y a pas d’autre solution que

d’appuyer la recherche d’une paix juste en s’opposant aux forces du Mal. En

Bosnie, nous n’y arriverons pas tout seuls. Nous continuons à compter sur

la solidarité internationale. Bien sûr, il nous appartient, à nous les Bosniaques, d’apporter notre contribution à cette solution. Mais nous n’y parviendront que lorsque la communauté internationale nous en donnera les moyens ». Pour Mgr Puljic, si le souvenir refait l’histoire, le pardon, lui,

ouvre l’avenir. (apic/cip/pr)

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