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Conférence de Pékin sur la femme
Sévères mises au point du Saint-Siège (200695)
Rome, 20juin(APIC) Non à une « pression idéologique » pour imposer aux femmes du tiers monde le « modèle occidental » de promotion féminine et condamnation de « toutes les violences » faites aux femmes sont deux des grands
axes de la position que la délégation du Saint-Siège, présidée par une femme, défendra à la Conférence mondiale sur la femme qui se tiendra en septembre prochain à Pékin sous le patronage de l’ONU.
Contrairement à ce qui s’est passé à la Conférence du Caire sur la population et le développement tenue en septembre 1994, le Saint-Siège « ne voit
pas comment il pourrait arriver à un quelconque accord avec le monde musulman en raison de divergences substantielles sur la question de la femme ».
Ces deux avertissements ont été donnés mardi à Rome par Joaquin Navarro
Valls, directeur de la salle de presse du Vatican, qui fera partie de la
délégation du Saint-Siège à Pékin. La composition de la délégation est actuellement soumise à l’approbation du pape et n’est donc pas connue à ce
jour. On sait seulement qu’elle sera présidée par une femme et que la majorité de ses vingt membres seront également des femmes.
Pour l’Eglise, a déclaré J. Navarro Valls, il est temps de construire un
consensus international pour réconcilier la rhétorique et les aspirations
de tant de femmes afin d’aboutir « des applications concrètes pour combattre
des fléaux comme la pauvreté, l’analphabétism – 2/3 des 800 millions d’analphabètes dans le monde sont des femmes -, qui sont des obstacles sur le
chemin historique de la libération des femmes.
Dans ce combat, l’Eglise s’appuie sur un « préalable » auquel on ne peut
renoncer, a affirmé le porte-parole du Vatican: « la dignité humaine de la
femme, que fonde le concept des droits humains universel ». A ce titre, le
Saint-Siège trouve « incompréhensible et paradoxal » que le mot « dignité » appliqué à la femme soit déjà mis entre parenthèses dans le document préparatoire. La technique des parenthèses ou des crochets permet d’isoler les
termes ou passages sur lesquels les différentes délégations n’ont pas trouvé un consensus. Dans l’état actuel, un tiers du document préparatoire du
document préparatoire est entre parenthèses.
Un manque de continuité « déconcertant »
Second sujet d’étonnement pour le Saint-Siège: le document préparatoire
ne tient pas compte des acquis des précédentes conférences internationales;
« Ce manque de continuité est déconcertant », affirme J. Navarro Valls, qui
cite deux exemples: tout d’abord, le vote, au tout récent Sommet social de
Copenhague (février 1995), concernant le droit de contrôle des parents sur
la vie sexuelle de leurs enfants; ensuite, ce que le Saint-Siège considère
comme le principal acquis de la Conférence du Caire, à savoir l’exclusion
de l’avortement comme méthode de planification familiale, dont le principe
réapparaît, à la grande surprise de Rome, dans le paragraphe 107 du document préparatoire de Pékin.
La nécessité de sans cesse redéfinir et repréciser les acquis ne met pas
en cause l’intérêt de ce type de conférences qui, précise J. Navarro Valls,
« n’ont aucun caractère obligatoire pour les signataires », puisqu’il s’agit
de « propositions ». L’intérêt de telles conférences vient, selon lui, de la
possibilité d’échanges et de réflexions à un niveau supranational, dont on
perçoit les effets bien des années plus tard.
Déséquilibre idéologique
Troisième sujet de préoccupation pour l’Eglise à la veille de la Conférence de Pékin: le « déséquilibre idéologique » qui conduit à des « idées préconçues ». Le porte-parole du Saint-Siège cite l’exemple du mot « genre », qui
revient 300 fois dans le document, de « sexe », « sexuel » ou « sexualité », utilisés une centaine de fois, alors que « mère », « maternité » est cité à peine
une dizaine de fois. L’ambiguïté du mot « genre » qui, selon certaines tendances, serait appliqué à cinq nouveaux « genres » humains (masculin, féminin,
homosexuel masculin, homosexuel féminin, transsexuel), est désormais levée,
rappelle J. Navarro Valls, puisqu’un groupe de travail ad hoc a décidé que
c’est la définition classique du mot « genre » qui serait retenue à Pékin.
Dans ce même chapitre des « déséquilibres idéologiques », Rome s’étonne de
la disproportion qui apparaît là où sont traitées les questions de santé:
« Le document parle 40 fois des problèmes de santé relatifs à la vie sexuelle (sida, santé reproductive, MST, contrôle de la fertilité) et deux fois
seulement des maladies tropicales. Or, l’Organisation Mondiale de la Santé
estime à 4 millions les cas d’infection par l’HIV en 1994, alors que cette
même organisation considère que les maladies tropicales frappent entre 650
et 850 millions de personnes par an ».
L’Eglise catholique s’inquiète encore des « ambiguïtés linguistiques ».
Certaines expressions, comme « tendance sexuelle », n’ont reçu « aucune reconnaissance juridique dans un document international », ce qui, estime Navarro
Valls, pourrait « conduire à considérer la pédophilie comme une modalité
possible de tendances sexuelles, qui pourrait ensuite facilement être considérée comme un droit ».
La violence « sous toutes ses formes »
Au-delà de ces questions, le Saint-Siège entend également concentrer ses
efforts sur plusieurs aspects techniques plus particuliers, dont l’un est
« prioritaire »: « la violence exercée contre les femmes », que l’Eglise voudrait voir condamner « sous toutes ses formes »: « prostitution des toutes
jeunes filles, violence contre les femmes considérée comme moyen de pression en temps de guerre, mutilation génitale des petites fille, stérilisation forcée, usage obligatoire des contraceptifs, incitations à l’avortement, plan systématique de stérilisation dans les pays en voie de développement, élimination du foetus féminin, sélection sexuelle prénatale ».
Un autre reproche adressé par Rome au document préparatoire est que la
famille y est peu citée. Le Saint-Siège entend que le « droit fondamental à
la maternité » soit reconnu juridiquement et garanti sur le plan social par
des aides économiques. Le droit des femmes émigrées aura également droit à
l’attention de la délégation vaticane qui, comme elle l’a fait à Copenhague, se battra pour que soit reconnu le droit au regroupement familial là
où vit la mère. Enfin, le droit des parents à choisir le type d’éducation
qu’ils désirent pour leurs enfants sera également défendu, le Saint-Siège
ne pouvant admettre que les parents soient privés de leur responsabilité
concernant « les programmes et les services publics dans le domaine de la
sexualité, avortement inclus ». (apic/jmg/pr)
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