Accra, 18juin(APIC/ENI) Le pasteur Konrad Raiser, secrétaire général du
Conseil oecuménique des Eglises (COE), en visite au Ghana du 7 au 10 juin,
s’est félicité du dynamisme de l’oecuménisme ghanéen, en soulignant que
c’était un «modèle» pour l’Afrique.
Le Ghana est avant tout le pays du panafricanisme, qui a encouragé à la fin
des années cinquante la solidarité politique des peuples africains dans
leur lutte pour l’indépendance. Aujourd’hui, les Eglises chrétiennes de ce
pays, centenaires pour la plupart et dont le message a fortement inspiré
les idées panafricanistes, poursuivent depuis près de six décennies une
collaboration oecuménique enrichissante pour chacune de Eglises membres du
Conseil chrétien.
Cinq Eglises ont créé le Conseil chrétien du Ghana en 1929. Actuellement 14
Eglises protestantes de différentes dénominations et deux organisations
indépendantes en sont membres. Le pasteur David A. Dartey, 52 ans, pasteur
de l’Eglise presbytérienne, coordonne les activités de ce Conseil.
Un dialogue entre le Conseil chrétien et la Conférence épiscopale
(catholique) a favorisé la mise sur pied d’un cadre institutionnel commun,
qui a permis des prises de positions oecuméniques parfois courageuses.
Les Eglises du Ghana ont en effet condamné fermement les violences
meurtrières enregistrées en mai dernier à Accra. Des manifestants qui
réclamaient la suppression de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), imposée
par le gouvernement, ont été sévèrement réprimés par les Associations des
comités de défense de la révolution (ACDRS), proches du pouvoir. Selon le
mensuel presbytérien de mai 1995 Christian Messenger, le pasteur Dartey a
déclaré que «la mort du peuple innocent pendant la démonstration de force
était malheureuse» et l’évêque catholique D. Andoh du diocèse d’Accra a
demandé au gouvernement de «s’expliquer devant la nation».
Les différentes prises de position des Eglises sur les problèmes du pays
ont souvent jeté un froid sur les relations entre l’Eglise et l’Etat. La
visite de courtoisie du pasteur Konrad Raiser au président de la
République, Jerry Rawlings, a permis de rétablir le contact rompu entre les
deux partenaires. «C’est une nécessité pour l’Eglise et l’Etat de faire
attention à leurs intérêts réciproques», a indiqué le président de la
République qui – selon le quotidien gouvernemental Daily Graphic du 10 juin
– a par ailleurs «regretté» ces incidents malheureux. En réponse, le
pasteur Konrad Raiser a souligné que «l’Eglise a le droit de s’exprimer.
Elle doit le faire chaque fois qúelle est interpellée par les problèmes
ayant des conséquences néfastes sur la vie des populations.»
Le fondamentalisme religieux, la violation des droits de la personne, les
guerres, la dégradation du niveau de vie des populations, entre autres,
sont autant de problèmes auxquels l’ensemble des pays de l’Afrique de
l’Ouest sont confrontés.
Le Conseil chrétien du Ghana a pris l’initiative d’inviter les Conseils
nationaux des pays de la sous-région à unir leurs efforts pour faire face
aux nombreux défis. Ainsi est née l’Association des Conseils chrétiens en
Afrique de l’Ouest (FECCIWA) qui, pour l’instant, favorise les échanges
d’idées et l’analyse des problèmes communs et permet de développer la
solidarité oecuménique.
Les Conseils chrétiens de la Gambie, de la Sierra Leone, du Libéria, du
Togo, du Nigéria, du Ghana et l’Eglise protestante du Sénégal ont lancé en
mai dernier cette initiative des Eglises en vue de promouvoir la justice
sociale en Afrique de l’Ouest.
«C’est un exemple à suivre» a déclaré le pasteur Konrad Raiser qui s’est
adressé aux responsables des Conseils chrétiens des pays de l’Afrique de
l’Ouest, réunis en session du 10 au 12 juin 1995 à Accra. (apic/eni/be)
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