Le dominicain francais s’exprimait dans les colonnes de L’Osservatore Romano du 26-27 avril 2019.
Au nom d’une prétendue neutralité des valeurs, les démocraties sombrent dans une relativisation inquiétante de la liberté de religion, explique le Père Bonino. En voulant s’affranchir de toute inspiration religieuse, les sociétés modernes imposent la marginalisation, voire l’exclusion de la religion dans la sphère publique. En témoigne par exemple la restriction constante du droit à l’objection de conscience.
C’est pourquoi, poursuit-il, si ce document critique «les tentations théocratiques» de certains fondamentalismes, il se concentre, en premier lieu, sur les «orientations potentiellement totalitaires» de certaines interprétations de la neutralité de l’Etat. Car lorsque les Etats érigent le relativisme en dogme, le lien social se dissout dans l’acide de l’individualisme libertaire. A l’inverse, une «bonne laïcité» suppose une bonne coopération entre l’Eglise et l’Etat, avec une distinction appropriée des tâches.
En ce sens, l’Eglise n’est pas «un lobby défendant des intérêts particuliers», rappelle le dominicain. Mais bien un organe nécessaire à la vitalité société civile. De même, la proclamation de l’Evangile suppose de défendre la liberté de toutes les religions. C’est pourquoi, comme l’indique le titre du document, la CIT a souhaité mettre en lumière les ressources de la liberté de religion «pour le bien de tous».
Ce document, souligne par ailleurs le Père Javier Prades Lopez, président de la sous-commission de la liberté religieuse de la CIT, dans un second article publié dans le quotidien du Vatican, n’est pas un texte académique. Il offre plutôt une proposition d’approche théologique des principaux changements politiques, religieux et sociaux, 50 ans après le Concile Vatican II. Ce texte reflète, selon lui, l’évolution du contexte religieux dans le monde, caractérisé par la permanence du fait religieux d’une part, et l’émergence de la laïcité d’une autre part.
Il témoigne, poursuit le prêtre de Madrid, de la vitalité de la dimension communautaire de la religion aujourd’hui. En effet, le phénomène religieux revêt une dimension importante, d’une manière différente par rapport au siècle dernier. En outre, il aborde le lien entre culture libérale et religion. Enfin, il souligne la nécessité d’une collaboration positive entre l’Etat et les religions, en évitant toute confusion ou opposition. (cath.ch/imedia/cg/mp)
Maurice Page
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