Un motu proprio pour des mesures tant attendues

Publié le 9 mai 2019 par le Saint-Siège, le motu proprio Vos estis lux mundi du pape François vient apporter des mesures espérées après le sommet de février 2019 sur la protection des mineurs. En instaurant une obligation de dénonciation des cas d’abus, le pontife frappe un grand coup.

En ouvrant le sommet sur la protection des mineurs en février dernier, le pape avait d’emblée annoncé la couleur: des mesures «concrètes et efficaces» devraient suivre. Il en allait de la crédibilité de l’annonce évangélique de l’Eglise. Trois jours plus tard, lors de la conclusion de ce sommet, force était de constater que de telles mesures n’étaient pas annoncées. Un fait qui avait largement déçu.

Environ un mois plus tard, le Vatican publiait un motu proprio et des lignes de conduite pour lutter contre les abus sur mineurs au sein de la Curie romaine et du petit Etat. L’effort était louable et exigeant, mais finalement limité aux 44 hectares de l’enclave romaine. Finalement, c’est le motu proprio Vos estis lux mundi publié ce 9 mai qui vient apporter au niveau de l’Eglise universelle ces fameuses mesures «concrètes et efficaces» tant attendues.

Une responsabilisation aussi du Vatican

Paru seulement dix semaines après le sommet de février – un temps record pour le Vatican – ce document législatif vient prouver que la rencontre a porté du fruit. Ainsi, émise en février par le cardinal Blase Cupich, l’idée de charger le métropolite de l’enquête sur les évêques accusés d’abus a été reprise dans le motu proprio. De même, le risque soulevé par le cardinal Reinhard Marx de la destruction des preuves a été intégré.

Plus généralement, en instituant une obligation faite aux clercs et religieux de dénoncer les cas d’abus, ce motu proprio vient frapper un grand coup. D’autant que l’obligation porte également sur les tentatives d’ensablement. De même, Vos estis lux mundi vient également mettre le Saint-Siège en face de ses responsabilités: lorsqu’un cas d’abus lui est signalé, il doit répondre sous 30 jours. Une véritable révolution pour le Vatican où les délais ont souvent tendance à s’allonger de longs mois.

«Ce serait une erreur de considérer [ce motu proprio] comme une réponse provoquée par tel ou tel cas», tient à prévenir le cardinal Marc Ouellet, préfet de la Congrégation pour les évêques. Difficile toutefois, de ne pas y voir l’ombre du cas McCarrick: informé dès 2000 des abus commis par celui-ci, le Vatican semble n’avoir pas réagi. De même, il semble que de nombreuses personnes en étaient informées, qui n’ont rien dit. Si ces nouvelles normes avaient existé à l’époque, l’affaire aurait vraisemblablement été traitée dès 2000 ou 2001, et non 18 ans plus tard.

La lutte contre les abus continue

Exigeant, ce motu proprio veut ainsi définitivement mettre au «problème systémique» – selon les mots de Mgr Eric de Moulins-Beaufort, nouveau président de la Conférence de France – des abus sexuels mais surtout de l’ensablement au sein de l’Eglise. Si les mesures sont respectées, il est difficile d’imaginer que des cas puissent rester secrets pendant des décennies avant d’éclater au grand jour, comme c’est encore le cas.

Traitant de la dénonciation des cas d’abus sexuels et d’ensablement des enquêtes sur les évêques accusés, Vos estis lux mundi n’aborde pas la question du déroulement des procès, les cas échéants. Pour le moment, ceux-ci sont couverts par le secret pontifical. Lors du sommet de février, plusieurs voix s’étaient élevées pour demander un niveau de confidentialité moins élevé. Au Vatican, plusieurs responsables ont affirmé que le sujet était étudié. La lutte contre les abus sexuels n’est pas terminée. (cath.ch/imedia/xln/rz)

Le pape impose des normes juridiques contre les abus sexuels

Raphaël Zbinden

Portail catholique suisse

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