Le texte contient 74 lignes (max. 75 signes), 782 mots et 5440 signes.

apic/Ernesto Cardenal/ fidèle à lui-même

Nicaragua: Le Père Ernesto Cardenal, ancien « prêtre-ministre », (070695)

stigmatise la corruption des principaux dirigeants sandinistes

E. Cardenal continue de se dire « chrétien, marxiste et sandiniste »

Managua, 6juin(APIC) Le Père Ernesto Cardenal, ancien ministre de la Culture à l’époque du Nicaragua révolutionnaire, stigmatise aujourd’hui la

corruption et l’autoritarisme des principaux dirigeants sandinistes, comme

Tomas Borge et Daniel Ortega. Il a rejoint le « Mouvement de rénovation sandiniste » (MRS) dirigé par l’ex-vice-président Sergio Ramirez. Interviewé à

Managua par l’agence de presse oecuménique ENI, Ernesto Cardenal continue

de se dire « chrétien, marxiste et sandiniste ». Mais il parle davantage de

rénovation que de révolution.

D’autres « prêtres-ministres », comme son frère Fernando Cardenal, ancien

jésuite et ex-ministre de l’Education, ou l’ancien ministre des Affaires

étrangères, le Père Miguel D’Escoto, ne renient pas non plus leurs premières options politiques, sans pourtant suivre le même chemin que l’ancien

moine trappiste rendu célèbre par son sempiternel béret noir, sa barbe

blanche, et le fameux geste de monition que pape Jean Paul II lui avait

adressé lors de sa visite pastorale au Nicaragua en 1983.

Ni la situation explosive du Nicaragua, ni les tensions profondes que

connaît le sandinisme, ne semblent intimider Ernesto Cardenal. « Je continue

de croire en la révolution et au changement », dit-il en souriant. Sa militance au sein du Front sandiniste de libération nationale (FSLN) lui a valu

en 1984 une sévère sanction du Vatican. La hiérarchie romaine n’a jamais

admis que certains de ses prêtres assument des charges publiques au sein du

gouvernement sandiniste.

Face à la crise actuelle que traverse le FSLN, Ernesto Cardenal, qui

poursuit ses activités poétiques et artistiques, s’est joint au nouveau

parti de Sergio Ramirez qui a tenu son congrès de fondation le 21 mai dernier. « Le problème principal du FSLN a été la corruption de ses principaux

dirigeants, qui l’ont considéré comme leur propre patrimoine et lui ont imposé un style de direction autoritaire », souligne Ernesto Cardenal. Confronté à cette réalité, ajoute-t-il, un groupe de militants a décidé de

« fonder un nouveau sandinisme, représenté par le MRS, qui est devenu un signe d’espérance pour le pays. Il revient aux sources, au glorieux sandinisme d’antan ».

L’option politique des autres religieux

La crise vécue par le sandinisme durant cette dernière année a influencé

d’une manière ou d’une autre les principales personnalités religieuses qui

avaient sympathisé avec ce mouvement. Certains, comme son frère Fernando

Cardenal, qui a officiellement démissionné du FSLN, rejettent la possibilité de rejoindre toute autre formation, même pas le MRS de Sergio Ramirez.

Un troisième groupe, qui comprend entre autres l’ancien ministre des Affaires étrangères, le P. Miguel d’Escoto, continue de militer au sein du FSLN.

Certains dirigeants protestants, entre autres le pasteur Miguel Angel

Casco, des Assemblées de Dieu, occupent des responsabilités, comme la présidence de la Commission d’éthique, au sein du parti sandiniste « officiel ».

Selon diverses sources, la majorité des membres des « communautés ecclésiales de base » continuent de sympathiser avec le FSLN, dirigé par l’ancien

président Daniel Ortega. Parmi les personnalités chrétiennes, engagées depuis toujours aux côtés du mouvement populaire, les sympathies sont aussi

partagées. Certains dirigeants laïcs, comme l’ancien ministre de la Sécurité sociale durant la décennie sandiniste, ou l’ancien ministre du Logement

durant la même époque, ont rejoint le Mouvement rénovateur sandiniste.

Accaparement des biens de l’Etat et corruption à l’origine de la crise

« La corruption de certains dirigeants, comme Tomas Borge et Daniel Ortega, est à l’origine de la crise du parti », explique Ernesto Cardenal, pour

qui « le style autoritaire relève d’un sandinisme condamné à périr ». Au sein

de la société nicaraguayenne, en effet, les questions éthiques ont pris une

grande importance dans ce débat qui agite le FSLN.

« La résurgence de nouvelles valeurs éthiques, ainsi que la démocratisation interne impulsée par les rénovateurs, éléments incorporés au nouveau

programme, sont la garantie d’une nouvelle manière de faire de la politique », déclare l’auteur de « Canto cosmico » et de « Salmos ». « Le plein exercice de la démocratie interne servira à empêcher la répétition des activités

de corruption, comme celles qui ont eu lieu après la défaite électorale du

FSLN en 1990, dans une distribution arbitraire des biens de l’Etat », explique-t-il.

Dans les années 80, l’une des consignes principales affichées par les

secteurs chrétiens progressistes du Nicaragua avait été: « Entre christianisme et révolution, il n’y a pas de contradiction ». Interrogé sur la validité de cette consigne, le Père Cardenal répond affirmativement: « Elle est

toujours valable, bien qu’il soit nécessaire aujourd’hui de comprendre que

révolution et rénovation sont des termes semblables ». Pour Ernesto Cardenal, « le concept même de socialisme » continue d’être pleinement actuel, même s’il faut l’adapter aux « changements mondiaux, par exemple en tenant

compte du rôle du marché, mais sans perdre de vue le critère d’équité et de

justice sociale ». (apic/eni/ba)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/apic-ernesto-cardenal-fidele-a-lui-meme/