Le voyage de François en Roumanie, un accomplissement de celui de Jean Paul II

Le voyage en Roumanie représente un «geste d’accomplissement» de la visite de Jean Paul II en 1999, considère l’ancien ambassadeur de Roumanie près le Saint-Siège Bogdan Tataru-Cazaban. Le pape François a su consolider l’ouverture «historique» permise par le voyage du pontife polonais.

Ambassadeur de Roumanie près le Saint-Siège entre 2010 et 2016, orthodoxe, Bogdan Tataru-Cazaban confie ses impressions à l’agence I.MEDIA au lendemain de ce 30e voyage du pape François.

Vingt ans après la visite de Jean Paul II, quels sont les fruits du voyage apostolique du pape François ?

Le voyage du pape François a été dès le début vu sous le signe de la continuité avec la visite de Jean Paul II qui a ouvert la voie de la présence des évêques de Rome en terre orthodoxe. Cette  visite a demeuré, je crois, la plus lumineuse et pleine d’espoir parmi les visites qu’il a faites dans cette région. Le pape François a su consolider cette ouverture historique opérée par son prédécesseur dans un pays dont la tradition culturelle a été souvent caractérisée comme une ›Byzance latine’.

La continuité la plus symbolique entre ces deux visites s’est manifestée avec éclat pendant la cérémonie qui a eu lieu dans la cathédrale orthodoxe nationale, sur la toile de fond de la grande iconostase dorée et devant les fidèles orthodoxes qui se réjouissaient de voir ensemble les successeurs du pape Jean Paul II et du patriarche Théoctiste.

N’oublions pas que la croix initiale marquant le lieu de la future cathédrale nationale fut bénie en 1999 par Théoctiste et Jean Paul II au centre de Bucarest, où elle reste aujourd’hui comme témoin de leur rencontre. Donc, avec la visite du pape François, nous avons assisté à un geste d’accomplissement de ce qui fut semé par Jean Paul II.

Critique des ›colonisations idéologiques’

Dans les discours, il y a eu des thèmes qui se répondent mutuellement: le rapport entre prière et charité, les racines chrétiennes, la situation des villages dépeuplés, la diaspora, la critique des ›colonisations idéologiques’. Dans la cathédrale orthodoxe, le pape a magnifiquement mis en lumière le mystère du frère à travers sa médiation sur le Pater, qui a beaucoup impressionné les orthodoxes.

En plus, il a fait toujours, dans les moments dédiés aux catholiques, des rappels à la tradition orthodoxe et à son patrimoine de sagesse. Je crois que toutes ses paroles d’attention, tous ses appels à créer une solidarité chrétienne efficace au sein de la société ont été très bien reçus par la grande majorité des fidèles orthodoxes. On doit noter que l’agence de presse du Patriarcat a reproduit les messages du pape sur Twitter, ce qui est certainement le signe d’une réelle appréciation et réception.

Dimension œcuménique

Je pense que la dimension œcuménique de cette visite, dans un contexte difficile des rapports entre les diverses Eglises orthodoxes, a été exprimée de manière plus éloquente au niveau des gestes, des sentiments spontanés, de l’accueil chaleureux qu’à celui des déclarations.

Le rôle de la diaspora orthodoxe roumaine y est considérable, car l’hospitalité fraternelle dont elle bénéficie partout en Europe occidentale grâce à l’Eglise catholique et les rapports de connaissance mutuelle et de collaboration qui se sont ainsi développés au niveau des petites communautés constituent le principal élément de nouveauté par rapport au contexte de la visite de Jean Paul II.

Comment a été perçue la béatification des sept évêques gréco-catholiques martyrs ?

La couverture médiatique interne de l’évènement a été remarquable. La béatification des sept évêques-martyrs dans un lieu ayant un poids historique extraordinaire [à Blaj, où les communistes avaient ordonné le rattachement de l’Eglise gréco-catholique à l’orthodoxie, ndlr] a suscité non seulement l’intérêt des Roumains non-catholiques mais aussi leur participation affective et solidaire.

Il s’agit notamment du profond respect pour la souffrance et le martyre de ceux qui ont subi l’épreuve de la persécution. Au niveau du martyre, il n’y a plus de concurrence ou de dissension. C’est une histoire de souffrance commune qu’ont vécue les sept bienheureux de l’Eglise roumaine gréco-catholique avec leurs frères orthodoxes et protestants, maltraités pour leur foi dans les prisons communistes.

En dépit d’une histoire antérieure qui n’avait pas été épargnée de tensions et de disputes, le témoignage de la foi devant le mal a uni les membres des diverses confessions ainsi qu’on peut lire – je donne seulement cet exemple, évoqué d’ailleurs par Jean Paul II durant sa visite – dans le Journal de la félicité. de N. Steinhardt.

La société roumaine est-elle prête à compter avec les Roms, comme l’a demandé le pape dans son dernier discours ?

Je pense que le message du pape François peut être une aide précieuse sur ce chemin de l’inclusion réelle des membres de la communauté rom. Des initiatives et des cadres politiques et institutionnels n’ont pas manqué en Roumanie durant les trois dernières décennies.

L’Eglise orthodoxe roumaine a développé elle-aussi une pastorale dédiée à ces communautés, en traduisant dans leur langue la liturgie et en s’engageant dans divers projets éducationnels et sociaux. Ce qui reste à faire est certainement un changement plus profond au niveau des mentalités et là, dans la perspective chrétienne, on ne peut pas opérer en dehors d’un véritable sens de la fraternité. Le pape François nous a rappelé justement ce que veut dire la charité envers notre frère: pardon, sacrifice, solidarité, espoir. (cath.ch/imedia/xln/be)

Jacques Berset

Portail catholique suisse

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