apic/Paris/18e arrondissement
APIC – reportage
Paris: A l’ombre de Montmartre, chrétiens (180795)
juifs et musulmans vivent en harmonie
Voyage religieux dans le 18e arrondissement
Jean-Claude Noyé, pour l’agence APIC
Paris, 18juillet(APIC) Les visiteurs de Montmartre, au centre de Paris,
sont impressionnés par la taille de la basilique du Sacré-Coeur, charmés
par les escaliers et les ruelles pittoresques, attirés par les vitrines des
boutiques ou les terrasses des bistrots ou encore fascinés par les peintres
de la Place du Tertre. Presque tous ignorent que derrière la façade typiquement parisienne se cachent des quartiers extrêmement variés où se côtoient Français et étrangers, chrétiens, juifs et musulmans dans un esprit
de tolérance mutuelle. Voyage religieux dans le 18e arrondissement.
Avec ses 189’000 habitants, le 18e arrondissement de Paris est deux fois
plus grand que des villes comme Orléans ou Gap. Sur un territoire restreint, il affiche une grande diversité de quartiers. Il n’y a guère de
commune mesure entre la très chic avenue Junot, à Montmartre, et les cités
HLM coincées entre périph’ et boulevard circulaire où le taux de chômage
atteint 28%. A cette diversité sociologique correspond une mosaïque de
croyances et de pratiques religieuses due à la forte proportion d’émigrés
et de réfugiés de tous horizons.
La rue fermée pour la prière du vendredi
Contrairement à ce que l’on entend dire parfois, ce monde vit dans la
tolérance mutuelle et les dérapages sont rares. Ainsi, les habitants de la
rue Polonceau accceptent que, chaque vendredi, la rue soit momentanément
fermée à la circulation pour la grande prière des musulmans. Les hommes
prient en effet sur la chaussée en face de la ’Maison du Coran’ trop petite
pour les contenir tous. Malgré ces 500m2, cette ’mosquée’ installée depuis
1975 de bric et de broc dans un ancien hangar industriel ne peut abriter le
millier de fidèles qui s’y rendent chaque semaine.
La communauté juive a ses aises depuis longtemps dans le 18e arrondissement. «Le Merkaz a été créé en 1953 avec le retour des juifs d’Afrique du
Nord qui se sont installés nombreux dans le 18e», explique Jacob Dahan, le
directeur de ce centre culturel et communautaire à la fois centre de documentation, musée d’art juif, synagogue, école d’hébreu et lieu d’enseignement du judaïsme. Très ouvert sur l’extérieur – des non-juifs peuvent assister à l’office religieux – le ’Merkaz’ offre une image de tolérance.
Dans le 18e arrondissement, les juifs disposent encore du Centre israélite,
au rôle plus social, et de deux synagogues.
Les adeptes du bouddhisme tibétain, se retrouvent dans une soupente, rue
Lepic, près de Pigalle, au dessus du magasin «Lumière du Tibet». Lama
Tachi, un ancien moine tibétain marié à une anglaise reçoit chaque semaine
une quarantaine de disciples. Il tient à préciser qu’il ne fait aucun
prosylétisme et que son enseignement est totalement bénévole. «Je reçois
beaucoup d’amis de confessions diverses que je respecte pleinement.
L’essentiel est la compassion envers autrui.»
Les confessions chrétiennes restent bien sûr majoritaires. Elles témoignent elles aussi d’une diversité extrême. Côté protestant, on signale une
église évangélique luthérienne, une église des baptistes du Tabernacle, des
lieux de culte de l’Alliance des Eglises évangéliques haïtiennes, de la Fédération des Eglises et communautés charismatiques, de l’Union des Assemblées de Dieu, de l’assemblée chrétienne Dimpa di Moyo (Pain de Vie) et
d’une église nazaréenne. Le lieu protestant le plus connu reste la «Maison
verte» ouverte au siècle dernier après la commune de Paris en 1871. Depuis
toujours, c’est un lieu d’engagement: pour le logement social, contre le
guerre d’Algérie et l’OAS, pour les droits de la femme, pour l’emploi. Elle
accueille un formidable brassage de populations et d’activités.
L’apéro à l’église
Côté catholique, des six paroisses du 18e arrondissement, on retiendra
celle de St-Jean dont l’église, style 1900, donne sur la place des Abbesses, à deux pas de la bouche de métro qui vomit les touristes se rendant au
Sacré-Coeur de Montmartre. Si elle ne compte que 5 à 600 fervents pour une
population de 20’000 personnes, elle n’en est pas moins vivante. L’église
est ouverte tout la journée et une vingtaine de personnes, laïcs et prêtres
se relayent à l’accueil pour répondre à toutes les questions. On organise
aussi des fêtes dans la grande crypte et le dimanche, après la messe, le
verre de l’amitié est offert dans l’église elle-même. «Jésus n’a-t-il pas
fait son premier miracle à Cana en changeant l’eau en vin pour une fête de
mariage?» explique le curé Jean-Charles de Bruignac.
Les orthodoxes enfin sont les derniers venus, les Serbes (50’000 à Paris) ont acheté en 1988 un ancien temple protestant, rue du Simplon, devenu
l’église Saint Sava. Plus de 2’000 s’y sont retrouvés pour fêter le noël
orthodoxe le 6 janvier dernier.
A ce catalogue il faut encore ajouter un temple japonais, des mormons et
des hindouistes. Bref un mélange culturel et religieux unique à Paris et
certainement en France. Un brassage que la population majoritairement jeune
revendique comme constitutif de son identité. De nombreuses associations
font un travail important pour l’intégration des migrants. Un journal local, «Le 18e du mois», informe mensuellement la population et prend part au
débat politique. Le 18e vient d’ailleurs de porter un socialiste à la tête
de sa mairie. (apic/jcn/mp)
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