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APIC – portrait
William Crombie: Du missionnaire anglican au Père Blanc catholique
«Que ma conversion serve l’union et non la division»
Fridrich Strba, Agence APIC
Fribourg, 13juillet(APIC) Son léger accent anglais dans un français bien
travaillé s’harmonise parfaitement avec son aspect physique «typically british». William Crombie n’est pas reservé comme on pourrait le penser. Les
yeux de ce Père Blanc écossais, s’allument quand il commence à parler de la
Tanzanie, pays où il a passé 9 ans et où il rêve de retourner aussi tôt que
possible. On peut en discuter longuement dans l’ambiance accueillante de
l’Africanum de Fribourg, où il vient de passer une année de noviciat.
Né en novembre 1952 à Aberdeen, William a quitté très jeune son Ecosse
natale pour aller habiter en Angleterre. «C’est pourquoi je n’ai pas le caractère typiquement écossais», affirme-t-il avec un grand sourire. C’est en
Angleterre qu’il est entré dans la société missionnaire anglicane USPG (United Society for the Propagation of the Gospel). Après d’avoir été ordonné
prêtre de l’Eglise d’Angleterre en 1979, le Père Crombie a travaillé pendant six ans dans les paroisses de son pays. Il est ensuite parti comme
missionnaire en Tanzanie.
Le courant anglo-catholique
William Crombie a vécu 9 ans dans ce pays de l’Afrique de l’Est. Dans la
pastorale, les anglicans côtoyaient les catholiques. Les liens entre les
deux communautés étaient plutôt bons, estime le Père Crombie. C’est là que
l’idée de conversion est née. La nécessité de l’union avec le siège de
Pierre est devenue évidente. «Je viens du courant anglo-catholique, plus
proche de Rome», explique William. Les autres courants théologiques de
l’Eglise anglicane se refèrent plus au calvinisme (Low Church ou Eglise
Basse) et au libéralisme (Broad Church ou Eglise large).
William a approché les Pères Blancs à Dar-es-Salaam et leur a fait part
des idées qui lui venaient à l’esprit. «Il m’ont dit que si j’avais intention de me convertir et d’entrer dans la communauté, je n’avais pas beaucoup de temps pour refléchir». Son âge, 35 ans à l’époque, est en effet la
limite pour le commencement du noviciat chez les Pères Blancs. Une personne
plus âgée peut certes encore entrer dans la Société des missionnaires
d’Afrique, mais elle doit demander une dispense.
Sacerdoce féminin
Sa décision n’a cependant pas été aussi rapide. Le catalyseur ne fut pas
l’ordination des femmes dans l’Eglise anglicane, précise William. «Chaque
province anglicane peut décider si elle ordonnera les femmes ou pas. L’archevêque de Tanzanie n’a pas voulu discuter de cette question, car il y
voyait une source de division.» William se dit lui-même plutôt favorable au
sacerdoce féminin comme moyen d’empêcher certain élitisme clérical.
«J’hésitais beaucoup», relève le Père Crombie. «J’avais un travail pour
le Royaume de Dieu et je me demandais pourquoi chercher ailleurs». William
enseignait au séminaire anglican de Dar-es-Salaam l’histoire de l’Eglise,
une matière qui le passionne. «Pourquoi le Seigneur voudrait-il que
j’abandonne le travail dans sa vigne?» s’est-il interrogé pendant 5 ans.
Mais sa conversion devenait de plus en plus une exigence d’intégrité personnelle. «Il m’était toujours plus difficile de continuer sans ce changement», relève-t-il.
Réaction anglicane
William Crombie a parlé à ses confrères anglicans des idées qui l’habitaient. «Ils ont été très compréhensifs», souligne-t-il. «Autrefois une
conversion était jugée comme une haute tahison. Maintenant je peux maintenir de bons contacts avec mes confrères anglicans.» Et de rappeler avec
joie les paroles du Rév. Robert Runcie, ancien archevêque de Cantorbéry,
selon lesquelles on peut envisager «dans un futur pas si lointain» une union avec les catholiques.
Plus de la moitié des gens qui ont participé en 1993 à l’acte de son admission dans l’Eglise catholique étaient anglicans. Mgr Polycarp Pengo, archevêque catholique de Dar-es-Salaam, les a invité à prendre part à la
communion eucharistique. «Il y a 10 ans, c’était inpensable», se réjouit le
Père Blanc qui veut que sa conversion «ne serve pas la division, mais
l’union des deux Eglises».
La réaction du Rev. Basil Sambano, évêque anglican de Dar-es-Salaam, fut
également surprenante. D’abord déçu de son départ, il lui a finalement préparé une fête d’adieu. William Crombie n’oubliera jamais les cadeaux que
l’évêque lui a offerts: une chemise africaine et une grande statue d’hippopotame en pierre. «J’ai dû la cacher quand j’ai pris l’avion pour l’Europe.
Ce n’était pas si facile, car la statue est vraiment lourde.»
De nouveau en Tanzanie?
Le Père Crombie est arrivé en Suisse en 1994, à l’Africanum de Fribourg,
maison du noviciat de la Société des missionnaires d’Afrique. Le 9 juillet
1995 il a célébré avec dix autres confrères la fin de son année spirituelle
et présenté son projet missionnaire, qui remplace chez les Pères Blancs les
voeux temporaires. Ses compagnons iront pour deux ans de stage en Afrique,
explique-t-il avec un brin de jalousie. «Les supérieurs n’ont pas jugé nécessaire que je fasse le stage. Mon expérience de neuf ans serait suffisante.» William partira donc pour Toulouse, où il fera une année d’études en
théologie catholique et aussi, à sa propre demande, des études oecuméniques.
Il espère ensuite pouvoir regagner la Tanzanie. «Cette décision est cependant entre les mains de mes supérieurs», ajoute-t-il avant de changer de
thème: Les premières élections pluralistes dans ce pays de l’Afrique orientale, qui se tiendront en automne prochain. (apic/fs)
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Encadré
«United Society for the Propagation of the Gospel» (USPG) fut formée en
1965 par la fusion de Society for the Propagation of the Gospel (SPG) avec
Universities’ Mission to Central Africa (UMCA). Cette société anglicane
sert l’Eglise d’Angleterre et les Eglises unies dans la mission dans environ 40 pays. Elle est présente en Afrique, sur des îles de l’océan Indien
et Atlantique, en Inde, au Pakistan, en Asie de l’Est et en Amérique du
Sud. Environ 105 membres de l’USPG travaillent dans les missions, environ
30 autres y sont pour de courts séjours. La société a également un programme de bourses d’études pour permettre aux membres de l’Eglise anglicane
d’effectuer des stages hors de leur pays. (apic/fs)
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Encadré
La Société des Missionnaires d’Afrique (les Pères Blancs) a été fondée en
1868 à Alger par le cardinal Lavigerie. La société, fondée «en Afrique pour
l’Afrique», compte environ 2’500 missionnaires, dont plus de 2’100 prêtres,
dans près de 30 pays du monde. Bien que les Pères Blancs se destinent essentiellement à l’evangélisation du continent noir, de petites communautés
sont actives également au Brésil, au Mexique, au Philippinnes et dans
l’Etat du Kérala en Inde. La Société des Missionnaires d’Afrique compte
deux noviciats. L’un, de langue anglaise, se trouve en Zambie et l’autre,
de langue française, en Suisse, à l’Africanum de Fribourg. (apic/fs)
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