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apic/Renaissance des anges

APIC – Invité

Centenaire du cinéma (050795)

Renaissance des anges et des démons

Père Ambros Eichenberger, traduction et adaptation Maurice Page / APIC

Zurich, 5juillet(APIC) En 100 ans d’existence, la technique du cinéma a

beaucoup évolué. Aujourd’hui, grâce aux techniques numériques, il est possible d’animer des dinosaures plus vrais que nature dans «Jurassic Park» ou

des fauves dans «Le roi lion». Ils sont restitués comme ils ont vécus et

ressurgissent de l’imaginaire collectif pour une nouvelle vie. A côté de

ces nouveaux films animaliers promis au succès, car ils concrétisent la richesse sans fin de la nature, les anges, représentants du monde des purs

esprits, appartiennent aussi à la mémoire collective de l’humanité. Le cinéma, à l’instar du théatre et de la littérature, a porté très souvent à

l’écran des créatures célestes à un point tel que l’on peut parler à juste

titre d’un ’boom’ des anges.

Les anges, avec ou sans ailes, ont toujours existé dans l’histoire du

cinéma. Même dans la très profane Hollywood. Ainsi «Angels» produit par les

studios Disney a rempli les salles en 1951. Il s’agit pourtant déjà d’un

’remake’. Le jeune Roger, 11 ans, prie la milice céleste, que lui seul peut

voir, de lui donner un coup de main pour que son équipe de base-ball gagne.

Ainsi les anges deviennent une nouvelle sorte de champions. Les créatures

célestes sont utilisées à des fins bassement terrestes, non sans naïveté et

kitsch. Hollywood a toujours employé les élements et les figures religieuses pour le divertissement ou pour la comédie. Ainsi en est-il pour «L’ange

à la trompette» (1945), «L’ange sur le trottoir» (1959) ou «L’ange déchu»

(1984).

Des anges sans ailes, ni longs cheveux

Il n’y a pas qu’à Hollywood qu’on a produit des films sur les anges et

tous ne sont pas de simples divertissements. Souvent des dimensions beaucoup plus profondes sont en jeu, puisque les anges, selon la tradition biblique, personnifient le bien ou le mal. Le panorama est vaste et coloré.

Avec par exemple «Les anges du péché», premier film de Robert Bresson en

1943, dont le scénario est dû entre autres à Jean Giraudoux et au Père

Bruckberger, ou «L’ange noir» de J.C Brisseau.

De plus, bien souvent les anges ne sont pas de purs esprits invisibles.

Parfois un homme peut être un ange pour un autre homme. Il n’a alors ni ailes, ni longs cheveux, ni yeux bleus. Dans les films, ces forces bénéfiques

ont divers visages. Dans l’oeuvre de Nico d’Alessandria, «L’amico immaginario» le chômeur solitaire de cinquante ans est accompagné par un ange consolateur, un ancien prêtre qui fut son camarade d’école. Dans l’oeuvre

suisse d’Adriano Kestenholz «Estatico barocco», un documentaire sur les

jeux de la passion et les chapelles des «Sacrimonti» de Lombardie, un ange

conduit le spectateur pour lui venir en aide et lui montrer des choses sérieuses ou non.

Jane Campion, dans son film célèbre «An Angel at my Table» veut rendre

attentif dès le titre à la présence de forces bénéfiques dans la vie d’une

femme durement marquée par le destin. Les films de Wim Wenders sont eux

aussi marqués par le sentiment d’une présence proche, en particulier «Les

ailes du désir (1987)» et «Si loin, si proche». Un des anges cherche à vendre son identité angélique pour devenir un homme car il ne supporte plus de

regarder le monde et les hommes par dessus les épaules des autres.

Malgré cette proximité, les anges ne sont souvent pris au sérieux que

par les enfants, parce que leur regard ne s’est pas encore laissé cloué

par le visible, le constatable, le calculable. Mais aussi parce qu’ils

comptent toujours sur la possibilité du miracle. Dans des cas exceptionnels

des miracles arrivent même chez les adultes, comme par exemple pour le couturier juif de New York dans «Un ange nommé Levin» qui est libéré de ses

soucis financiers.

Le lien entre le visible et l’invisible

La tradition religieuse et l’expérience soulignent que les hommes

peuvent être une bénédiction pour les autres, mais aussi une malédiction.

Ils sont semblables alors aux anges déchus, aux démons, aux envoyés de

Satan, pour détruire et pour mener à la ruine. Le réalisateur français

Robert Bresson a apporté une attention particulière à ce mystère de

l’iniquité entre autres dans son film «Le diable probablement» de 1977.

La question de la renaissance des anges et de leurs diverses représentations dans les médias et le cinéma, alors que le thème reste très marginal

dans la réflexion théologique, suscite plusieurs tentatives de réponses.

Beaucoup mettent en cause le courant esotérique et le «New age» qui certes

existent, mais n’apportent pas une réponse satisfaisante. Le désir de la

rédemption et celui d’être accompagné ou d’être protégé de la peur des démons destructeurs est souvent présent lors d’apparitions d’anges, même sans

référence à la tradition des Eglises. En résumé, il s’agit de la recherche

d’un nouveau lien entre le monde visible et l’invisible, entre le rationel

et l’irrationel à travers lequel se manifeste un besoin religieux, comme

chez Wim Wenders, Krzysztof Kieslowski, (dans son décalogue) ou encore

Jean-Luc Godard (»Hélas pour moi»).

Le phénomène mérite d’attirer l’attention. Car on a l’impression que le

dialogue avec les anges a été interrompu trop tôt. Pas seulement à cause

d’un monde orienté unilatéralement sur la science et la technique, mais

aussi à cause d’une théologie devenue trop cérébrale. Les nombreux films

sur les anges nous invitent, en tant que miroirs des besoins spirituels du

présent, à les prendre plus au sérieux. Une analyse critique peut avoir

comme conséquence de voir de manière plus différenciée le phénomène de la

sécularisation y compris de la part des milieux d’Eglise. Car les rapports

entre ’l’esprit du temps’ et les besoins de l’homme sont plus complexes

qu’on se l’imagine. (apic/mp)

Le Père Ambros Eichenberger, dominicain, fut durant de longues années directeur du Bureau du film de la Commission catholique suisse du cinéma.

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