/bresil/2 années de silence pour soeur Ivone Gebara/elle arrivera en
Invitée par Rome à deux années de silence,
Soeur Ivone Gebara arrivera en Belgique fin septembre =
Bruxelles, 7 août 1995 (CIP)
Une théologienne brésilienne, Soeur Ivone Gebara, dont l’enseignement a
été jugé suspect par la Congrégation romaine pour la doctrine de la foi,
a accepté le compromis négocié par sa congrégation avec Rome: elle
observera deux années de silence, durant lesquelles elle viendra étudier
la théologie en Europe. Ce sera en Belgique – vraisemblablement à
l’Université Catholique de Louvain -, où soeur Ivone arrivera fin
septembre.
Soeur Ivone Gebara, 50 ans, connaît bien la Belgique. Outre qúelle
appartient à la congrégation des Chanoinesses de Saint-Augustin, qui
compte huit maisons chez nous, notamment à Jupille (Liège) et à Waterloo
(Berlaymont), elle a étudié la philosophie et la théologie à
l’Université de Louvain et a donné des conférences à l’Institut «Lumen
Vitae».
Après ses études, notamment à Sao Paulo, où elle est née, et à Louvain,
Soeur Gebara, philosophe et théologienne, s’installe à Recife-Olinda,
dans le Nordeste brésilien, où elle vit depuis 25 ans dans un quartier
pauvre. Elle enseigne pendant plus de dix ans à l’Institut Théologique
de Recife (ITER), un séminaire créé par Dom Helder Camara pour donner
une impulsion nouvelle à la théologie latino-américaine, et fermé par
Mgr José Cardoso Sobrinho (qui a succédé à Mgr Camara en 1989). Depuis,
Soeur Ivone, après avoir été assistante générale de la congrégation à
Rome, donnait des conférences à des communautés de base, groupes de
femmes, communautés religieuses, syndicats…, dans toute l’Amérique
Latine, mdais aussi au Canada et aux Etats-Unis (tout récemment encore à
l’Union Theological Seminary de New York).
Les premières difeficultés rencontrées par la religieuse remontent à
octobre 1993, suite à une interview accordée à un hebdomadaire à
sensation,l «Veja». Dénonçant la violence faite aux femmes pauvres qui
subissent des grossesses non désirées, Soeur Ivone y prend position pour
la dépénalisation de l’avortement. L’archevêque de Recife la somme de
se rétracter publiquement et soumet son cas à la Congrégation romaine
pour les religieux. Les choses finissent toutefois par s’arranger grâce
à l’intervention de Dom Luciano Mendes de Almeida, à l’époque président
de la conférence épiscopale brésilienne. Ce dernier, après avoir
rencontré la religieuse et pris connaissance de sa position de façon
plus nuancée, déclare l’incident clos et le fait savoir aux autres
évêques brésiliens.
Les choses prennent une autre tournure quelques mois plus tard, quand
Soeur Ivone Gebara, devenue l’une des figures de proue de la théologie
féministe en Amérique Latine, donne une conférence dans un centre
oecuménique au Chili. Ses notes, publiées à son insu, sont envoyées à
Rome. Quand sa supérieure générale, interpellée, explique à Rome qúil
s’agit de notes approximatives que Soeur Ivone n’a pas eu l’occasion de
réviser, la Congrégation romaine pour la doctrine de la foi coupe court:
«Nous avons aussi les enregistrements». Depuis, de nombreuses
tractations ont eu lieu entre Rome et la congrégation. L’expulsion de
soeur Ivone des Chanoinesses de St-Augustin a même été envisagée, mais
la supérieure générale a dit non très clairement. Le Vatican a
finalement exigé que Soeur Ivone effectue deux nouvelles années
d’études. Pour éviter une rupture, notamment avec sa congrégation qui
l’a beaucoup soutenue, la religieuse a accepté le compromis.
L’abeille et les bourdons
La sanction qui frappe soeur Ivone Gebara prend effet en septembre. La
religieuse devra, pendant ses deux années supplémentaires de formation,
s’abstenir de toute prise de position publique, orale ou écrite.
Soeur Ivone, dont l’agenda était rempli pour les deux prochaines années,
a dû décommander ses conférences. Elle en a avisé les organisateurs
dans une lettre où elle se présen? ?te comme une abeille «envoyée loin de
sa ruche et de son pays parce qúelle est accusée de produire un miel
qui a une saveur différente de celui des autres abeilles», car «elle
cherche la sève délicieuse des fleurs inconnues, multicolores, aux
odeurs variées». Hélas, «certaines abeilles se sentent dérangées par
ce miel différent… Il y a de fréquentes polémiques entre les abeilles,
surtout ces derniers temps.»
Soeur Ivone poursuit son allégorie: «A leur tour, les bourdons, ceux
qui sont chargés de protéger l’authenticité de la production du miel,
sont de plus en plus déconcertés. De tous côtés, ils reçoivent des
dénonciations… Pour ne pas chasser définitivement l’abeille de la
ruche, ils délibèrent paternellement, disant que l’abeille audacieuse
devrait réapprendre à retirer le miel des fleurs et à connaître de
façon plus systématique quelles sont les fleurs adéquates à la
production du miel.»
Voilà pourquoi Soeur Ivone «devra aller vers «l’ancien monde», le
meilleur endroit selon la sagesse des bourdons: c’est de là que viennent
les règles exactes du choix des fleurs et de la méthode pour produire le
«vrai» miel». Elle ne cache pas que la décision ne fut pas facile,
quand les uns la pressaient de ne pas accepter «cette violence»,
tandis que d’autres lui présentaient l’exil comme une nouvelle chance:
«Quel grand dilemme pour notre abeille ! Elle avait toujours vécu et
bien travaillé dans sa ruche. Elle doit maintenant accepter de
s’éloigner pour un certain temps, réapprendre ce qúelle croyait déjà
savoir en partie, sous peine d’être expulsée de sa ruche.» Et pourtant
«l’abeille décide provisoirement, sans grande clarté mais avec beaucoup
de douleur, ce qui semble le chemin le plus raisonnable pour le moment.
Elle va accepter l’ordre des bourdons et vivre un temps dans le «vieux
monde». Elle va déguster un autre miel, vérifier sa saveur, sa densité,
mieux connaître les méthodes de production…, mais elle ne permettra
pas que les bourdons détruisent ses secrets ni sa joie de vivre.»
Ancien conseiller de nonciature à Bruxelles,
Mgr Sozzo est nommé nonce apostolique en Algérie
Rome, 7 août 1995 (CIP)
Le pape a nommé l’abbé Antonio Sozzo, 53 ans, nonce apostolique en
Algérie et en Tunisie et délégué apostolique en Libye, en l’élevant en
même temps au siège archiépiscopal titulaire de Concordia. Mgr Sozzo,
qui fut conseiller à la nonciature de Bruxelles d’août 1991 à août
1993, recevra l’ordination épiscopale le 14 octobre prochain.
Né à Paola (Cosenza) le 9 mai 1942, ordonné prêtre le 28 août 1971 et
incardiné dans le diocèse de Vérone, Mgr Sozzo est docteur en théologie.
Entré au service diplomatique du Saint-Siège le 12 juillet 1976, il a
travaillé aux représentations apostoliques au Panama, en Uruguay, au
Nigeria, au Chili, en Allemagne, au Maroc, en Belgique et en Espagne.
Cameroun: chasse aux intellectuels et aux prêtres dérangeants
Bruxelles, 7 août 1995 (CIP)
Suite à l’assassinat du père jésuite Engelbert Mveng, dans la nuit du 22
au 23 avril derniers, des rumeurs persistantes font état d’un programme
d’élimination physique d’intellectuels et de prêtres camerounais qui
osent dénoncer les causes de la détérioration des conditions de vie de
la population.
Avec le Père Mveng, il y a eu au total huit prêtres et deux religieuses
assassinés ces derniers temps au Cameroun. Le pro-nonce et les évêques
ont adressé un appel au gouvernement pour que les assassins soient
retrouvés.
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse
https://www.cath.ch/newsf/bresil-2-annees-de-silence-pour-soeur-ivone-gebara-elle-arrivera-en/