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Brésil: Rome invite une théologienne brésilienne à 2 années de silence

Compromis: Soeur Ivone Gebara effectuera 2 ans de formation en Belgique

Bruxelles, 8août(APIC/CIP) Une théologienne brésilienne, Soeur Ivone Gebara, dont l’enseignement a été jugé suspect par la Congrégation romaine

pour la doctrine de la foi, a accepté le compromis négocié par sa Congrégation avec Rome: elle observera deux années de silence, durant lesquelles

elle viendra étudier la théologie en Europe. Ce sera en Belgique – vraisemblablement à l’Université Catholique de Louvain -, où soeur Ivone arrivera

fin septembre.

Soeur Ivone Gebara, 50 ans, connaît déjà la Belgique pour y avoir étudié

la philosophie et la théologie à l’Université de Louvain, après des études

à Sao Paolo où elle est née. Elle s’installera par la suite à Recife-Olinda, dans le Nordeste brésilien, où elle vit depuis 25 ans dans un quartier

pauvre. Elle enseigne pendant plus de dix ans à l’Institut Théologique de

Recife (ITER), un séminaire créé par Dom Helder Camara pour donner une impulsion nouvelle à la théologie latino-américaine, et fermé par Mgr José

Cardoso Sobrinho (qui a succédé à Mgr Camara en 1989).

Depuis, Soeur Ivone, après avoir été assistante générale de la Congrégation à Rome, donnait des conférences à des communautés de base, groupes de

femmes, communautés religieuses, syndicats…, dans toute l’Amérique Latine, mais aussi au Canada et aux Etats-Unis (tout récemment encore à l’Union

Theological Seminary de New York).

Les premières difficultés rencontrées par la religieuse remontent à octobre 1993, suite à une interview accordée à un hebdomadaire à sensation,

«Veja». Dénonçant la violence faite aux femmes pauvres qui subissent des

grossesses non désirées, Soeur Ivone y prend position pour la dépénalisation de l’avortement. L’archevêque de Recife la somme de se rétracter publiquement et soumet son cas à la Congrégation romaine pour les religieux.

Les choses finissent toutefois par s’arranger grâce à l’intervention de Dom

Luciano Mendes de Almeida, à l’époque président de la Conférence épiscopale

brésilienne. Ce dernier, après avoir rencontré la religieuse et pris connaissance de sa position de façon plus nuancée, déclare l’incident clos et

le fait savoir aux autres évêques brésiliens.

Nombreuses tractations

Les choses prennent une autre tournure quelques mois plus tard, quand

Soeur Ivone Gebara, devenue l’une des figures de proue de la théologie féministe en Amérique Latine, donne une conférence dans un centre oecuménique

au Chili. Ses notes, publiées à son insu, sont envoyées à Rome. Quand sa

supérieure générale, interpellée, explique à Rome qu’il s’agit de notes approximatives que Soeur Ivone n’a pas eu l’occasion de réviser, la Congrégation romaine pour la doctrine de la foi coupe court: «Nous avons aussi les

enregistrements». Depuis, de nombreuses tractations ont eu lieu entre Rome

et la congrégation. L’expulsion de soeur Ivone des Chanoinesses de St-Augustin a même été envisagée, mais la supérieure générale a dit non très clairement. Le Vatican a finalement exigé que Soeur Ivone effectue deux nouvelles années d’études. Pour éviter une rupture, notamment avec sa congrégation qui l’a beaucoup soutenue, la religieuse a accepté le compromis.

L’abeille et les bourdons

La sanction qui frappe soeur Ivone Gebara prend effet en septembre. La

religieuse devra, pendant ses deux années supplémentaires de formation,

s’abstenir de toute prise de position publique, orale ou écrite.

Soeur Ivone, dont l’agenda était rempli pour les deux prochaines années,

a dû décommander ses conférences. Elle en a avisé les organisateurs dans

une lettre où elle se présente comme une abeille «envoyée loin de sa ruche

et de son pays parce qu’elle est accusée de produire un miel qui a une saveur différente de celui des autres abeilles», car «elle cherche la sève

délicieuse des fleurs inconnues, multicolores, aux odeurs variées». Hélas,

«certaines abeilles se sentent dérangées par ce miel différent… Il y a de

fréquentes polémiques entre les abeilles, surtout ces derniers temps».

Soeur Ivone poursuit son allégorie: «A leur tour, les bourdons, ceux qui

sont chargés de protéger l’authenticité de la production du miel, sont de

plus en plus déconcertés. De tous côtés, ils reçoivent des dénonciations…

Pour ne pas chasser définitivement l’abeille de la ruche, ils délibèrent

paternellement, disant que l’abeille audacieuse devrait réapprendre à retirer le miel des fleurs et à connaître de façon plus systématique quelles

sont les fleurs adéquates à la production du miel».

L’»ancien monde», le meilleur endroit selon la sagesse des bourdons

Voilà pourquoi Soeur Ivone «devra aller vers «l’ancien monde», le meilleur endroit selon la sagesse des bourdons: c’est de là que viennent les

règles exactes du choix des fleurs et de la méthode pour produire le «vrai

miel». Elle ne cache pas que la décision ne fut pas facile, quand les uns

la pressaient de ne pas accepter «cette violence», tandis que d’autres lui

présentaient l’exil comme une nouvelle chance: «Quel grand dilemme pour

notre abeille! Elle avait toujours vécu et bien travaillé dans sa ruche.

Elle doit maintenant accepter de s’éloigner pour un certain temps, réapprendre ce qu’elle croyait déjà savoir en partie, sous peine d’être expulsée de sa ruche».

Et pourtant «l’abeille décide provisoirement, sans grande clarté mais

avec beaucoup de douleur, ce qui semble le chemin le plus raisonnable pour

le moment. Elle va accepter l’ordre des bourdons et vivre un temps dans le

«vieux monde». Elle va «déguster un autre miel, vérifier sa saveur, sa densité, mieux connaître les méthodes de production…, mais elle ne permettra

pas que les bourdons détruisent ses secrets ni sa joie de vivre». (apiccip/pr)

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