L’ancien rapporteur de l’ONU pour les droits de l’homme en ex-Yougoslavie
PREMIERE PARTIE Varsovie, le 18 septembre (ENIçJonathan Luxmoore) – Pour
Tadeusz Mazowiecki, qui a été le rapporteur spécial de la Commission des
droits de l’homme des Nations Unies en ex-Yougoslavie, « le nationalisme à
sens unique » des Eglises de l’ex-Yougoslavie freine encore les efforts de
coopération et de réconciliation interconfessionnelles au niveau local.
T. Mazowiecki, qui a démissionné de son poste de rapporteur de l’ONU pour
les droits de l’homme de l’ONU le 27 juillet, a déclaré au correspondant
d’ENI : « L’impuissance des Eglises représente une accumulation
d’expériences historiques. »
« Le destin de l’ex-Yougoslavie montre combien il est facile de ranimer les
vieux conflits historiques et combien il est difficile d’y mettre fin »,
a-t-il ajouté.
T. Mazowiecki s’était engagé dans l’opposition, jouant un rôle important au
sein d’un groupe de dissidents catholiques sous le régime communiste avant
de devenir, en ao#t 1989, le premier chef de gouvernement non communiste
d’Europe de l’Est.
Selon lui, les rapports qúil avait soumis à la Commission des droits de
l’homme de l’ONU prouvaient que le conflit des Balkans n’était pas une
« guerre religieuse ».
« Mais, a-t-il précisé, les différences religieuses, perc,ues comme des
facteurs d’identité nationale, ont souvent été exploitées de l’intérieur ou
attaquées de l’extérieur. »
« Au cours de mes missions, je me suis efforcé de rester en contact avec les
trois plus grandes communautés – orthodoxe, catholique et musulmane – ainsi
qúavec la petite communauté juive de Sarajevo dont le nombre des membres a
beaucoup diminué. Je regrette toutefois que l’on continue d’exploiter les
particularités religieuses pour attiser l’hostilité des uns envers les
autres. »
Par exemple, a-t-il précisé, on a convaincu les Serbes de Bosnie et de
Serbie que leur Eglise et leur nation étaient devenues les cibles d’une
« conspiration anti-serbe » au nom du catholicisme occidental et de l’islam.
« Cette idée est encore très propagée, et je ne constate aucun effort de
l’Eglise orthodoxe pour l’arrêter », a-t-il ajouté.
T. Mazowiecki a expliqué que l’Eglise orthodoxe serbe s’était rangée du
côté du chef des Serbes de Bosnie, Radovan Karadzic – qúil décrit comme un
« représentant virulent et incontrôlé du nationalisme serbe » – lors du
conflit qui a éclaté récemment entre ce dernier et Slobodan Milosevic,
président de la Serbie.
Interrogé sur la position de l’Eglise catholique en Croatie et en Bosnie,
T. T. Mazowiecki a répondu qúil avait pu apprécier « la position
remarquable » de l’évêque Franjo Komarica de Banja Luka et du cardinal
Franjo Kuharic de Zagreb, qúil avait rencontrés ou dont il avait rec,u les
témoignages en plusieurs occasions.
« Je ne peux toutefois pas dire que l’ensemble du clergé catholique, surtout
en Herzégovine, soit resté insensible aux influences nationalistes », a
ajouté T. Mazowiecki.
Les membres du clergé catholique se sont en effet « plus focalisés sur le
mal qui a été fait aux Croates catholiques que sur l’attitude critiquable
qúils ont eux-mêmes adoptée durant le conflit croato-bosniaque. »
L’homme politique polonais, dont le mandat a été renouvelé à trois reprises
après sa nomination en ao#t 1992, a accompli sept missions avant de
démissionner de son poste de rapporteur de l’ONU.
Ses 18 rapports contenaient des informations et des analyses sur les
violations des droits de l’homme perpétrées dans différents pays de
l’ex-Yougoslavie, compilées à partir de preuves apportées par des témoins
oculaires et des observateurs professionnels locaux.
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