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Genève: La mission chrétienne vue par un jésuite indien (180995)

«Proclamer l’Evangile, c’est d’abord dialoguer»

Genève, 18septembre(APIC) En lien avec la prochaine Journée mondiale de

la Mission, qui sera consacrée aux chrétiens de l’Inde, la Communauté des

groupes missionnaires de Genève a eu une bonne idée: elle a invité un spécialiste en la matière, le jésuite indien Michael Amaladoss, à venir parler

de sa vision de la mission. Un témoignage instructif et passionnant.

Originaire du sud de l’Inde, le Père Amaladoss est un grand voyageur devant l’Eternel: il a étudié la théologie à Delhi, puis à Paris et réside

actuellement à Rome, où il occupe la fonction de conseiller auprès du supérieur général des jésuites, chargé en particulier des questions concernant

les missions, l’inculturation, le dialogue interreligieux et l’oecuménisme.

Il est aussi président de l’Association internationale d’études missionnaires et a participé l’an dernier au rassemblement «Planète-Mission» à Lourdes, où il a enthousiasmé les foules. Tout comme il a enthousiasmé la cinquantaine de personnes venues l’écouter samedi au centre St-Boniface à Genève.

Une longue évolution

Il y a 5% seulement de chrétiens en Inde. Pour cette petite communauté,

que signifie être missionnaire? Le Père Amaladoss a commencé à se poser la

question il y a bien des années, à Delhi, lorsqu’il était séminariste. «A

cette époque, on disait qu’il n’y avait pas de salut hors de l’Eglise et je

me demandais donc comment proclamer la ’Bonne Nouvelle’, comment la traduire dans la culture indienne?»

Cette interrogation sera pour le jeune jésuite le point de départ d’une

longue évolution qui rejoindra la réflexion même de l’Eglise sur la mission. Etudiant les grandes traditions culturelles et religieuses de l’Inde,

ses textes sacrés et sa musique, le Père Amaladoss y découvre d’extraordinaires richesses. Il se rend compte que bien des Indiens non-chrétiens ont

une profonde et authentique vie spirituelle, priant et cherchant Dieu. «Mes

camarades et moi, avons commencé à nous dire: «Proclamer l’Evangile à ces

gens, c’est avant tout dialoguer».

Vatican II vient le conforter dans cette nouvelle attitude face à la

mission: les textes conciliares insistent en effet sur la liberté religieuse, rappellent que toutes les religions ont la même origine et le même but

et soulignent enfin que Dieu se fait connaître à tout homme par des voies

que nous ignorons. Dès lors il devient moins urgent de «proclamer» que de

«dialoguer», dans un esprit d’ouverture et de partage qui permet un témoignage de foi intime. La mission serait-elle alors inutile? Bien sûr que non,

nous rassure le Père Amaladoss. Mais elle est d’abord la Mission de Dieu,

fondée sur la Trinité elle-même, le Père envoyant la Parole, puis l’Esprit,

selon un plan qui englobe l’univers entier. Dieu cherche à construire son

Royaume, un Royaume qui rassemble, réconcilie et n’exclut personne. Et dans

ce processus cosmique embrassant toute la Création, notre mission à nous ne

consiste pas tant à établir l’Eglise qu’à aider le plan de Dieu. Il ne

s’agit pas – insiste avec force le Père jésuite – de porter le Christ aux

peuples où il n’est pas, mais de le découvrir et le faire découvrir là où

il est déjà, car il est partout, caché.

Engagement pour les pauvres

L’une des caractéristiques de notre mission, souligne encore Michael

Amaladoss, est la lutter aux côtés des pauvres en faveur d’une société plus

juste, en accord avec le plan de Dieu tel que révélé en Jésus-Christ. Jésus

a choisi le côté des pauvres, des malades, des exclus. Il n’a pas cherché

le pouvoir mais il s’est dépouillé. A ce titre, la mission de l’Eglise est

prophétique, elle annonce une société nouvelle dont les fondements sont les

Béatitudes. A travers l’amour mutuel, elle doit promouvoir la liberté et la

dignité de l’homme. Cela suppose une transformation complète des coeurs et

l’instauration d’un nouveau système de valeurs – d’où l’importance de ce

qu’on appelle l’inculturation. En effet, c’est seulement en s’incarnant

dans chaque culture que l’Evangile parviendra à la transformer.

A propos d’inculturation

Le défi est d’envergure, et il interpelle l’Eglise universelle, en Asie

aussi bien qu’en Afrique ou en Europe. En ce qui concerne l’Inde, le conférencier explique que c’est un pays aux grandes richesses non seulment spirituelles et culturelles, mais également matérielles. Or cette richesse est

mal distribuée. La corruption règne, les gens font preuve d’égoïsme, ce qui

empêche un vrai développement économique et social. Par ailleurs, l’Inde

est engluée dans ses problèmes de castes. Des millions d’intouchables sont

privés de leur dignité humaine et empêchés de mener une vie normale.

Autre problème: La situation religieuse conflictuelle. Les différentes

religions présentes en Inde (musulmans, bouddhistes, hindouistes, sikhs,

chrétiens) ne vivent pas en paix. Dés lors, comment transformmer cette culture, afin d’instaurer un nouveau système de valeurs?. «Je suis parfois

très découragé», avoue le Père Amaladoss, en déplorant le manque d’intégration de l’Eglise dans la culture indienne. «On reste encore des étrangers,

notre parole est perçue comme une parole occidentale et l’Eglise, en tant

qu’institution, apparaît comme riche; cela nous fait perdre notre force

phrophétique. En fait on n’est pas vraiment indiens et pas vraiment chrétiens non plus, puisque l’Evangile n’a pas changé notre culture».

Mais notre Eglise doit aussi s’inculturer. Y parvient-elle? Le Père Almaross n’en a pas tellement l’impression. «L’Eglise en Occident, en Europe,

en Suisse, n’est pas insérée dans le monde moderne. Elle n’arrive pas à

trouver le langage pour lui parler. Alors personne n’écoute». Un autre

écueil signalé par le jésuite est l’individualisme qui règne chez nous.

Dans notre société qui a perdu le sens de la communauté, l’Eglise donne-telle un exemple de communion et de partage? Là encore, la réponse est non.

Vue de l’extérieur, l’Eglise occidentale est divisée, en conflit. Notre

permier défi doit être de retrouver le sens de la communauté et notre second de nous ouvrir aux autres Eglises et au monde qui devient de plus en

plus «Un», afin d’affronter ensemble les problèmes globaux auxquels nous

sommes confrontés: problèmes de paix, de justice et de droits de l’homme.

(apic/gth/ba)

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