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Le Nicaragua s’interroge sur les raisons d’une
quinzaine d’attentats à la bombe contre des églises (180995)
Acte politique, sectaire ou de vengeance?
Managua, 18septembre(APIC) La quinzaine d’attentats à la bombe, commis
contre des églises et des institutions religieuses ces quatre derniers mois
suscitent nombre d’interrogations au Nicaragua. Plusieurs hypothèses sont
avancées, y compris celle de créer un climat d’incertitudes pour empêcher
la visite du pape annoncée pour l’an prochain.
C’est la première fois depuis des années que des méthodes terroristes de
cette nature sont utilisées. Il se trouve de plus que la cible préférée de
ces attentats est l’Eglise catholique romaine. Le premier attentat a été
perpétré le 8 mai de cette année contre l’église de San Felipe, à Léon,
deuxième ville du pays. Le treizième a eu lieu le 15 août. Une charge de
TNT a explosé dans le jardin du collège «Cristo Rey», détruisant les fenêtres et les portes. Jusqu’ici, aucune de ces explosions n’a fait de victimes.
La police nationale enquête, et plusieurs arrestations ont été enregistrées. A ce jour, aucune personne directement impliquée n’a été jugée; ce
qui empêche de connaître en toute certitude la nature et les motifs de ces
attentats.
Afin de faire face à cette situation, le gouvernement a mis sur pied une
commission d’enquête militaire composée de représentants de l’armée, de la
police et du Ministère de la présidence (chargé de la sécurité intérieure).
Cette commission, dont la crédibilité est aujourd’hui mise à mal, n’a pour
l’instant pas obtenu de résultats concrets.
Les différents secteurs politiques, sociaux et religieux n’ont pas tardé
à condamner publiquement cette vague d’attentats terroristes. Outre l’Eglise catholique, bien entendu, il convient de noter les prises de positions
énergiques de plusieurs dirigeants protestants, du gouvernement, ainsi que
du Front sandiniste de libération nationale (FSLN), principal parti d’opposition.
Visite du pape visée?
Le FSLN, au pouvoir durant la dernière décennie, a eu de grands différends et conflits avec la hiérarchie catholique romaine, qu’il associait à
l’agression que vivait le pays. Mais, dans la dernière période, le FSLN a
adopté une position extrêmement prudente et modérée. Dans de récents documents de sa direction nationale, le FSLN a revendiqué certaines positions
de la Conférence épiscopale. Et les colonnes de son journal «Barricada»,
ont été ouvertes à l’archevêque de Managua, le cardinal Miguel Obando,
principal opposant au sandinisme dans les années 80.
Le premier attentat, en mai dernier, a été perpétré au moment où le cardinal Obando jouait le rôle de médiateur dans le conflit qui a opposé durant six mois les pouvoirs exécutif et législatif, paralysant le bon
fonctionnement des institutions du pays, notent les observateurs, qui ne
manquent pas de placer une interrogation après le mot coïncidence.
Une première interprétation lie donc ces événements à des motifs politiques. Une seconde hypothèse, avancée par les dirigeants de l’Eglise comme
Mgr Eddy Montenegro (Managua) dans des déclarations à l’hebdomadaire «7
dias», les rapproche de l’apparition de sectes fatalistes ou de groupes extrémistes. Il faut rappeler que le premier attentat à la bombe a eu lieu
peu de temps après l’attentat d’Oklahoma City, aux Etats-Unis.
Selon une troisième et dernière hypothèse, il s’agirait de créer un climat d’incertitude religieuse pour empêcher la visite annoncée pour l’année
prochaine du pape Jean-Paul II au Nicaragua.
Malgré ces spéculations, les interrogations subsistent. Dans un pays,
touché par les conséquences et la guerre dramatique des années 80 – avec
plus de 30 000 victimes et des dommages de l’ordre de 17 milliards de dollars – les Eglises ne sont pas restées, ni ne restent à l’abri de la situation explosive quotidienne suscitée par la crise économique, l’aggravation
de la marginalisation sociale et les tensions idéologiques non encore apaisées.
«S’il existe une tentative pour faire taire la voix de l’Eglise, je
crois que ce sera très difficile d’y arriver», devait déclarer Mgr Leopoldo
Brenes, secrétaire de la Conférence des évêques du Nicaragua, au terme
d’une session de travail tenue il y a deux semaines. L’une des premières
rencontres de haut niveau pour préparer la visite du pape, qui aura lieu
dans les premiers mois de l’année prochaine, devait préciser le porte-parole. (apic/eni/pr)
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