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Cameroun: les intellectuels de la diaspora
interpellent Jean-Paul II à la veille de sa visite
Une caution morale à un régime assassin (120995)
Bruxelles, 12septembre(APIC) Des intellectuels de la diaspora camerounaise interpellent le pape Jean Paul II à la veille de la visite à Yaoundé (14
au 15 septembre), qu’il effectuera dans le cadre de son 67e voyage hors
d’Italie. Une visite – la seconde au Cameroun en dix ans – vivement critiquée par le Forum des intellectuels africains de la diaspora (FIAD), pour
qui ce séjour n’est autre qu’une « caution morale apportée par le pape à un
régime dont les pratiques vont à l’encontre de la lettre et de l’esprit de
l’Evangile ».
Groupe de pression constitué d’intellectuels africains basés notamment
aux Etats-Unis, le FIAD a publié un appel pour attirer l’attention de la
communauté internationale sur les nombreuses violations des droits de
l’homme en Afrique.
L’économiste camerounais Célestin Monga, chercheur au Massachusetts Institute of Technology et professeur invité à l’Université de Boston, a publié cette semaine une lettre ouverte dans les principaux journaux du Cameroun appartenant à des groupes privés. « En acceptant une fois de plus de
venir serrer des mains souillées de sang, de donner la communion à des bouches pleines de mensonges, de bénir des crânes emplis de haine, écrit-il,
vous blessez cruellement la foi de ceux qui pensent que l’Eglise catholique
condamne le mensonge, la corruption, la torture et le meurtre. Vous perturbez nos repères éthiques du peuple camerounais et vous accréditez la rumeur
déjà bien répandue ici que Dieu se moque de nous ».
Avertissant le pape que le pouvoir en place ne manquera pas de récupérer
sa visite, C. Monga ajoute: « Nombreux sont les Camerounais qui croient que
Dieu les a abandonnés. Jamais le taux de souffrance et le taux d’injustice
par citoyen n’ont été aussi élevés; jamais la haine n’a atteint une telle
intensité dans ce pays. Jamais la misère globale brute n’a été si silencieusement violente. Si vous fermez les yeux là-dessus, vous laisserez planer les syndromes rwandais ou zaïrois sur le Cameroun. » Et d’inviter le pape à traiter le régime de Yaoundé comme il a traité naguère les dictatures
communistes de l’Est, car « il n’existe pas deux éthiques chrétiennes, l’une
pour les dictateurs noirs et l’autre pour les dictateurs blancs ».
L’historien Achille Mbembe, lui aussi Camerounais et professeur à l’Université de Pennsylvanie (Philadelphie), a également publié dans son pays un
article sévère dénonçant les assassinats de plusieurs membres du clergé local – le dernier en date étant le P. Engelbert Mveng, en avril dernier.
Enfin, l’abbé Jean-Marc Ela, ancien professeur de sociologie à l’Université de Yaoundé (et professeur invité du Centre International de formation
et de recherche en population et développement à l’UCL de 1987 à 1995),
membre lui aussi du FIAD, est intervenu dans la presse camerounaise et dans
des journaux catholiques en Italie pour dénoncer les atteintes quotidiennes
aux droits de l’homme et la situation politique qui prévaut au Cameroun,
qu’il a quitté début août pour se réfugier au Canada. (apic/cip/pr)
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