apic/Colombie/Drogue/CINEP
Colombie: Quelle solution pour le problème de la drogue…
La nécesaire interpellation commune du Nord et du Sud (271095)
Berne, 27octobre(APIC) La question de la drogue est rattachée à des intérêts privés immenses pour ne pas dire colossaux. Pas facile, dans ces conditions, de trouver un terrain d’entente entre des pays producteurs, comme
la Colombie et le Nord. Un expert colombien se penche sur la question.
La solution à long terme du problème des drogues doit résulter d’une
profonde réflexion et d’une interpellation commune au Nord et au Sud sur
tous les plans: production, trafic et consommation, estime Ricardo Vargas,
membre de l’équipe de recherche du Centre d’enquête et d’éducation populaire (CINEP) de Bogota.
Le CINEP, dirigé par l’ordre des jésuites et fondé il y a 25 ans, est
une institutions en Amérique latine. Ses études représentent un point de
référence pour les intellectuels d’Amérique latine et ses statistiques, en
matière de droits de la personne, sont largement prises au sérieux.
« Dans de nombreuses régions du monde, la question des drogues est rattachée à des intérêts privés, à l’accumulation des terres, aux affaires politiques et au problème de la sécurité », affirme d’emblée R. Vargas, dans un
entretien accordé à l’Agence oecuménique ENI.
Plusieurs questions essentielles incitent aujourd’hui à la réflexion,
par exemple la recherche de solutions de rechange à la production actuelle
des drogues et l’adoption ou non d’une politique de légalisation.
Fournir des solutions de rechange aux actuels producteurs de drogues en
Colombie, en particulier, et en Amérique latine, en général, implique une
analyse entreprise cas par cas, région par région: donner des réponses uniques et globales se révèle en effet inefficace.
Produire des plantes… mais médicinales
De ce point de vue, relève R. Vargas, l’expérience de la communauté religieuse de « Los Consolatos », en amazonie colombienne, et autres tentatives
similaires, où l’on « étudie la possibilité de remplacer les cultures actuelles par celles du caoutchouc et du cacao, en renforçant simultanément le
tissu social de ces unités de peuplement », sont particulièrement intéressantes.
Ces communautés présentent, en plus, une proposition de « ferme intégrale », où l’on pourrait à l’avenir produire des plantes médicinales, des
fruits, du bois. Ce changement de production exigerait évidemment une « profonde transformation de la mentalité de chaque communauté », souligne R.
Vargas.
La question des marchés extérieurs nécessaires à l’absorption de ce type
de production demeure un thème essentiel du débat que doivent mener les
pays du Nord, acheteurs, et ceux du Sud, producteurs. Le Nord devrait garantir des marchés et des prix justes pour soutenir les expériences en
cours. « Une affaire pas simple du tout, si l’on considère, par exemple, la
forte crise qui a frappé des produits traditionnels comme le café en raison
de la chute des prix internationaux ».
D’un autre côté, la légalisation de la drogue serait, selon une étude
colombienne du CINEP, un objectif-stratégie. Néanmoins, cette mesure
devrait résulter d’une analyse de fond, tant de la part du Nord que du Sud,
portant sur plusieurs aspects du problème, auxquels il faut ajouter
l’aspect éthique et culturel, actuel et futur.
Des personnalités de l’Eglise catholique colombienne défendent actuellement la thèse de la légalisation. « Depuis le début des années 90, on a constaté un processus de sensibilisation active au sein des institutions de
l’Eglise », estime R. Vargas. Et actuellement, affirme-t-il, « une bonne partie des évêques de la Conférence épiscopale ont accepté cette vue, ainsi
que les principes de la défense des droits de la personne et de l’engagement social de l’Eglise ». (apic/eni/pr)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse