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apic/Pologne/Elections présidentielles/S. Wilkanowicz/SDL: danger?

APIC – Interview

La Pologne à la veille de

l’élection présidentielle

L’analyse du publiciste catholique Stefan Wilkanowicz(261095)

Crainte d’une victoire de l’Alliance de la gauche démocratique (SDL)

Jacques Berset, Agence APIC

Fribourg/Cracovie, 26octobre(APIC) La Pologne, patrie du pape Jean Paul

II et pays qui a vu naître « Solidarité », le premier syndicat libre qui a

ébranlé le système communiste, se prépare à l’élection présidentielle du 5

novembre. Paradoxalement, c’est un ex-communiste, Aleksander Kwasniewski,

41 ans, « jeune loup » de l’Alliance de la gauche démocratique (SDL), qui caracole en tête des sondages… même si la cote de popularité du président

Walesa effectue une remontée spectaculaire.

Publiciste catholique de renommée internationale, bon observateur de la

scène politique polonaise, Stefan Wilkanowicz fut des années durant rédacteur en chef de la revue mensuelle « Znak » à Cracovie. Dans une interview

accordée à l’agence APIC, il explique pourquoi les Polonais ont tout de même à craindre une victoire du candidat de l’Alliance de la gauche démocratique (SLD), même si la démocratie n’est pas vraiment menacée .

APIC:Pourquoi Kwasniewski, pourtant ministre de la Jeunesse et des Sports

avant la chute du régime communiste, jouit-il d’une telle popularité?

S.W.:Aleksander Kwasniewski a le soutien d’un électorat plus ou moins

stable. Il est composé des anciens communistes liés à l’appareil du Parti

et aussi de nombreuses personnes désenchantées par le néo-libéralisme qui

s’est installé en Pologne. Il est populaire parmi les victimes de la transition. Mais, selon les sondages, son électorat se tasse.

Il est certain qu’il sera présent au deuxième tour, mais il ne devrait

finalement pas gagner, parce qu’il a la majorité contre lui. Ses chances

dépendent aussi de la personnalité du candidat qui sera alors son adversaire. La lutte est rude entre la directrice de la Banque nationale polonaise,

Hanna Gronkiewicz-Waltz, candidate du centre-droit, et le président Lech

Walesa, qui remonte dans les sondages. Mme Gronkiewicz-Waltz est une personne très honnête, profonde, qui a une bonne position. Mais elle a le handicap de ne pas être très connue au niveau politique. Un moment donné,

Jacek Kuron, du centre gauche, passait même avant Walesa.

Walesa ne semblait avoir aucune chance il y a peu, mais s’il passe au

deuxième tour, il pourrait gagner. Car de nombreuses personnes, qui lui

sont aujourd’hui opposées, voteront pour lui… pour éviter le pire!

APIC:Serait-ce grave pour la Pologne si Kwasniewski devenait président?

S.W.:Oui, ce serait grave. Certes, il ne va pas réinstaurer le régime

communiste. C’est tout à fait impossible, et lui même ne le veut pas. On

pourrait le qualifier de « néo-libéral post-communiste », un « pragmatique ».

D’ailleurs son camp politique est quelque peu schizophrénique, car ce sont

d’un côté des néo-libéraux et de l’autre des anciens communistes qui gardent leurs revendications. Ce n’est pas dangereux du point de vue du système qu’ils pourraient mettre en place, c’est dangereux du point de vue des

personnes.

Cela signifierait en fait un retour en force aux postes de responsabilités des anciens fonctionnaires. Ce sont aujourd’hui des opportunistes pur

sang qui ne sont pas capables de travailler d’une façon moderne. Ils vont

dans une certaine mesure bloquer le développement de la Pologne par leur

incapacité et leur inertie. C’est cela, le vrai danger, car la Pologne ne

peut plus se permettre de stagner. Ce n’est pas une menace directe pour la

démocratie. Mais, indirectement, on assistera à un processus de centralisation accrue, à un blocage administratif. Par contre, dans le programme de

l’ »Union pour la liberté » de Mazowiecki, par exemple, on proposait une certaine décentralisation, en faveur des pouvoirs locaux.

En général, nous sommes partisans de la décentralisation, pour bâtir la

démocratie à partir de la base, des communes, de la société civile. Les

anciens fonctionnaires, de par leurs habitudes mentales centralisatrices,

veulent tout contrôler.

APIC:Vu de l’extérieur, on a l’impression que le SDL veut défendre un programme social contre un néo-libéralisme menaçant certaines couches de la

population…

S.W.:Ce n’est pas du tout cela, mais c’est un bon mélange. Que ce soit le

parti de Kwasniewski ou le parti populaire paysan de l’ancien premier ministre Waldemar Pawlak, ce sont des partis très revendicatifs, mais aussi

très conservateurs. Ils veulent conserver l’ancien système pour se protéger. Ils ne sont pas pour les réformes, ils veulent garder leurs privilèges. Ils sont loin d’être progressistes. C’est aussi un paradoxe que le

parti paysan – ancien allié des communistes – n’a pas vraiment un programme

pour la campagne.

A l’intérieur du SDL, il y a un courant plus moderne et plus libéral et

un courant très conservateur. Les concepts que vous avez en Occident – gauche/droite, progressiste/conservateur – ne cadrent pas avec la situation

polonaise. Ce qui manque, il faut l’avouer, c’est de la créativité. Il faut

chercher des chemins possibles, ne pas avoir seulement des visions simplistes de l’économie, et chercher comment impliquer toute la société dans les

réformes. En gardant aussi le souci pour les couches les plus pauvres de la

société.

APIC:L’Eglise catholique doit-elle intervenir dans ces élections, comme

elle l’a fait en août dernier en demandant de ne pas voter pour les anciens

communistes?

S.W.:Il faut considérer la situation réelle de la Pologne. Comme me l’a

écrit le directeur du Bureau du travail d’une Voïvodie, il n’y a pas par

exemple de possibilité de résoudre le problème du chômage en Pologne sans

le concours de l’Eglise catholique, sans les structures des paroisses qui

peuvent offrir un appui humain aux gens.

Si je pense aux premières élections de 1989, j’étais absolument persuadé

que l’Eglise était dans son droit d’intervenir. C’était même son devoir,

car ce n’étaient pas des élections normales, mais plutôt un référendum sur

le système de valeurs et la conception de la vie en société.

Quant aux dernières élections présidentielles, en décembre 1990, je pense que les évêques n’avaient pas le droit d’intervenir au premier tour, car

il y avait diverses personnalités catholiques plus ou moins valables en

concurrence. Mais au deuxième tour, il y avait d’un côté Lech Walesa – un

homme normal – et de l’autre côté un fou, Stanislas Tyminski. C’était alors

le devoir moral de l’Eglise d’intervenir au second tour pour mettre en

garde les électeurs, donner une orientation.

Cette fois-ci, les évêques ont choisi aussi d’intervenir:ils ne désignent pas les personnes, ils donnent des critères. En principe, c’est juste. Il y a certes toujours le risque qu’une telle intervention soit contreproductive. Evidemment, il y a aujourd’hui la liberté de presse et la possibilité théorique de se faire une opinion. Mais il faut reconnaître qu’en

Pologne actuellement, la culture politique n’est pas suffisamment développée. On sait bien qu’une démocratie sans culture politique ne donne pas

grand’chose. Et l’on craint, étant donné le nombre de gens désillusionnés

et frustrés, que le taux d’abstention soit très élevé. C’est un grand danger, car ainsi, même un minoritaire comme Kwasniewski peut gagner. (apicbe)

Encadré

Une personnalité engagée

Personnalité catholique polonaise engagée sous le régime communiste, Stefan

Wilkanowicz a été des années durant rédacteur en chef de la revue mensuelle

« Znak » à Cracovie – fonction qu’il a quittée cette année tout en restant

dans la rédaction -, au service d’une maison d’édition qui publie également

l’hebdomadaire « Tygodnik Powszechny ».

Appelé en 1990 par le premier ministre d’alors Tadeusz Mazowiecki pour

devenir le médiateur du gouvernement polonais dans l’affaire du carmel

d’Auschwitz, Stefan Wilkanowicz est aujourd’hui encore vice-président du

Conseil international auprès du Musée d’Auschwitz et président du Comité

directeur du Centre de dialogue à d’Auschwitz, fondée avec le cardinal

Franciszek Macharski, archevêque de Cracovie. Son activité principale est

actuellement la présidence du Comité directeur de la Fondation pour la culture chrétienne « Znak », qui sert de relais pour la collaboration internationale. La Fondation a déjà une filiale à Kiev, en Ukraine. (apic/be)

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