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Berne: La question religieuse dans le recensement
fédéral: un large baromètre révélateur des minorités
L’Association suisse des sociologues de la religion en Assemblée (181095)
Berne, 18octobre(APIC) L’Association suisse des sociologues de la religion (ASSOREL) a tenu ses assises annuelles à Berne. Pour se pencher sur
les réponses à donner au questionnaire du recensement fédéral. Les sociologues ont focalisé leur attention sur les «sans confession», contenus dans
de nombreuses réponses. Les spécialistes en conviennent, la question religieuse dans le recensement est un baromètre révélateur des minorités.
Les membres de l’ASSOREL constatent une nette évolution de la terminologie concernant l’appartenance religieuse en Suisse et observent à cet égard
que le recensement joue un rôle de baromètre aussi à travers les âges. La
manière de répondre à la question religieuse semble à leurs yeux révélatrice du besoin des gens de se rattacher à un certain groupe confessionnel,
quelle que soit leur pratique effective.
Le sociologue Alfred Dubach, directeur de l’Institut de sociologie pastorale de Saint-Gall, a présenté aux membres de l’ASSOREL les résultats de
son observation des réponses «sans confession» à la question religieuse du
dernier recensement. Alors que le recensement de 1960 révélait 28’849 «sans
confession», celui de 1990 en présentait 510’927. Tout en soulignant que
«sans confession ne signifie pas forcément sans religion», A. Dubach a vu
dans cette progression le résultat d’une baisse de «motivations institutionnelles». «Nos contemporains ne se sentent plus forcément rattachés à
l’Eglise-institution, même si leur pratique religieuse persiste à titre individuel».
Portrait d’un «sans confession»
Le sociologue attribue «cette évolution» à une «base sociale érodée»,
l’individu ne se situant plus en fonction de la société, mais contre elle.
«Chacun tient à définir personnellement le type de liens avec la société,
les institutions et, en l’occurrence, les Eglises.» A ce constat, il faut
ajouter une autre cause qui réside dans la mobilité sociale et géographique
de nos contemporains. Celle-ci implique un lien plus faible avec une communauté religieuse locale. Le recensement révèle d’ailleurs que les «sans
confession» résident plutot dans les grandes villes que dans le milieu rural. De plus, cette réponse apparaît moins chez les femmes et les personnes
âgées. Or de 1970 à 1990, l’écart entre les générations se creuse. Actuellement, le plus grand nombre de «sans confessions» se situe chez les personnes âgées de 35 à 45 ans.
Les réponses «sans confession» sont par ailleurs proportionnelles au degré de formation des individus et varie selon leur profession. Le record a
été constaté chez les sociologues – ce qui a suscité l’hilarité des congressistes. Viennent ensuite les graphistes, les journalistes, les philosophes, les mathématiciens et autres scientifiques, à égalité avec les artistes.
Enfants de couples mixtes dans le canton de Vaud
Le sociologue Yves Ammann s’est quant à lui penché sur les couples mixtes du canton de Vaud et sur le rapport entre la religion des parents et
des enfants. Et de mettre en garde aussitot: «Il n’y a qu’une seule question concernant la religion dans le questionnaire du recensement. C’est
trop peu pour affiner l’analyse. On peut tout juste tirer quelques informations du croisement avec d’autres questions».
C’est ce qu’a fait le sociologue pour observer la relation entre les individus et leur milieu familial. On constate que le nombre de protestants
diminue dans le canton de Vaud depuis les années 70. Actuellement, il y aurait 47% de protestants pour 38% de catholiques. Cette proportion devient
plus nette lorsqu’on considère les seuls citoyens suisses: 60% de protestants pour 27% de catholiques. Quant aux couples recensés, ils sont
147’000, dont 133’800 mariés, desquels 33’500 mariés selon un régime religieusement mixte. Parmi ces derniers, 16’426 ont donné naissance à un ou
plusieurs enfants mineurs (moins de 20 ans). C’est à ce dernier groupe que
Y. Ammann s’est intéressé pour constater que ces couples comportaient davantage de mères «catholiques» et de pères qui se déclarent «sans confession».
Il a aussi remarqué que la proportion des enfants qui ont la même religion que leur mère est légèrement plus élevée (51%) que celles des enfants
qui ont hérité de la religion de leur père. Il semble toutefois que ce soit
le contexte local et le milieu social qui prédomine dans le choix de la religion de l’enfant. A noter: dans les couples non mariés, les enfants ont
presque toujours la même religion que la femme (75%).
Le recensement, baromètre révélateur
«Quel est l’objectif de l’Etat en posant la question religieuse?», s’est
demandé Claude Bovay, chercheur auprès de l’Institut d’éthique sociale
(Lausanne). En 1880, on s’était même interrogé quant à l’utilité de cette
question dans le recensement. Certaines communes estimant qu’il ne revenait
pas à l’Etat de «contrôler» l’appartenance religieuse des citoyens. Contre
l’avis du Conseil fédéral, la question a finalement été maintenue sous la
pression des cantons qui ont ainsi satisfait la demande des Eglises.
Dans un premier temps, l’analyse des réponses à la question religieuse
s’est cantonnée à une évaluation numérique, considérant l’évolution des
chiffres en termes de gains ou de pertes pour les Eglises. Or le pluralisme
religieux, que l’on prend pour une notion récente, apparaît de plus en plus
présent depuis le début du XXe siècle. En 1870, on avait déjà proposé de
poser une question ouverte (»si religion autre, laquelle?»). On préféra
alors la question fermée qui permettait de comparer des chiffres purs. Mais
la question ouverte fut introduite en 1900; elle a permis une évolution
dans l’analyse.
Claude Bovay précise: «On en est venu à redéfinir la notion de protestantisme, précisément à cause du nombre croissant de réponses «. Car jusqu’en 1960, on comptait dans le groupe des protestants un
grand nombre de sous-groupes comme les évangéliques, les baptistes, ainsi
qu’un certain nombre de «sectes». Or le sociologue s’interroge sur l’image
du paysage religieux suisse obtenue à partir du recensement. Il se demande
à quel besoin socio-culturel correspond telle ou telle proclamation d’appartenance: pourquoi a-t-on besoin de se rattacher à un groupe religieux?
Et Claude Bovay de formuler une hypothèse: même si les identités confessionnelles sont actuellement presque vidées de leur substance religieuse,
elles révèlent une identité sociale chargée d’un patrimoine que les gens
tiennent à conserver. C’est ainsi que les recensements auront premièrement
permis la révélation en Suisse du pluralisme religieux et de son évolution.
Les réponses à la question religieuse auront ensuite permis une certaine
reconnaissance des groupes religieux minoritaires. (apic/spp/pr)
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