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APIC – Interview

Les chrétiens libanais toujours dans

l’attente de retourner dans le Chouf

Rencontre avec Walid Joumblatt, ministre libanais des déplacés (111095)

Jean-Claude Noyé, pour l’Agence APIC

Beyrouth, 11octobre(APIC) A Damour, à l’entrée du Chouf, à une demi-heure

de Beyrouth, se trouve le siège du Ministère des Déplacés, où règne dans

une grande confusion le leader druze Walid «Bey» Joumblatt. Au cours de 17

ans de guerre, quelque 500’000 Libanais, pour les deux tiers des chrétiens,

ont été chassées par les combats ou la «purification ethnique».

Le retour des «déplacés» – notamment dans le Chouf, fief de Joumblatt est un test décisif pour la cohabitation entre les communautés libanaises.

APIC:De l’avis des principaux concernés, le retour des déplacés s’effectue

beaucoup trop lentement…

W.Joumblatt:Nous n’avons plus d’argent. Cette année, on a affecté 200

millions de dollars à cette question prioritaire, alors que les besoins

sont estimés à 500 millions. A part Beyrouth, 20’000 maisons ont été détruites. Le gouvernement n’estime pas à sa juste mesure les difficultés.

Le retour des déplacés était au départ une priorité mais la question a

été reléguée au second plan. Les querelles intestines du gouvernement et

les préoccupations quant à la nouvelle loi électorale et la prorogation du

mandat du président de la République ont pris le devant de la scène.

Il y a actuellement deux pouvoirs exécutifs, car le président de l’Assemblée nationale, Nabih Berri, s’arroge des pouvoirs qu’il n’a pas. Sans

parler des pouvoirs occultes: les services de renseignement et l’armée. On

construit un Etat policier menaçant sérieusement ce qui reste de libertés.

APIC: Comment voyez-vous l’avenir des relations entre chrétiens et druzes?

W.Joumblatt:Tous les Libanais appartiennent au monde arabe, même si les

chrétiens ont toujours davantage regardé vers l’Occident et les musulmans

vers le monde arabe. Cette arabité, qui passe notamment par la langue, est

un élément d’entente important qui ne doit pas être négligé par les chrétiens. Par ailleurs, force est de constater que dans la tradition libanaise

on est toujours allé consulter l’occupant du moment, qu’il soit turc ou

français, pour régler les différents entre les diverses communautés. Cela

continue aujourd’hui avec la Syrie. Quant à moi, j’oeuvre autant que faire

se peut dans le sens de la réconciliation, mais il faut du temps pour

retrouver la convivialité.

APIC:Nombreux sont les chrétiens libanais qui estiment injuste que Samir

Geagea, ancien chef des Forces libanaises (milices chrétiennes), ait été

condamné à la prison à perpétuité alors que tous les anciens chefs de guerre participent aujourd’hui – comme vous d’ailleurs – en toute impunité au

gouvernement. Ils dénoncent la justice sélective de ce pays!

W.Joumblatt:On a offert à Geagea la possibilité d’intégrer le gouvernement. Il a refusé. Son problème, c’est le refus de la convivialité entre

les diverses communautés libanaises. Après l’attentat à l’explosif contre

l’église de Zouk Mikhaïl, au nord de Beyrouth, à la suite duquel le procès

de Geagea a été ouvert, son discours était un discours partitionniste. On a

découvert en outre chez lui énormément d’explosifs. La moitié des chrétiens

qui ont émigré l’ont fait à cause de lui et de la guerre interchrétienne

qu’il a menée contre le général Aoun.

Certains s’offusquent qu’il soit le seul chef de guerre à être condamné.

Mais il a été jugé précisément pour l’assassinat du leader chrétien du

Chouf Dany Chamoun. Par ailleurs faut-il juger tous les anciens chefs de

milice et les hauts responsables de l’administration? C’est possible mais

ce serait interminable. Je crois pour ma part qu’il faut clore le dossier.

APIC: Il est question de renouveler ou de proroger le mandat de l’actuel

président de la République, prolongeant ainsi l’actuel statu quo, et, pour

cela, de réviser la Constitution…

W.Joumblatt:Ce sont, en l’occurence, les Américains et les Syriens qui

décident. Je suis contre notre système archi-confessionnel. Pourquoi la minorité druze, que je représente, devrait se dissoudre dans les grandes majorités? Au Liban, les minoritaires sont des citoyens de seconde catégorie,

que ce soient les druzes, les alaouites, les grecs-catholiques ou les

grecs-orthodoxes. Ce sont les grandes communautés qui se partagent le pouvoir, laissant les miettes aux autres.

La solution me paraît être un système à la proportionnelle dans un Etat

laïc vers lequel nous devons aller résolument. C’est possible à condition

de le vouloir vraiment. Seulement les dignitaires religieux et politiques

freinent des quatre fers, car ce n’est pas leur intérêt. Avec l’actuel système, ils ont beaucoup de privilèges et amassent énormément d’argent. La

déconfessionnalisation politique ne créera pas l’hégémonie d’une communauté

sur les autres, si l’on sépare la religion de l’Etat et si l’on rend à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. (apic/jcn/pr/be)

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