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Rwanda: Trois nouveaux témoignages sur le Père Rwandais Wenceslas (101095)

Le quotidien «La Croix» donne la parole à des témoins et à l’»accusé» Paris, 10octobre(APIC) Le quotidien catholique «La Croix» revient sur les

accusations lancées contre le Père Wenceslas Munyeshyaka, avec trois témoignages qui corroborent les accusations particulièrement graves portées

depuis juin dernier sur le Père Munyeshyaka, curé de la paroisse de la

Sainte-Famille à Kigali au moment des massacres du printemps 1994. Ce prêtre rwandais est aujourd’hui réfugié en France.

Le quotidien donne également la parole au P. Wenceslas. Dans l’éditorial, Bruno Frappat, rédacteur en chef, justifie la démarche: «Aller au plus

près des faits, sans juger, on le doit aux victimes autant qu’aux survivants».

Ces témoignages ont été retenus parmi plus d’une dizaine d’autres récits

de témoins directs des massacres qui ont eu lieu dans sa paroisse, où 8’000

personnes (hutus et tutsis) étaient réfugiées au lendemain de l’attentat

contre le président Habyarimana. Ces témoignages émanent de Rose Rwanga et

de Félicien Mutalikanwa, recueillis à Kigali, et de Hugh McCullum, contacté

en Suisse par téléphone.

Témoignages accablants

Le 22 avril, relate Tose Rwanga dans son témoignage publié par «La

Croix», alors que le Père Wenceslas était parti, les Interhamwe (miliciens)

et les gendarmes sont venus, ces derniers accompagnés du préfet de Kigali.

Les hommes, dont son mari et ses deux fils, ont été battus puis emmenés.

Tous ont été tués. En mai, les officiers de la Minuar sont venus demander

au P. Wenceslas la liste des réfugiés qui voulaient être évacués en zone

libérée par le Front patriotique rwandais (FPR) ou en zone sous contrôle

des Forces Armées Rwandaises (FAR). Après avoir donné la liste, le prêtre a

demandé à haute voix devant les miliciens, alors que cela devait rester secret, quels étaient ceux qui voulaient aller du côté du FPR, faisant d’eux

les cibles des miliciens. La plupart voulant aller en zone FPR, le P. Wenceslas les insultait, raconte Rose Rwanga, les traitant d’»Inyenzi» (cancrelats, terme par lequel les partisans d’Habyarimana désignent le FPR).

Le 17 juin, sa fille a été menacée par les miliciens. Le même jour, les

miliciens sont entrés dans l’enceinte de la Ste-Famille et ont tiré dans la

foule des réfugiés. Quand il les a entendus, le P. Wenceslas, qui était à

l’église, est allé s’enfermer dans sa chambre. Rose Rwanga est restée deux

jours auprès du cadavre de sa fille. «Il y avait des cadavres tout autour,

raconte-t-elle. Le Père voulait qu’on ramasse les corps et qu’on les cache

dans l’économat pour que ni la Minuar ni les journalistes ne les voient.

J’ai refusé et j’ai enterré moi-même ma fille dans les jardins de l’Eglise».

Témoignage tout aussi accablant que celui de Félicien Mutalikanwa, un

avocat connu de Kigali, qui n’a dû qu’à un major du FAR, un ancien condisciple, d’avoir la vie sauve, alors que l’attitude du Père Wenceslas avait

fait de lui un condamné en puissance.

Journaliste canadien, Hugh McCullum confirme ce qu’il écrit dans son

livre «Les anges nous ont abandonnés, la tragédie rwandaise et les Eglises»

(édité par WCC publications, Conseil Oecuménique des Eglises). Présent à la

Sainte-Famille en juin 1994, il y a vu 500 réfugiés alignés en dehors de

l’enceinte de la paroisse. Un homme tenant un porte-voix, un pistolet à la

hanche, lisait des noms sur une liste; une femme en uniforme, qui vérifiait

chaque nom, s’agitait en voyant que la plupart voulaient être évacués en

zone contrôlée par le FPR. L’homme était le Père Wenceslas, la femme Odette

Nyirabagenzi, membre du CDR, l’aile extrémiste du parti du président Habyarimana, responsable de la mort d’un grand nombre de personnes, selon le

rapport de l’organisation «African Rights» (Londres). «On entendait répéter

constamment le terme «Inyenzi», témoigne H. McCullum. Peu de réfugiés voulaient nous parler en français, et ceux qui le faisaient s’assuraient que

ni le prêtre, ni la milicienne ne les voyaient nous parler; Ils semblaient

moins effrayés par les soldats et les gendarmes…»

Le P. Wenceslas: il faut aller jusqu’au bout

Le P. Wenceslas, auquel «La Croix» a soumis ces témoignages l’accusant

d’avoir livré aux miliciens les noms de Tutsis, parle d’un «problème d’interprétation» des faits et de son comportement. Il est tout à fait normal

qu’il y ait des gens qui le disent, dit-il, comme il est tout à fait normal

qu’il y en ait qui disent le contraire, mais ils ne le diront pas «parce

qu’ils ont peur». «Une personne neutre n’existe pas chez nous, ajoute-t-il.

Il y a le bon et le mauvais, et je suis le mauvais. Il y a une incompréhension totale entre moi et mon peuple. Même avant la guerre, j’avais des problèmes avec les extrémistes hutus et tutsis».

Le prêtre se défend d’avoir livré des réfugiés: «Le 15 avril, quand les

miliciens sont venus prendre des réfugiés, j’ai tourné en syncope et j’ai

versé des larmes. Mais jamais ils n’ont pris une femme et un enfant. Mon

action était efficace tant qu’elle restait secrète. Nous étions en guerre.»

Il dément avoir jamais partagé sa table avec les miliciens. Il a en revanche invité l’officier du FAR, un gendarme qui assurait la sécurité à la

Ste-Famille, «pour le motiver». L’arme et le gilet pare-balles? «Vous m’aborder avec des préjugés, répond-il. Le gilet-pare-balles, je l’ai porté

pour me protéger lorsque je circulais dans la ville».

Le P. Wenceslas s’explique enfin à propos d’une lettre niant le génocide

qu’il a signée avec d’autres prêtres rwandais en exil, une fois arrivé au

Zaïre: «Je ne pouvais pas accepter que l’on diabolise les Hutus». Je n’ai

pas peur de la justice, ajoute-t-il. (apic/cip/pr)

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