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Le théologien suisse Hans Küng plaide (081095)
pour un consensus entre les religions
« Pour une nouvelle éthique planétaire »
Genève, 8octobre(APIC) L’une des tâches fondamentales des religions, en
ce moment de l’histoire de l’humanité, est de promouvoir la paix entre elles, sans quoi il n’y aura pas non plus de paix entre les nations, estime
le théologien suisse Hans Küng dans une interview accordée à l’agence de
presse oecuménique ENI à Genève. Pour le professeur de Tübingen, « la priorité de l’étape actuelle est de créer une nouvelle éthique planétaire ».
Entre cette vision et le poids des institutions ecclésiastiques, existe
un long chemin d’autocritique en suspens, estime Hans Küng. « Notre planète
vit une époque dramatique, avec des centaines de millions d’hommes qui connaissent le chômage, la misère, la désintégration familiale, dans un monde
où règnent la corruption, le gaspillage des ressources, une consommation
irrationnelle, et une agression constante contre l’écosystème, estime le
théologien suisse, âgé de 67 ans.
La religion peut aussi arrêter les guerres ou les éviter
Dans ce contexte, poursuit-il, la religion est très souvent utilisée à
des fins politiques: »Elle attise les confrontations et pousse à la guerre.
Mais elle peut aussi arrêter les guerres ou les éviter ». « En Afrique du
Sud, un changement profond n’aurait pas été possible sans le rôle décisif
joué par le Conseil des Eglises d’Afrique du Sud. De la même manière,
l’Eglise catholique des Philippines s’est convertie en moteur du changement
radical, mais sans violence », explique Hans Küng.
L’importance d’une « paix entre les religions »
De là découle l’importance d’une « paix entre les religions » comme
premier pas pour une paix entre les nations. Selon H. Küng, il n’y aura
aucune possibilité de survie pour la démocratie sans une forte coalition
des croyants et des non-croyants. Pour cela, le dialogue, l’anti-dogmatisme
et l’autocritique sont des facteurs vitaux.
D’autre part, face à l’énorme polarisation économique mondiale, il est
important d’obtenir une relative stabilité planétaire. Pour y parvenir, ne
suffisent ni les offensives diplomatiques – qui sont normalement adressées
aux gouvernements et non pas aux peuples – ni les aides humanitaires,
nécessaires mais pas suffisantes. Le droit international et les droits de
la personne, par eux-mêmes, ne sont pas non plus des garants absolus de
stabilité.
Un nouvel ’ethos’ planétaire est indispensable
Je suis persuadé, insiste H. Küng, qu’un nouvel ordre mondial peut être
édifié seulement sur la base d’idées, de valeurs, d’objectifs et de critères communs. C’est-à-dire « sur la base d’une nouvelle éthique planétaire,
qui englobe les cultures et les religions, rapproche les Etats et les dirigeants. Un nouvel ’ethos’ planétaire est indispensable. Pas tant au niveau
de la doctrine que de l’attitude intérieure ».
Il s’agit d’un consensus éthique fondamental qui comprend les points
d’accord minimaux sans lesquels toute société encourt le risque de la dictature ou du chaos.
Et c’est dans ce sens que H. Küng rappelle la « Déclaration sur une éthique planétaire », approuvée par le Parlement des religions à Chicago (EtatsUnis), en 1993, parlement auquel participaient plus de 6’000 représentants
de toutes les grandes religions. Cette déclaration établit quatre directives irrévocables, élémentaires et très concrètes. L’engagement à la nonviolence et le respect de toute forme de vie. L’engagement à la solidarité
et un ordre économique plus juste. L’obligation à la tolérance et une égalité effective entre les sexes. L’exigence fondamentale qui se trouve derrière cette déclaration: « que tout être humain soit traité humainement »,
souligne H. Küng.
Une éthique libératrice
« Le caractère de cette éthique doit être libérateur. Si nous pensons selon une morale traditionaliste qui veut toujours opprimer la liberté, à
tous les niveaux, il n’y aura pas de possibilité de trouver un consensus. »
Sur le plan économique, par exemple, la nouvelle éthique doit être libératrice dans les deux sens. Pour les pauvres et pour ceux d’entre les riches
qui pourraient être sauvés, s’ils agissaient avec un minimum de compréhension et de justice.
Cela ne signifie en rien une nouvelle réévangélisation dans le sens romain, c’est-à-dire une recatholicisation médiévale. Il ne s’agit pas de cela. Il n’existe aucun intérêt à dominer de nouveau, à convertir le monde.
Mais de promouvoir une coalition sur la base d’un respect mutuel. Sans
quoi, il n’y aura ni nouvel ordre, ni paix mondiale, conclut H. Küng.
(apic/eni/Sergio Ferrari/be)
Encadré
Lorsqu’en 1962, le pape Jean XXIII nommait le Lucernois Hans Küng consulteur théologique du Concile Vatican II (1962-1965), malgré son jeune âge
(34 ans), ni la hiérarchie ni lui-même n’imaginaient le dénouement tourmenté que prendrait la relation du théologien suisse avec l’institution romaine, qu’il allait bousculer.
En 1970, Hans Küng, devenu un théologien de renommée internationale,
provoquait le scandale en mettant en cause publiquement l’infaillibilité du
pape, en publiant son livre « Infaillible? Une interpellation ». « Dieu seul
est infaillible », affirmait-il alors catégoriquement, mettant ainsi en question le dogme de l’infaillibilité reconnue au pape par le Concile Vatican
I et donnant naissance à l’ »affaire Küng », qui allait l’opposer à la Conférence épiscopale allemande, puis à la Congrégation romaine pour la doctrine
de la foi. (apic/eni/be)
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