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Les Etats-Unis dans l’attente de la visite du pape (031095)
Une quinzaine de discours en 4 jours…. et des débats en perspective
Rome/New York, 3octobre(APIC) Le pape Jean-Paul II entamera mercredi son
68e voyage hors d’Italie, qui le conduira du 4 au 8 octobre aux Etats-Unis,
dans les villes de Newark, New-York, Brooklyn, et baltimore. Cette sixième
visite dans ce pays, après celles d’octobre 1979, fevrier 1981, mai 1984,
septembre 1987, août 1993, sera marquée par le rendez-vous qui attend le
pape le 5 octobre au Siège des Nations Unies, à New York, dans le cadre de
la 50e Assemblée générale de l’ONU, où il prononcera un discours en en six
langues: français, anglais, russe, espagnol, arabe et chinois.
Selon plusieurs sources de hauts niveaux, Jean-Paul II devrait prononcer
à cette occasion un plaidoyer «fort» pour la défense de la mission de l’Organisation internationale. Le pape avait visité une première fois l’ONU le
2 octobre 1979. Le pape aura dès son arrivée à Newark une entrevue avec le
président Bill Clinton. La troisième – 12 août 1993 à Denver et 2 juin
1994 au Vatican – depuis l’élection de ce 42e président des Etats-Unis.
15 discours au total sont prévus pour ce periple américain de Jean-Paul
II qui franchira à cette occasion le million de kilomètres parcourus en
voyage apostolique. Le plus important d’entre eux, et le plus attendu, est
celui qu’il prononcera au Siège des Nations Unies. Les spéculations quant à
son contenu s’accordent toutes sur le fait que le Pape devrait, à cette occasion, plaider pour un renforcement du rôle et des moyens des Nations Unies, soutenues par l’Eglise depuis le début de leur création.
Le 9 janvier 1995, dans son discours au corps diplomatique, Jean-Paul II
avait donné le ton de ce qu’il dira le jeudi 5 octobre prochain à NewYork: «Nous allons célébrer dans quelques mois le cinquantième anniversaire
de la fondation de l’Organisation des Nations Unies: comment ne pas souhaiter qu’elle devienne toujours davantage l’instrument privilégié de la promotion et de la sauvergarde de la paix?
La famille, sans doute également au centre du discours
Ces dernières années, avait-il alors déclaré, elle a multiplié les opérations de maintien de la paix, de même que les interventions destinées à
faciliter la transition démocratiques dans des Etas qui renonçaient au regime de parti unique. Elle a créé des tribunaux pour juger les responsables
présumes de crimes de guerre.
«Ce sont là des évolutions significatives qui incitent à souhaiter que
l’Organisation se dote d’instruments sans cesse plus adaptés et efficaces,
capables de soutenir ses ambitions. Dans le fond, les réalisation d’une organisation comme l’ONU montrent bien que le respect des droits de l’homme,
l’exigence démocratique et l’observance de la loi sont les fondements sur
lesquels doit reposer un monde infiniment complexe dont la survie dépend de
la place reconnue à l’homme comme fin véritable de toute politique».
Mais il est également fort probable que le Pape évoque également à la
tribune de l’ONU la question morale de la famille, à la suite des deux conférences organisées en septembre 1994 et 1995 par cette organisation sur la
population mondiale et sur la femme. Deux conférences où la délégation du
Saint-Siège s’était opposée à la vision de la famille et de la femme que
l’ONU voulait «imposer» au monde et, en particulier au tiers monde.
Une «bataille» qui avait rendu la rencontre entre Bill Clinton et le Pape en juin 1994 à Rome plutôt froide, selon les observateurs, et qui a
poussé bon nombre d’Etats membres de l’ONU à se poser la question de la légitimité du statut «d’observateur» dont jouit le Saint-Siège, comme d’autres institutions internationales, au sein de l’organisation mondiale. Le
débat reste ouvert pour beaucoup mais l’on sait gréé, par ailleurs, à
L’Eglise d’avoir constamment soutenu les efforts de l’ONU dans ses opérations de maintien de la paix et d’éléctions démocratiques.
L’épineuse question de la composition du Conseil de sécurité?
Dans son discours, le pape abordera-t-il l’épineuse question de la composition du Conseil de sécurite de l’ONU? Véritable décideur politique, il
exclut de son sein des nations aujourd’hui puissante économiquement. D’autres pays aimeraient également avoir voix au chapitre et entrer dans le
cercle des cinq pays du conseil de sécurité. Le Saint-Siège a déjà laissé
entendre qu’il n’était pas contre la réforme de ce système de décision qui
lui paraît un élément décisif dans l’adaption de cette organisation internationale aux nouveaux défis posés par la fin de l’ère de la géostratégie
bipolaire issue de la seconde guerre mondiale.
En tout cas, il est certain que le Pape Jean-Paul II ne laissera pas
passer l’occasion du 50e anniversaire de l’ONU, sans y laisser un message
complet de la part de l’Eglise catholique, soucieuse du «bien commun» par
la voie de la négociation et en vue du maintien de la paix. Cet objectif
correspond à la mission de l’ONU, dont beaucoup, aujourd’hui, remettent en
cause la validité de l’action, quand ce n’est pas son coût de fonctionnement.
Mgr Renato Raffaelle Martino, observateur permanent du Saint-Siège auprès des Nations Unies, commentait récemment sur Radio Vatican la prochaine
visite du Pape: «Nous nous approchons de la fin d’un millénaire et (…)
nous constatons encore 41 centres de conflits dans le monde. C’est donc le
moment propice pour que le Pape vienne faire un bilan, refléchir sur le
passé récent, et offrir des suggestions et des conseils pour le futur. Dans
ce contexte, tous les milieux de l’ONU attendent sa venue avec beaucoup
d’interêt. Je suis sûr que le discours du Pape sera historique en réponse
aux exigences du moment présent».
Em période pré-électorale
Au-delà de ce moment fort, le voyage de Jean-Paul II arrive, sur un plan
politique, dans une période de pré-campagne électoral aux Etats-Unis qui
verra l’élection d’un nouveau président, en novembre 1996, et pour laquelle
les différents candidats, et le président actuel, prennent déjà leur marque. Une campagne où le débat de société ne manquera sans doute pas d’être
particulièrement présent.
Sur le plan ecclésial, enfin, les thèmes choisis pour sa visite démontre
à l’évidence que l’axe choisi par Jean-Paul II pour ce voyage est celui
d’un retour aux sources du «baptême». Il sera aussi l’occasion d’un appel
vigoureux aux vocations religieuses, dans le contexte d’une société sécularisée, pluriethnique et plurireligieuse.
De ce point de vue, les homélies qui seront souvent prononcées en au
moins deux langues – anglais et espagnol – souligneront qu’un tiers aujourd’hui des catholiques américains, sont des latino américains, par ailleurs en pleine explosion démographiques comparée à d’autres catégories de
la société. Sur le fond, les homélies et discours de Jean-Paul II, ne manqueront pas de toucher, et d’apporter une réponse déjè connue, au grand
thème du débat qui agite actuellement la société et donc l’Eglise américaine: la place de la femme et la question de l’ordination des femmes.
Débats et questions délicates
Il ne faut pas oublier dans cette perspective, le retard pris par la publication du catéchisme de l’Eglise catholique – presque deux ans – en raison d’une traduction que Rome avait demandé de reprendre à la Conférence
épiscopale américaine. La première version étant trop influencée, selon le
Saint-Siège, par «l’Inclusif language», ou la masculinité de Dieu et du
Christ est gommée au profit d’un langage plus neutre et plus respectueux,
de la femme, conformément à certaines tendances féministes americaines.
La question sexuelle enfin, agite l’opinion publique américaine, où les
cas – statistiquement inférieur à 0,1% – de prêtres ayant abusés de jeunes
garçons ont eu beaucoup de rententissement. Sans parler de la revendication
proprement homosexuelle, qui agite cette société et contre laquelle, l’archevêque de New York, le Cardinal O’Connor est l’une des personnes les plus
en vue.
Le même cardinal commentait récemment sur Radio Vatican: «Je n’ai jamais
vu les médias anticiper avec un tel intérêt et aussi favorablement la visite du Pape. La télévision veut être objective et elle se fait l’écho de
groupe qui s’opposent à ce que le Pape pense, par exemple sur l’ordination
des femmes. Mais rien n’a changé aux Etats-Unis en ce qui concerne la reconnaissance de ce qu’a fait le Pape par le biais de ses voyages. On le reconnaît ici communement comme le leader de la moralité mondiale». (apicjmg/pr)
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