apic/Sri Lanka/Eglise catholique
Sri Lanka: Jaffna, ville fantôme…
Le difficile rôle d’intermédiaire de l’Eglise catholique (301195)
Bruxelles, 30 novembre(APIC) Depuis plusieurs semaines, l’armée du Sri
Lanka encercle la ville de Jaffna, au nord de l’île. Pour le gouvernement,
il s’agit d’une ville stratégique, car elle est le symbole de la résistance
des rebelles tamouls du LTE, les « Tigres ». En fait, il s’agit d’une ville
fantôme, abandonnée par ses habitants, qui se sont réfugiés dans des zones
contrôlées par la guérilla tamoule jouant la carte ethnique, a pu constater
Karl Wintgens, responsable pour l’Asie à Entraide et Fraternité, de retour
du Sri Lanka.
Le gouvernement de Colombo, à forte majorité cinghalaise (ethnie majoritaire au Sri Lanka), considère la prise de Jaffna comme une étape importante pour forcer les Tamouls à revenir à la table des négociations. D’autres
recherchent une victoire militaire totale et l’anéantissement des séparatistes tamouls.
Dans la situation actuelle, toute victoire militaire pourrait bien se
muer en échec politique, avertit Karl Wintgens. « En effet, à long terme,
explique-t-il, il n’est pas possible pour l’armée, composée de Cinghalais,
d’occuper les territoires du nord. Elle n’a aucun crédit aux yeux de la population tamoule, qui revendique depuis des dizaines d’années que l’on
prenne au sérieux leurs revendications d’une certaine autonomie ». Du reste,
ajoute K. Wintgens, au moment de la transition vers une autorité civile,
« quelle personnalité tamoule risquerait de se présenter comme le pion de
l’administration de Colombo et de l’armée nationale? D’autant plus que l’on
peut supposer que la guérilla n’aura pas été éliminée complètement ».
D’après les observateurs politiques sur place, il est urgent de revenir
à la table des négociations, sans que l’une ou l’autre partie en présence
perde la face. Des rencontres préliminaires pourraient par exemple être organisées sur terrain neutre, sans exiger au préalable la cessation de toute
activité militaire.
Pour K. Wintgens, même si le gouvernement n’apprécie guère pour l’instant des interventions extérieures de la part d’Etats tiers ou des Nations
Unies, un rôle d’intermédiaire semble la voie la plus prometteuse pour sortir de l’impasse actuelle.
Le rôle de l’Eglise et des ONG
L’Eglise catholique, bien que minoritaire, joue aujourd’hui un tel rôle
d’intermédiaire, de l’intérieur. Elle se trouve en effet implantée tant
parmi les Cinghalais – à majorité bouddhiste – que chez les Tamouls – à majorité hindoue.
Au cours des deux dernières années, elle a entrepris des actions pour
promouvoir la paix, en invitant au dialogue les forces politiques du nord
et de Colombo, en faisant signer au niveau international des pétitions invitant tous les acteurs politiques à reprendre les négociations pour une
paix juste, et en secourant les victimes de guerre par une aide humanitaire
considérable.
« Mais ce rôle ne lui apporte pas que du soutien, constate K. Wintgens.
Au contraire! Le gouvernement, l’armée et des milieux bouddhistes nationalistes considèrent l’Eglise catholique comme une menace, de par son insertion dans la population tamoule en particulier ».
Ces dernières semaines, plusieurs prêtres tamouls ont été arrêtés, et
parmi eux le Père Jepanaisan, directeur de l’action sociale du diocèse de
Jaffna. Amenant de l’argent destiné à l’aide humanitaire vers son diocèse,
il a été intercepté par l’armée et transféré dans les locaux de la Sécurité
Nationale à Colombo, où il subit des interrogatoires depuis deux semaines.
On lui reproche surtout d’avoir transporté dans son véhicule du fil de
cuivre et des piles, objets proscrits quand on passe la frontière vers le
nord sous prétexte qu’ils peuvent être utilisés pour fabriquer des bombes.
Plus récemment, La police a visité les bureaux de la SEDEC, Caritas nationale et partenaire d’Entraide et Fraternité, dont le téléphone/fax est
mis sur écoute. Il semble que la police soit à la recherche de documents
qui indiqueraient que l’argent proviennent des milieux tamouls de l’étranger. « Même si ce n’est pas le cas, le trouble et le doute sont jetés sur
des institutions religieuses qui se sont engagées clairement pour la paix,
l’harmonie interethnique et la justice », souligne Karl Wintgens.
Derrière ces actions contre l’Eglise, certains voient une manoeuvre pour
la diviser et pour opposer les croyants cinghalais et tamouls. Ces attaques
doivent être rapprochées d’autres qui visent le monde des organisations non
gouvernementales (ONG). Là encore, le gouvernement considère généralement
l’action sociale comme tendancieuse, même s’il garantit d’une certaine façon leur libre expression.
Une réunion du Forum International sur le Sri Lanka, prévu pour la minovembre et qui avait l’appui du Ministère, a ainsi été interrompue par la
foule cinghalaise, qui y a vu une propagande en faveur des Tamouls. Les organisateurs ont préféré reporter la réunion plutôt que de parler de la paix
au Sri Lanka, sous la protection des militaires qui n’ont pas hésité à proposer de recourir au gaz lacrymogènes pour disperser la foule massée devant
l’hôtel… (apic/cip/pr)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse