Des diacres ordonnés pour prendre soin de leur paroisse

Ordonné diacre permanent le 17 novembre 2019 à St-Ursanne (JU), Patrick Godat est membre d’une équipe pastorale pilotée par un autre diacre. Et Robert Nzobihindemyi, répondant de la paroisse de Villars-sur-Glâne (FR), accède aussi au diaconat le 8 décembre. Phénomène nouveau? Sondage

«Dans notre petit coin rural au cœur du Jura, ce sera une fête d’Eglise», explique Patrick Godat, à propos de son ordination diaconale, dimanche 17 novembre 2019 à la collégiale de St-Ursanne. «Par chez nous, tout le monde se connaît. Je reçois plein de petits coups de main de paroissiens pour l’organisation de cette fête», se réjouit-il.

Responsable des grandes années de catéchèse, Patrick s’occupe de la préparation au sacrement de confirmation. Il est également animateur de l’équipe pastorale et assure le suivi des ‘veilleurs’, les visiteurs à domicile, entre autres.

Une charge pastorale identique

Pour l’agent pastoral laïc – encore laïc pour quelques jours –, l’ordination diaconale ne va pas changer grand-chose au niveau pastoral. «Je suis déjà intégré dans mon équipe pastorale avec un rôle bien défini. Les affaires courantes continueront et la charge pastorale reste plus ou moins identique. Il y aura certes des préparations de baptêmes et de mariages à assurer, mais pour ce qui est des prédications, j’en proclamais déjà».

Patrick Godat a grandi à St-Ursanne | © Pascal Tissier, SCJP
Patrick Godat a grandi à St-Ursanne | © Pascal Tissier, SCJP

Pour lui, le changement se situe plus au plan personnel. «Je le perçois comme une nouvelle responsabilité. Ce que je fais sera davantage réalisé dans un esprit de service. Je n’ai pas de grands projets, mais je me sens bien dans les rencontres. Être en proximité avec les gens et pouvoir vivre avec eux leur réalité», confie Patrick Godat, marié et père de trois enfants. «Un diaconat proche des gens», résume-t-il, dans son interview pour le Service de communication du Jura pastoral, dans laquelle il évoque son parcours.

«La hiérarchie, je la laisse aux autres»

«Autant que je me souvienne, je me suis toujours senti dans l’Eglise. Et concernant l’appel au diaconat, je n’ai pas eu de grande révélation. Au fond, c’est comme si j’y avais toujours été appelé, et qu’avec le temps, l’appel est devenu de plus en plus précis.»

Comment Patrick conçoit le fait d’intégrer le rang des clercs? «Je garde toujours en mémoire que le mot ministère vient de ‘minus’. Faire partie de la hiérarchie, je laisse volontiers ça aux autres. D’ailleurs, en matière de responsabilités, certains sont bien plus compétents que moi. Non, devenir diacre, je le vois davantage comme entrer dans une fraternité».

«Je ne suis pas là pour changer le monde ou l’Eglise. Pour cela, il y a déjà l’Esprit saint… et les autres»

«Je ne suis pas un ambitieux. Je ne suis pas là pour changer le monde ou l’Eglise. Pour cela, il y a déjà l’Esprit saint… et les autres», lance Patrick Godat. A ceux qui pensent que le diaconat va le soumettre à davantage de travail, il leur répond: «C’est possible, mais c’est à moi de fixer les limites. Avant d’être diacre, je suis d’abord époux et papa».

«Le diacre n’est pas un demi-prêtre»

Dans le diocèse de Bâle, un certain nombre d’agents pastoraux laïcs (APL) répondent à cet appel au diaconat permanent. «Bien que le diacre soit étroitement lié à l’évêque, ce n’est pas d’abord l’appel de l’évêque qui est en jeu. C’est bien souvent la dimension de service propre au diacre à laquelle certains APL se sentent appelés», explique l’abbé Jean-Jacques Theurillat, vicaire épiscopal pour le Jura pastoral.

Pour le diocèse de Bâle, le diacre est toujours un agent pastoral et théologien laïc, contrairement aux diocèses de Lausanne Genève et Fribourg (LGF), ainsi que Sion, pour lesquels le diacre est le plus souvent inséré dans un milieu professionnel profane.

Si le candidat au diaconat est déjà théologien (5 ans d’études universitaires), il effectue une formation spécifique, étalée sur quelques mois. Dans le cas contraire (3 ans de formation d’animateur pastoral), il est envoyé 2-3 ans à l’Université de Fribourg pour obtenir l’équivalent d’un bachelor en théologie.

Dans le Jura – comme l’ensemble du diocèse de Bâle –, le diacre se déploie en trois fonctions: 1 – comme membre d’équipe pastorale (en paroisse, catéchèse, liturgie, etc.), 2 – comme responsable de service (aumôneries, santé, prison, diaconie, jeunesse, famille, communication, etc.) ou 3 – comme responsable de communauté (fonction comparable à curé modérateur).

Sur les quatorze Unité pastorales que comptent le Jura pastoral (canton du Jura – Jura bernois – Bienne), trois sont modérées par des diacres (Pascal Marmy, UP Sainte-Colombe, depuis 2009 – Didier Berret, UP Franches-Montagnes, depuis 2014 – Philippe Charmillot, UP Saint-Gilles, Clos du Doubs, depuis 2014).

«Dans le cas des diacres responsables de communauté, leur mission est celle de représenter le Christ Serviteur, même s’ils ont une responsabilité de remplacement de prêtre [qui lui représente le Christ Tête]», précise le représentant de l’évêque pour le Jura.»Le diacre n’est pas un demi-prêtre. Sa fonction de représentation est différente de celle du prêtre. Et quelle que soit sa charge, il est plus particulièrement attentif aux pauvres. Il se tient au seuil, à l’accueil des personnes qui sont en marge».

Abbé Jean-Jacques Theurillat, vicaire épiscopal pour le Jura pastoral | © jurapastoral.ch

Les vocations pastorales du Jura pastoral diminuent. Il y a actuellement trois personnes en formation: un séminariste (futur prêtre) et un étudiant en théologie (à l’Université), et une étudiante en Formation d’animatrice pastorale (au CCRFE, Centre catholique de formations en Eglise). Patrick Godat, et un agent pastoral jurassien se destinant au diaconat, ne sont pas comptés dans cette statistique, puisqu’ils exercent déjà la fonction d’agents pastoraux laïcs de longue date.



L’abbé Jean-Jacques Theurillat ajoute qu’au nom de l’évêque, il est en lien étroit avec tous les responsables de communautés du Jura, qu’ils soient curés ou diacres. En tant que  vicaire épiscopal, il côtoie certainement plus souvent les diacres jurassiens que ne le peut Mgr Felix Gmür, évêque de Bâle.

Un diacre répondant de paroisse

Du côté de Fribourg, l’agent pastoral Robert Nzobihindemyi sera ordonné diacre le 8 décembre 2019 – en même temps que trois séminaristes –, à l’église de Villars-sur-Glâne. A partir de septembre dernier, il a été appelé à devenir répondant de sa paroisse du Grand-Fribourg. «Toute paroisse doit avoir son curé, explique le futur diacre fribourgeois. La ‘répondance’ de paroisse est donc là pour représenter le curé qui ne peut pas être partout. Il s’agit donc d’une délégation. Et c’est un rôle qui peut d’ailleurs être confié à un agent pastoral laïc».

Dans le canton de Genève, par exemple, c’est une femme – agente pastorale laïque – qui exerce le mandat de répondante d’Unité pastorale (UP) depuis septembre dernier.

Né au Burundi, Robert Nzobihindemyi est arrivé en Suisse à la fin des années 1980 | © Grégory Roth

La mission qu’occupera Robert en tant que diacre à Villars-sur-Glâne n’est pas inédite. Dans la même UP, dédiée à saint Joseph, un autre diacre permanent, Nicolas Carron, est déjà répondant de la paroisse de St-Laurent, qui s’étend sur les communes de Givisiez et Granges-Paccot.

Le diacre dépend directement de l’évêque

«Bien que j’exerce déjà cette fonction à Villars, la nomination officielle n’a pas encore eu lieu», note le Burundais d’origine. «Peut-être que cette nomination interviendra avec la lettre de mission de l’évêque lors de mon ordination. En effet, chaque diacre se voit confié, par l’évêque, une mission car le diacre dépend directement de l’évêque». Cette lettre de l’évêque, Robert suppose qu’elle sera élaborée en concertation avec le curé de l’UP, l’abbé Alexis Morard, puisque c’est lui qui est sur le terrain, qui connaît les besoins de I’UP et qui a fait appel au futur diacre pour occuper le poste de répondant de communauté.

«Devenir diacre, comme agent pastoral: ça ne change rien, et ça change tout»

«Le fait de devenir diacre, comme agent pastoral: ça ne change rien, et en même temps, ça change tout», aime à rappeler ce mari et père de trois enfants. Pas de changement, dans la mesure où il continue de travailler en Eglise. Mais tout change. «Car, par la grâce sacramentelle de l’ordination, nous sommes configurés au Christ Serviteur et nous rappelons que l’Eglise est toute entière appelée à être servante», précise Robert, qui a été engagé comme agent pastoral à partir de 2009.

Pendant ces années, il a œuvré dans la diaconie principalement, comme aumônier des Conférences St-Vincent-de-Paul, qui assurent des services d’aide ponctuelle, coordinateur des agapes paroissiales, membre d’équipe des funérailles et aumônier militaire, entre autres.

La fonction de ‘répondance’ n’est pas nouvelle

Dans le diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg (LGF), – contrairement à celui de Bâle–, la fonction de diacre est confiée habituellement à des hommes insérés dans leur milieu professionnel. Comme Robert, il arrive toutefois que certains diacres travaillent en Eglise, comme agents pastoraux.

Depuis fin 2011, le diacre Bertrand Georges est responsable pour la formation diaconale dans le diocèse de LGF | © Grégory Roth

«Cette pratique de ‘répondance’ confiée à des diacres n’est pas nouvelle dans le diocèse», confirme le diacre Bertrand Georges, responsable pour la formation diaconale pour le diocèse de LGF. «Nous sommes en tout cas trois à l’avoir exercée par le passé ou encore actuellement». Bertrand Georges rappelle qu’il arrive aussi que des diacres fassent partie d’équipes pastorales de façon bénévole, en fonction de leur charisme et de leur disponibilité.

Pas de «diacres paroissiaux» en Valais

Stéphane Vergère, administrateur de l’évêché de Sion | © Bernard Hallet

Du côté de Sion, l’administrateur diocésain, Stéphane Vergère, qui est également diacre, présente la statistique actuelle des diacres de son diocèse. Sur la vingtaine active en Valais, une majorité de douze exerce une profession (non ecclésiale) contre cinq qui sont actifs en pastorale, en aumônerie et en diaconie, notamment. Et deux diacres sont membres de leur communauté religieuse. En revanche, aucun diacre valaisan n’est actif en paroisse, comme agent pastoral.

Les personnes consultées de tous diocèses confondus sont du même avis: le nombre d’ordinations diaconales en vue d’une charge pastorale n’augmente pas. Même si les évêques sont favorables au développement de ce ministère, il semble au contraire que le nombre d’agents pastoraux appelé au diaconat permanent a plutôt diminué ces dernières années. En outre, quelle que soit la fonction à laquelle le diacre est appelé, elle est directement liée à son évêque. Elle est la conséquence d’un besoin pastoral particulier, mais ne résulte pas directement de la pénurie des prêtres, répondent les personnes consultées. (cath.ch/gr)

Grégory Roth

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