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Berne: Club de la presse des journalistes catholiques (201195)
Comment vaincre la peur des étrangers en Suisse?
Berne, 20 novembre(APIC) La Suisse a-t-elle un problème avec les étrangers? Question actuelle et urgente, après une série de votations populaires
de repli, au moment aussi où l’Europe exige que la Suisse s’ouvre à la libre circulation des personnes et lorsque des partis politiques évoquent des
quotas à ne pas dépasser.
Une question posée par Walter Buchs, rédacteur en chef des «Freiburger
Nachrichten» à Fribourg, à trois intervenants invités par le Club de la
presse de l’Association suisse des journalistes catholiques, réunis lundi à
Berne. Olivier Meuvly, secrétaire romand de l’Union suisse des arts et métiers (USAM), Raymond Lorétan, secrétaire général du Parti démocrate chrétien (PDC) et Urs Köppel, directeur national de la Commission catholique
suisse pour les migrants (SKAF), ont abordé tour à tour cette problématique
en essayant d’être ouverts humainement aux étrangers sans vouloir esquiver
les réalités politiques, souvent contraignantes qui les obligent parfois à
nuancer, voire contrecarrer les exigences idéales, voire «idéalistes» du
modèle chrétien.
Le théologien Urs Köppel a ouvert le débat en rappelant que les Eglises
chrétiennes, sans nier les problèmes politiques liés à la présence de nombreux étrangers en Suisse, disent et redisent que dans «l’Eglise il n’y a
pas d’étrangers». Si le contraire existait ce serait une trahison du cri
des Ecritures en faveur des étrangers, déjà annoncé dans l’Ancien Testament, mais affirmé d’une façon définitive par l’identification du Christ:
«J’étais étranger et vous m’avez visité». Par conséquent, poursuit Urs Köppel, le droit de vote attribué presque partout aux étrangers dans les paroisses, n’est qu’une conséquence normale de l’exigence évangélique.
Tout en veillant à la paix sociale, le théologien de Lucerne insiste:
Dans sa politique des migrations, la Suisse qui a un standard économique
élevé, doit convaincre les habitants de ce pays qu’un destin commun attend
les Suisses et les étrangers, et que l’homme concret, quelque soit son origine de naissance, peut et doit à terme s’épanouir chez nous. Il s’agit
aussi de lutter contre les racines des migrations en développant l’aide aux
pays du Sud. La solution des quotas, même celle proposée par le PDC dernièrement, est pour lui inacceptable.
Les 20% du PDC
Raymond Lorétan s’attendait certainement à ce qu’on évoque lundi le problème des quotas, question brûlante, qui a choqué aussi certains de ses coréligionnaires politiques. Il a tenté de rappeler que le chiffre de 20%,
suggéré par la direction de son parti, n’était qu’une valeur indicative,
comme une clause de sauvegarde. Il reconnaît cependant «que nous avons été
courts et rapides dans l’exposition de cette mesure. Nous maintenons pourtant le principe de cette clause, même si le chiffre choisi était peut-être
maladroit». Par ailleurs il a insisté pour que la Suisse s’ouvre progressivement à la perspective de la libre circulation des personnes et qu’elle
abolisse le statut des saisonniers, condition «sine qua non», si nous voulons entrer en Europe.
Olivier Meuvly, lui aussi, estime qu’il faut lutter contre les peurs de
certains citoyens qui voient dans l’étranger un concurrent. Il s’inscrit en
faux contre le principe de ne garder en Suisse que les «bons étrangers» qui
ont un travail qualifié. Malgré le chômage, l’économie suisse aura toujours
besoin, surtout dans le travail saisonnier, d’étrangers pour faire un travail que les Suisses, malheureusement, ne veulent pas encore faire. Il est
aussi favorable au regroupement familial et ne pense pas que les quotas
soient une solution, comme le démontrent certains cantons romands où une
forte proportion d’étrangers ne provoque pas plus de racisme ou de xénophobie. Enfin il y a un équilibre à trouver, selon lui, entre un «égoïsme économique» qu’il faut combattre et un «irénisme religieux» parfois irréaliste. (apic/ba)
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