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Rome:Publication d’une lettre apostolique du pape (161195)
Jean Paul II sur le 4e centenaire de l’Union de Brest
Une Union qui évoque des souvenirs « négatifs » chez les orthodoxes
Rome, 16 novembre(APIC) Le pape Jean-Paul II a publié jeudi 16 novembre
une nouvelle lettre apostolique – la onzième de son pontificat – consacrée
à l’Union de Brest (1595), acte par lequel une partie des évêques de la Métropole de Kiev renouvelèrent leurs liens de communion avec le Siège apostolique.
Il s’agissait de faire revivre, en la reconstituant visiblement, la
pleine communion entre l’Orient et l’Occident, mise à mal par le schisme de
1054. Jusqu’au 13e siècle pourtant, l’Eglise de Kiev, très florissante, a
maintenu des liens étroits avec l’Orient orthodoxe et l’Occident catholique.
Sagesse et clairvoyance requises
D’une longueur de 21 pages, le nouveau document pontifical est intitulé:
« Lettre apostolique du pape Jean-Paul II à l’occasion du Quatrième centenaire de l’Union de Brest ». « L’Eglise grecque-catholique en Ukraine a recommencé à respirer l’air de la liberté et a retrouvé pleinement son rôle
actif dans l’Eglise et l’histoire. Cette tache, délicate et providentielle,
requiert aujourd’hui une réflexion particulière pour qu’elle soit accomplie
avec sagesse et clairvoyance », écrit le pape Jean Paul II.
L’Union de Brest a été scellée le 23 décembre 1595, et proclamée solennellement le 16 octobre 1596. Elle marquait le renouvellement des liens entre une partie des évêques d’Ukraine – alors totalement orthodoxes depuis
1054, date du grand schisme d’Orient – et le Saint-Siège. Après une longue
période de persécution, l’Eglise grecque-catholique d’Ukraine a récemment
retrouvé son autonomie, mais ce dossier reste l’un des points les plus délicats dans les relations entre le Vatican et le Patriarcat orthodoxe de
Moscou.
Sans doute est-ce pour cette raison que Jean-Paul II précise: « la célébration de l’Union de Brest doit être vécue et interprétée à la lumière des
enseignements du Concile Vatican II. C’est là peut-être l’aspect le plus
important pour bien comprendre la portée de cet anniversaire. » Il ajoute:
En plaçant les célébrations de cet anniversaire « dans le contexte de la réflexion sur l’Eglise, promue par le Concile, je tiens surtout à inviter à
approfondir le rôle propre que l’Eglise grecque-catholique d’Ukraine est
appelé à exercer aujourd’hui dans le mouvement oecuménique. » Les
grecs-catholiques ukrainiens sont cinq millions au total, dont un million
vivent à l’étranger ». Ils comptent neuf évêques en Ukraine, et une
vingtaine à l’étranger.
Attachement personnel de Jean Paul II à l’Eglise catholique ukrainienne
Dans la première partie de sa Lettre apostolique, le pape exprime
notamment son attachement personnel à l’Eglise grecque catholique d’Ukraine: « Je veux m’unir aux catholiques de tradition byzantine de ces terres,
moi aussi, évêque de Rome, qui pendant de si nombreuses années, au temps de
mon ministère pastoral en Pologne, ai senti la proximité physique, et non
seulement spirituelle, avec cette Eglise qui était alors si durement éprouvée ».
Dès son accession au pontificat, Jean Paul II s’est empressé d’élever la
voix pour défendre le droit à l’existence et à la libre profession de la
foi de l’Eglise catholique de rite byzantin, dont Staline avait ordonné la
dissolution et qui fut rattachée de force au Patriarcat de Moscou.
Ensuite, Jean-Paul II retrace l’histoire de cette Eglise, en insistant
sur l’importance de deux Conciles – Lyon en 1274 et Florence en 1439 – où
furent signés des protocoles d’union avec les Eglises orientales. Ainsi les
évêques de la Métropole de Kiev « se référèrent explicitement aux décisions
du Concile de Florence, donc à un Concile auquel avaient participé directement, entre autres, les représentants du Patriarcat de Constantinople. »
En méditant sur le déroulement de cette histoire, Jean-Paul II souligne
le rôle des grandes figures de cette Eglise, mais il s’arrête sur un point
d’une grande importance: « l’acte d’union n’a pas signifie le passage à la
tradition latine, comme certains pensaient que cela devait se réaliser ». En
effet, l’Eglise grecque-catholique se vit reconnaître le droit d’être gouvernée par une hiérarchie propre selon une discipline spécifique, et de
maintenir son patrimoine oriental liturgique et spirituel. (par exemple,
elle peut toujours, sur son territoire, ordonner des hommes mariés).
Les « martyrs » de l’Eglise ukrainienne
Jean-Paul II, terminant sa méditation sur l’histoire de cette Eglise
catholique de rite byzantin, met en valeur le rôle joué par les « martyrs »:
« Ils nous offrent une admirable leçon de fidélité au prix de leur vie. Et
nous, témoins privilégiés de leur sacrifice, nous sommes bien conscients
qu’ils ont contribué à maintenir dans la dignité un monde qui semblait emporté par la barbarie. »
La seconde partie de la Lettre apostolique porte sur les « défis » que
cette Eglise doit maintenant affronter après « le changement radical » qu’elle vient de connaître. Jean-Paul II note à cet égard « les graves problèmes
de la reconstruction des structures » et, l’identité de cette Eglise « en son
for intérieur » mais aussi « par rapport aux autres Eglises. » Pour les affronter, le pape propose une méthode, « tracée par le Concile et l’après
Concile » en vue de « la marche vers l’unité : c’est la voie du dialogue de
la vérité nourri et soutenu par le dialogue de la charité. »
Des forces veulent anéantir le processus d’union entre les chrétiens
Le premier axe du dialogue que le Pape propose est celui de « l’héritage »
des martyrs »: »la communion réelle, quoique imparfaite, qui existe déjà entre catholiques et orthodoxes dans leur vie ecclésiale, atteint sa perfection en ce que nous considérons tous comme le sommet de la vie de la grâce,
le martyre jusqu’à la mort ». Jean-Paul II propose un second axe de communion: »la profession de foi contenue dans le symbole de Nicée-Constantinople est commune aux chrétiens catholiques et orthodoxes ».
Les « différences », le pape ne les nie pas. Il les trouve « légitimes » car
elles proviennent en grande partie de cultures et de traditions diverses.
Il reprend les paroles de Jean XXIII « ce qui nous unit est beaucoup plus
fort que ce qui nous divise » comme le symbole d’un « état d’esprit » que le
pape Jean-Paul II voudrait voir naître avec les orthodoxes. Même si, ajoute-t-il, « on a parfois l’impression que certaines forces sont prêtes à tout
pour freiner, voir anéantir, le processus d’union entre les chrétiens. »
La contribution des Eglises orientales catholiques à l’oecuménisme
D’où l’enjeu de l’anniversaire de l’Union de Brest. Le pape reprécise le
sens de cet événement: »sa portée est grande pour la question oecuménique
dans son ensemble. Les Eglises orientales catholiques peuvent apporter une
contribution très importante a l’oecuménisme. »
« Nous espérons que ce texte sera bien interprété », confie pour sa part
le cardinal Achille Silvestrini, préfet de la Congrégation pour les Eglises
orientales, en présentant à la presse ce nouveau document. Le cardinal Silvestrini estime que la lettre « respecte la consigne, car elle est le contraire du triomphalisme » dans le sens où elle est une « méditation sur l’histoire et un souvenir des martyrs. Elle se place donc au-delà des Eglises.
« Le ton de la lettre, en lui-même, est un message ».
Mais, ajoute le cardinal, le pape « se devait » de parler à ce sujet: « Il
ne pouvait pas, comme père, passer sous silence la fidélité de ces
catholiques qui ont été parmi ceux qui ont subi la persécution la plus
dure » puisque le pouvoir communiste, en 1946, les avait purement et
simplement « mis hors la loi ».
A l’instar d’autres documents, cette lettre dont l’original, signé par
le pape le 12 novembre 1995, est écrit en ukrainien, sera transmise aux autorités orthodoxes de Moscou par le biais du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens, et en particulier, au patriarche Alexis II. Un patriarche
que Jean-Paul II « aimerait rencontrer en se rendant volontiers à Moscou »,
selon le cardinal Silvestrini. Mais pour l’heure aucun calendrier ne le
prévoit, pas même, selon le cardinal Silvestrini, la prochaine visite du
pape en Hongrie en 1996, qui suscitait la rumeur d’une rencontre, en ce
pays, entre Jean-Paul II et Alexis II. (apic/jmg/be)
Encadré
Une autre interprétation de l’histoire
L’ »Union de Brest » évoque des souvenirs « négatifs » chez les orthodoxes, qui
considèrent souvent l’ »uniatisme » comme un moyen de faire du prosélytisme
au détriment de l’Eglise orthodoxe. Le Saint-Siège espère que cette lettre
sera bien interprétée, car il est conscient du poids émotionnel que représente pour les orthodoxes l’Union de Brest-Litovsk.
En effet, la communion entre les Eglises orientales et l’Eglise catholique de rite latin avait été mise à mal par la rupture entre Rome et Constantinople en 1054. Les grecs-catholiques d’Ukraine (catholiques de rite
byzantin rattachés à Rome, ils rejettent le qualificatif d’ »uniates », considéré comme péjoratif) affirment quant à eux n’avoir pas suivi le schisme
de Byzance, étant donné que des liens ont été maintenus avec Rome après
1054.
Mais du côté orthodoxe, l’interprétation est tout autre. En juillet dernier, à Istanbul, la Commission inter-orthodoxe pour le dialogue théologique avec l’Eglise catholique avait d’ailleurs demandé que l’Eglise catholique évite des « manifestations ostentatoires » à l’occasion du IV centenaire
de l’Union de Brest. De nombreux orthodoxes affirment aujourd’hui encore
que cette Union est « contre-nature », qu’elle a été imposée par la force à
des croyants à l’époque orthodoxes et que l’Eglise uniate a été créé artificiellement « par le fer et le feu ». « L’Orient n’a jamais accepté les uniates », entend-on souvent dans les milieux orthodoxes. (apic/be)
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