L’EGLISE VAUDOISE FACE AU SIDA L’accompagnement n’est pas qúune affaire de
Lausanne, 2 novembre(APIC) Comment vivent ceux qui « vivent avec »? Qúen
est-il des
cons?quences sociales? En quoi est-ce que cela concerne l’Eglise et ses
ministres? Telles sont les questions qui ont attir? ? Cret- B?rard plus
d’un cinquantaine de pasteurs et diacres de l’Eglise ?vang?lique
r?form?e du canton de Vaud (EERV). Ils prenaient part ? une journ?e de
formation organis?e mardi 31 octobre par le pasteur Jan de Haas,
responsable du minist re sida de l’EERV. Avant de travailler en ateliers,
les participants ont entendu Anna Bertoglio, pr?sidente de Sid’action, le
Dr Jan von Overbeck, responsable de l’unit? M?decine 2 du CHUV et charg? du
suivi des personnes s?ropositives, ainsi que le professeur Denis Muller,
titulaire de la chaire d’?thique ? la Facult? de th?ologie de Lausanne.
Six mois après la décision du Synode de créer dans le canton de Vaud
un
ministère sida, le pasteur de Haas a souhaité offrir à ses
collègues
l’occasion de se pencher sur le problème du sida et de s’interroger sur
les
enjeux de cette maladie pour l’Eglise.
C’est par un moment très fort que les
participants ont entamé leur réflexion, puisque Anna Bertoglio était
venue présenter des extraits du film « Vivre avec », qui livre, sans
complaisance mais sans voyeurisme, plusieurs témoignages émouvants de
personnes séropositives ou malades du sida. Le Dr Jan von Overbeck s’est
ensuite exprimé sur
de la recherche et les
perspectives d’avenir d’un point de vue médical.
Des pi ges pour les moralistes —————————— Le prof.
Denis Muller a commenc? par citer ce titre d’un article: Le sida, arme
des moralisateurs. Et d’observer: « La r?cup?ration moralisatrice du
sida et la focalisation sur les sid?ens sont des pi ges pour
l’?thicien ». Pour le th?ologien, le devoir ?thique (penser critiquement les
actes humains) n’est pas premier par rapport ? la foi; il en est la
cons?quence. Bien entendu, ce n’est pas un hasard si le th me du sida
retentit particuli rement dans le domaine de la morale, puisqúil touche
? la double symbolique du sperme et du sang. L’?thicien a ensuite soulev?
un paradoxe dans notre attitude face au sida: il ne faut pas isoler dans
leur particularit? les personnes concern?es, mais il faut consid?rer le
sida dans sa sp?cificit?. Pour le prof. Muller, le sida n’est pas une
maladie, mais une fragilit?, d’o? la difficult?: le fait de d?crire la
s?ropositivit? comme une maladie est discriminant, mais ne pas le
faire empeche sa reconnaissance par la soci?t? et par l’Etat. En ?thique
sexuelle, le prof. Muller d?nonce vivement certaines affirmations
qui d?notent « des positions th?ologiquement d?biles et moralement
irresponsables ». Ces positions extremes ont eu pour effet de renforcer
un anticatholicisme primaire. « J’ai tout de meme pu constater que 80
% des moralistes catholiques ne suivent pas la doctrine officielle »,
remarque D. Muller, qui souligne que la recommandation du
pr?servatif constitue un imp?ratif de sant? publique. Certes, cela ne
doit pas amener ? n?gliger les autres moyens de protection. Mais valoriser
la fid?lit? en opposition au pr?servatif constitue une grave confusion des
niveaux ?thiques. Comme le Dr von Overbeck, le prof. Muller montre
un certain scepticisme ? l’?gard du concept de « solidarit? », que l’on
prone comme si celle-ci pouvait etre cibl?e envers un certain groupe de
gens, ce qui pr?sente aussitot une connotation paternaliste. « On a
tellement d?fendu les droits des personnes sans valoriser les devoirs
qúon a oubli? que les sid?ens, au nom du principe d’?galit? de dignit?,
ont aussi des devoirs envers les gens non infect?s. » Dans sa conclusion,
le professeur d’?thique renverra les ministres ? leur propre minist re:
« J’ai milit? pour un minist re sida au sein de l’EERV. Cette journ?e de
formation montre que la question ne reste pas celle d’un seul
sp?cialiste ». Et de rappeler aux pasteurs et diacres que l’accompagnement
sans la r?habilitation, la r?conciliation et la r?insertion n’est rien.
« La pastorale et la diaconie de l’Eglise passent par la prise en
compte des individus d’une part, et par un engagement de politique de
sant? d’autre part. » (SPP/jms) ———
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