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Brésil: rapprocher la pensée afro-brésilienne et la théologie africaine

Pour lutter ensemble contre l’exclusion (271295)

Sao Paulo, 27décembre(APIC) Pendant longtemps le Brésil a passé pour un

pays de métissage où le racisme n’existait pas. Depuis quelques années, les

noirs en particulier ont constasté que ce métissage n’empêche pas la persistance dans les mentalités comme dans les situations sociales « d’une supériorité blanche et d’une infériorité noire ».

La Faculté de Théologie Notre-Dame de l’Assomption de Sao Paulo, en collaboration avec l’Université Catholique de Louvain (UCL) a réuni du 11 au

13 décembre, un groupe de théologiens pour discuter de ce problème. Se basant sur l’idée que les groupes de population qui subissent l’exclusion ont

intérêt à se connaître et à nouer des alliances internationales, ils ont

proné un rapprochement entre la pensée afro-brésilienne et la théologie

africaine.

Sur une population de 160 millions d’habitants au Brésil, on estime que

40 à 45% sont noirs ou ont des ascendants noirs. L’esclavage a été aboli en

1888 et la société brésilienne est largement métissée. Aux yeux des AfroBrésiliens, ce métissage n’empêche pas que, dans les situations sociales

comme dans les mentalités, « il reste une supériorité blanche et une infériorité noire ». Le fait a été relevé plus d’une fois à Sao Paulo, où les

participants n’ont pu s’empêcher de s’interroger: et dans l’Eglise? Pour

l’Eglise catholique du Brésil, il a bien fallu se rendre à l’évidence: sur

385 évêques, 7 seulement sont noirs.

Une religieuse noire a raconté avec regret qu’elle avait dû, en entrant

au couvent, renoncer notamment à sa façon de se coiffer et de marcher; or,

cela reste à ses yeux, abandonner des caractéristiques de son « être de femme noire ». Une autre a évoqué le mépris que ses parents noirs ont cherché

en vain à lui transmettre à l’égard des valeurs culturelles d’origine africaine. Dans la mentalité de nombreux Noirs, sans doute de part et d’autre

de l’Atlantique, a-t-on observé à Sao Paulo, le Blanc reste très présent:

parfois comme quelqu’un à combattre, souvent comme quelqu’un à imiter.

« Nous avons besoin de nous restructurer », disent les Afro-Brésiliens.

C’est vrai aussi pour les chrétiens et, en particulier pour les théologiens. Ils se tournent volontiers aujourd’hui vers l’Afrique et souhaitent

être aidés dans leur théologie et leur catéchèse par la pensée négro-africaine actuelle.

Les « cousins noirs » ont évolué différemment

Les « cousins noirs » ont cependant évolué différemment des deux côtés de

l’Atlantique. Au Brésil, la mémoire collective des Noirs a été sous-alimentée par des décennies de silence officiel sur l’exil et la servitude. Ils

souhaitent d’ailleurs que l’histoire de l’esclavage soit désormais enseignée au Brésil, non dans un esprit revanchard, mais en vue d’un avenir où la

dignité de tous soit reconnue. Quant à l’Afrique noire, le souvenir de la

colonisation y est encore vivace. Mais si la société africaine est à présent gérée par des Noirs, « la domination du peuple n’a pas disparu, elle a

changé de couleur », a-t-on souligné à Sao Paulo.

Au fil de la rencontre, il est apparu que des alliances entre ces groupes opprimés sont à promouvoir, comme le suggèrent du reste les évolutions

récentes de la théologie de la libération. La notion de « pauvres », a-t-on

souligné, doit être élargie aux divers types d’ »exclus »: les Amérindiens,

les Noirs, les femmes… « Il s’agit de dépasser les ghettos pour résister

ensemble aux dominations qui existent dans toutes les sociétés, y compris

dans les sociétés noires d’Afrique. » (apic/cip/mp)

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