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apic/P. Panikkar

Paris: Raimon Panikkar: «L’éloge du simple» (191295)

Le moine comme archétype universel

Paris, 19décembre(APIC) Dans son dernier livre «Eloge du simple», le père

Raimon Panikkar, théologien catholique indien de renommée mondiale,

pionnier du dialogue avec l’hindouisme, aborde la question du moine comme

«archétype universel». Il s’en est expliqué il y a quelques jours à Paris

devant les journalistes de l’information religieuse.

Ce livre retrace l’archétype du moine comme homme unifié, hors des discussions doctrinales propres à chaque religion. Il faut bien voir que lorsque le monachisme s’institutionnalise, il perd son sel. Il n’est pas confessionnel. Il y a une unité profonde entre tous les moines, souligne Raimon Panikkar. «J’ai transposé le règle du Maître qui a inspiré saint Benoît, en une sorte de règle du disciple. Cette règle lance un défi à la modernité et à la technocratie».

Aux yeux du théologien de père indien et de mère espagnole, le monachisme est un des lieux les plus qualifiés pour le dialogue interreligieux. Il

faut distinguer entre religion et doctrine, entre l’expérience et le dogme.

Concrètement ce dialogue est le plus fécond entre les moines catholiques et

les moines bouddhistes. Il vise à établir un «réseau des coeurs» et appelle

au dépassement des uns et des autres. Car dans l’expérience interreligieuse

chacun est renvoyé à ses propres limites et au désir de les dépasser. C’est

très positif, remarque le Père Panikkar.

«Je ne suis pas d’accord avec les thèses qui affirment que le christianisme historique, et lui seul, possède la plénitude de la connaissance du

Christ. Car si le Christ est la plénitude, on ne peut pas réduire le Christ

à une seule culture. Et les chrétiens n’ont pas la plénitude du Christ.»

Pour le religieux indien, d’autres traditions sont capables de dévoiler des

aspects de ce mystère, aspects que les chrétiens ne soupçonnent pas. «Si

Jésus le ressuscité est le Christ, l’inverse n’est pas vrai: le Christ

n’est pas identifiable en toute exclusivité à Jésus, même si cela peut paraître paradoxal.»

Le zapping spirituel propre aux Occidentaux

Le zapping spirituel est propre au caractère occidental qui se croit le

meilleur. A cet égard le voyeurisme sans vergogne des touristes est très

révélateur et marque un incroyable manque de respect à l’égard des autres

cultures, estime Raimon Panikkar. Le problème de ce zapping c’est la

superficialité.

«A Bénarès, où j’ai vécu pendant 20 ans, j’ai vu beaucoup de jeunes Occidentaux m’entretenir de leur rejet du christianisme et de leur recherche

d’un maître oriental. J’attirais alors leur attention sur les richesses de

leur propre tradition. Je les revoyais souvent quelques mois plus tard tenir les mêmes propos négatifs sur leur gourou. Leur problème à l’évidence

était de persévérer dans l’obéissance.» Il y a certes des conversions extraordinaires, mais il est préférable d’épuiser d’abord les richesses de sa

propre tradition.

«Pour beaucoup de mes amis hindous l’inculturation est un vol et un

viol, le dernier coup bas des missionnaires dans leur volonté hégémoniste»,

explique le théologien indien. «Je crois qu’il n’y a pas de valeur culturelle universelle, mais des invariants humains. Chaque époque sécrète ses

propres mythes sur lesquels un consensus se fait. L’esclavage par exemple a

été toléré et même défendu pendant des siècles, y compris par des esprits

brillants.

Le père Panikkar estime que l’athéisme occidental a joué un rôle important et positif dans la purification de la notion de Dieu. Le christianisme

comprend enfin son intuition fondamentale: la Trinité comme nouvelle conception du mystère divin. «La vérité intrinséquement est pluraliste dans le

sens où elle est le fruit d’une relation. Telle vérité n’a de sens qu’en

relation avec une autre. Ce qui nous renvoie à la Trinité.»

Une philosphie sans mystique est aveugle. Une mystique sans philosophie

pour l’étayer est folie, estime le théologien. L’expression «troisième

oeil», courante dans les traditions orientales, était familière aux religieuses victorines qui vivaient à St-Germain-des-Prés, à Paris. «Nous avons

trois yeux pour approcher la vérité. Le troisième oeil correspond à la vision mystique. Le drame est de ne pas utiliser les trois. (apic/jcn/mp)

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