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Rome: clôture du synode des évêques pour le Liban
Décloisonner pour reconstruire un pays souverain (141295)
Rome, 14décembre(APIC) Le pape Jean-Paul II a présidé lundi matin dans la
basilique Saint-Pierre la concélébration de clôture de l’Assemblée spéciale
pour le Liban du Synode des évêques, ouverte le 26 novembre dernier.
La cérémonie a rassemblé autour du pape 7 patriarches, 12 cardinaux, 19
archevêques, 19 évêques et 60 prêtres. Le rapporteur général de l’Assemblée
a de son côté commenté devant les journalistes la liste des « propositions »
qui seront remises au pape. Les journalistes ont également reçu le Message
du synode, un document de onze pages dont la version originale est rédigée
en français.
La « résurrection » de la société libanaise, a notamment dit Jean-Paul II,
suppose « une meilleure collaboration » et « un témoignage commun plus efficace » de tous les chrétiens. Un programme qui demandera « beaucoup de patience », celle d’ »oublier le mal subi de tant de façons », et « une grande persévérance » pour « franchir le seuil de l’espérance ». C’est possible, a dit le
pape, qui a conclu par une consigne: « Placez l’amour au-dessus de tout ».
Les propositions
En conclusion des travaux, le cardinal Schotte, secrétaire général du
Synode, a communiqué le résultat des votes de la liste finale des propositions destinées au pape. Il en ressort que chaque Eglise, tout en portant
le poids et la richesse de son passé, est animée d’un même Esprit: « Ces
trois semaines de travail intense, en commun, nous ont permis de constater
combien nous étions proches les uns des autres », a expliqué Mgr Bustros,
rapporteur général de l’assemblée, faisant état d’un « accord remarquable »
des participants autour des propositions.
La plupart de ces propositions s’attachent aux exigences pratiques et
concrètes de la foi, a expliqué Mgr Bustros, à la façon de la nourrir et à
l’engagement qu’elle requiert « dans nos relations personnelles et communautaires entre nous et Dieu, entre nous, communautés d’une unique Eglise catholique, entre nous et nos Eglises soeurs non-catholiques, avec l’islam,
face au monde moderne, à ses dangers et aux appels qu’il nous adresse sur
le chemin de l’histoire des hommes ».
L’utilisation du mot « relation » n’est pas due au hasard, ni au simple
fait que les Eglises sont au Liban des groupes qui se côtoient, ni à une
tactique politique de convivialité, a ajouté le rapporteur général, mais
« il jaillit de l’essence même de l’Eglise en soi et, peut-être, de l’Eglise
du Liban en particulier ». Toutes les propositions s’orientent dans ce sens:
chercher à réaliser dans la réalité religieuse, sociale et politique du Liban ce type de relation proprement chrétienne.
Le Message du Synode: un appel à la conversion et à l’unité
Le Message du Synode s’ouvre par un appel à la conversion et à l’unité
de l’Eglise.
Le renouveau passe par le travail pour rétablir l’unité des Eglises
chrétiennes, à commencer par les Eglises catholiques. Le synode s’engage à
mettre en place « des structures permanentes de coordination intra-ecclésiale à tous les niveaux de la vie de nos Eglises » sous l’autorité des évêques. « Plus qu’une nouvelle organisation, ajoutent-ils, ce que nous voulons
promouvoir ensemble, c’est une nouvelle mentalité qui doit marquer résolument chaque Eglise: non plus le constant souci d’affirmer les différences,
mais le constant souci de souligner l’unité tout en respectant la diversité ».
Une société à décloisonner
Un deuxième chapitre invite à « décloisonner » les communautés présentes
au Liban pour fortifier l’unité de son peuple. Une « convivialité respectueuse » qui fait la richesse du Liban ne signifie pas une désagrégation de
ces communautés « sous peine de perdre notre vitalité », relève le Message.
C’est d’ailleurs « cette structure intercommunautaire qui permet notre convivialité islamo-chrétienne, dans un climat de liberté, d’égalité devant la
loi et de collaboration sincère ».
Les évêques sont aussi conscients que « nos communautés se dégradent parfois en simples groupes d’intérêt concurrents ou en clientèles de privilèges qu’il ne nous appartient pas à nous, Eglise, de défendre ». C’est pourquoi ils demandent à leurs fidèles « de ne plus se prévaloir de leur seule
appartenance à leur communauté pour briguer tel ou tel poste ou s’y maintenir », comme ils souhaitent « voir toutes les communautés agir de même ».
Plaidoyer pour la souveraineté
Le troisième et dernier chapitre est intitulé « Solidaires, mettons-nous
au service de nos frères ». Il traite de la vocation particulière des laïcs,
de la vie familiale et de la place de la femme dans la société, de la vie
culturelle, de la vie économique et de la vie politique.
Ce dernier paragraphe est un plaidoyer pour l’indépendance et la souveraineté du Liban, car « rien n’est plus démoralisant pour le peuple libanais
que le sentiment qu’il n’est plus maître de son destin ». Ce sentiment qui,
paralysant la vie nationale, retarde le retour des émigrés et continue à
nourrir les départs. Le Message invite les hommes politiques libanais à
« assumer courageusement leur responsabilité devant leur conscience, la nation et l’histoire », à sauvegarder, malgré tous les sacrifices qu’ils doivent consentir, l’indépendance du Liban et la liberté de ses décisions sur
le plan national et international. « Nul n’a le droit de nous exclure de la
table de paix et de se charger à notre place de nos intérêts, comme si nous
étions des mineurs sous tutelle. Que soit rétablie la souveraineté du pays
sur son territoire, en libérant ce territoire de l’occupation israélienne
en application des décisions des Nations-Unies. Par ailleurs, la paix intérieure doit se traduire par le départ du Liban des forces syriennes et
l’extension de la présence libanaise sur l’ensemble du territoire national. » La condition et le résultat de la paix, c’est aussi le retour dans
leur foyer des personnes déplacées. Le Message rappelle que moins de 20%
des personnes déplacées par la guerre et demeurées au Liban sont rentrées
chez elles depuis les décisions officielles de 1991 et de 1992 organisant
ces retours. Il est donc nécessaire de « donner vigueur à cette politique du
retour », à laquelle les Eglises ont été les premières à oeuvrer.
Appel aux jeunes
Avant de conclure, le Message s’adresse « aux jeunes libanais présents au
pays ou provisoirement émigrés ». « Vous avez connu la guerre, leur dit-il,
soyez des messagers de la paix; vous avez connu la haine, soyez des
messagers de l’amour; vous avez connu le désespoir, soyez les messagers de
l’espérance. Plus encore, soyez de ceux qui annoncent à tous la joyeuse
nouvelle de la vie ».
Conseil post-synodal
Au terme des travaux, le cardinal Schotte a fait part de la décision du
pape de transformer le Conseil pré-synodal en Conseil post-synodal du Secrétariat général du Synode, tout en maintenant la proportion des différentes Eglises « sui iuris » et de la curie romaine.
Ce Conseil post-synodal compte 13 membres, parmi lesquels cinq cardinaux, dont quatre de la curie romaine: le cardinal Sfeir, patriarche d’Antioche des Maronites; le cardinal Silvestrini, préfet de la Congrégation
pour les Eglises orientales; trois cardinaux présidents de Conseils pontificaux: Etchegaray (« Justice et Paix »), Arinze (Dialogue interreligieux) et
Cassidy (Unité des chrétiens); et huit archevêques et évêques: Habid Bacha
(Beyrouth des grecs-melkites), Yousif Thomas (Beyrouth des Chaldéens), Joseph Mohsen Béchara (Antélias des Maronites), Jules Michaël Al-Jamil (Patriarcat syro-catholique), Cyrille Salim Bustros (Baalbek des grecs-melkites, rapporteur général de l’assemblée), Paul Bassim (Beyrouth des latins),
Guy Paul Noujaim (Sarba des maronites), et Manuel Batakian (Beyrouth des
Arméniens).
Un don du pape
En guise de remerciement, le pape a autorisé la frappe d’une médaille
afin de commémorer l’événement. Comme dans toutes les médailles papales,
elle présente le portrait du pape en mitre et en vêtements liturgiques, son
pallium bien en évidence. La médaille a été tirée en version limitée de 800
gr d’argent. (apic/cip/pr)
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