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France: Intellectuels musulmans censurés par le gouvernement (141295)
Les ambiguïtés de l’interventionnisme politique
Protestation catholique
Paris, 14décembre(APIC) En France, des mesures administratives font taire
certaines tendances de l’islam, « précisément celles qui plaident pour le
respect de la loi », déclare dans une interview accordée à « La Croix » le Père Gilles Couvreur, secrétaire du Secrétariat pour les relations avec l’islam, après que, le 26 novembre, un intellectuel musulman, Tariq Ramadan,
s’est vu refuser l’entrée sur le sol français sans autre explication qu’une
opposition du ministre de l’Intérieur.
Tariq Ramadan, un enseignant de philosophie de nationalité suisse, incarne une génération d’intellectuels musulmans dont l’audience ne cesse de
croître auprès des jeunes des banlieues et des milieux étudiants.
Le Père Gilles Couvreur, secrétaire du Secrétariat pour les relations
avec l’islam, ne comprend pas. Quelques jours avant cette mesure, il participait avec lui et avec un rabbin à une table ronde en banlieue parisienne.
A un moment où les jeunes vivent des temps difficiles, Tariq Ramadan y a
tenu un discours pacifiant, dit-il à « La Croix »: « Soyez des hommes religieux et soyez des citoyens irréprochables ».
Une génération qui étonnera les Français
Si les préoccupations de sécurité sont nécessaires, une autre mission de
l’Etat est de promouvoir la liberté de pensée, souligne le Père Couvreur.
« L’expression des tendances dans l’islam de France relève du débat d’idées
et doit être traitée comme tel, déclare-t-il. Nous, catholiques, n’accepterions pas que l’Etat arbitre le dialogue entre l’Eglise et les intégristes.
Il n’est pas sain que des mesures administratives fassent taire certaines
tendances de l’islam, précisément celles qui plaident pour le respect de la
loi. On refuse ainsi des demandes de nationalisation française à certains
responsables d’associations.
Les jeunes musulmans ont besoin de médiateurs pour faire le lien entre
une religion que leurs parents ont apprise ailleurs et la société; ils veulent des interlocuteurs francophones, religieux, ouverts à la modernité.
« Or, observe le Père Couvreur, le problème majeur de l’islam est celui de
la formation de cadres et d’imams. Les intellectuels comme Tariq Ramadan
sont peu nombreux et ne doivent pas être systématiquement suspectés. Loin
des médias est en train de naître une génération qui étonnera les Français. »
Un certain flou
« La Croix » rapproche le cas de Tariq Ramadan de celui de Larbi Kechat,
recteur de la Mosquée Addáwa à Paris, où il est assigné à résidence depuis
plus d’un an. Orateurs charismatiques, tous les deux, écrit le journal,
« séduisent par un discours exigeant sur la pratique de la foi islamique,
mais aussi par un plaidoyer en faveur d’un islam intégré à la société ».
Contre « un islam de réaction », mais pour « un islam de conviction », disait
récemment Tariq Ramadan aux étudiants musulmans.
Les sanctions contre ces intellectuels, relève « La Croix », sont accompagnées d’ »un certain flou ». Malgré les assurances d’élus politiques, Larbi
Kechat « s’affronte au silence de l’administration ». Dans l’affaire Ramadan,
le ministère de l’Intérieur s’est contenté d’affirmer que « dans le contexte
général », la mesure « n’a pas été prise à la légère ». Tariq Ramadan ne rejette pas l’hypothèse de pressions diplomatiques de son pays d’origine,
l’Egypte: petit-fils d’un des fondateurs des Frères Musulmans, il dénonce
régulièrement les « tortures » et les « manipulations électorales » du régime.
Mais il refuse de faire de son cas une affaire de personne. Il s’inquiète
d’un comportement des autorités françaises « qui alimente les crispations.
Si le gouvernement voulait radicaliser la base, il ne s’y prendrait pas autrement », a-t-il déclaré à « La Croix ».
Le journal catholique ajoute: « Dans le contexte de lutte antiterroriste,
ces mesures créent une amalgame qui perturbe et blesse une communauté musulmane encore instable. Et souligne les ambiguïtés de l’interventionnisme
politique dans la sphère religieuse. »
Un comité de soutien
L’annulation de la « décision injuste » visant Tariq Ramadan est demandée
par un « Comité pour la libre expression des musulmans en France ». Créé le 6
décembre, ce comité réunit des personnalités comme l’Abbé Pierre et le
scientifique Albert Jacquard, des islamologues tels François Burgat ou Bruno Etienne, les Pères Gilles Couvreur et Michel Lelong, responsables du
dialogue islamo-chrétien, des associations musulmanes et des personnalités
suisses.
Me Henri Leclerc, président de la Ligue des droits de l’homme (LDH), a
de son côté écrit au ministre de l’Intérieur pour dénoncer une mesure qui
« porte atteinte à la liberté d’expression ». Pour la LDH, organisation laïque, « la croyance de M. Ramadan, comme ses opinions, sont respectables et
doivent pouvoir librement s’exprimer ». (apic/cip/ba)
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