Centre « Nanban » pour les enfants travailleurs et les enfants de la rue, à
Madurai, dans l’Etat du Tamil Nadu.
Inde:La misère et les coutumes tuent les petites filles
Une enquête exclusive de Jacques Berset, avec une petite collaboration de
Pierre Rottet, Agence APIC
Madurai, 12décembre(APIC) C’est seulement par l’éducation et en donnant
des droits aux femmes que l’on pourra en finir avec l’infanticide des petites filles qui touche principalement le Sud de l’Inde et certaines castes
très pauvres. L’infanticide des filles n’est devenu une pratique presque
acceptable que ces 10 à 15 dernières années. Auparavant, ce phénomène, provoqué par le système de la dot qui ruine les familles, n’était pas si répandu. Aujourd’hui, donner naissance à une fille – considérée comme une
personne de deuxième classe – est pour une famille pauvre le commencement
de ses malheurs.
La cause de cette croissance des infanticides est d’ordre économique,
les coûts de la vie en constante augmentation rendant les pauvres toujours
plus pauvres et les familles en-dessous de la ligne de pauvreté ne peuvent
plus faire face aux coûts exorbitants de la dot quand ils marient leur fille.
Même des parents avec un certain niveau d’éducation ont recours à l’infanticide des filles de peur d’avoir à faire face aux demandes exorbitantes
en matière de dot quand les filles seront bonnes à marier. Du point de vue
culturel, il y a une croyance dans de nombreuses communautés rurales que si
une fille est tuée, le prochain bébé sera un garçon. C’est également considéré comme un service rendu à la société et un acte de charité qui épargnera à l’enfant des duretés qu’elle aura à affronter dans la vie.
Un phénomène lié au sous-développement
Une recherche menée sur ce phénomène suggère que les villages où sévit
l’infanticide des filles sont moins développés dans le domaine des liaisons
avec l’espace urbain, des services et de l’éducation.
La baisse du pourcentage entre femmes et hommes de 52 à 47% de la population totale ces dix dernières années indique bien que durant la période
de 1980 – 1990, l’infanticide des filles a continué à se développer. Dans
les districts du Sud de l’Inde, en moyenne cent bébés femelles sont tuées
chaque mois.
Des méthodes particulièrement barbares
La méthode utilisée pour tuer les bébés est particulièrement barbare: on
utilise à la campagne le suc d’une baie particulièremen toxique, on les
étouffe avec du paddy (riz non décortiqué), ou encore les bébés filles sont
brûlées vives, voire dans certains cas enterrées vivantes. D’ordinaire, ces
bébés ne vivent pas plus de dix heures après la naissance.
Lors d’une étude faite dans le district de Salem, 1250 femmes ont été
interviewées durant l’été 1992. 1238 étaient de religion hindoue et la plupart de la communauté des « Gounders ». Etant donné que l’infanticide des
filles est un thème particulièrement délicat, il n’a pas été possible de
poser des questions directes et l’étude s’est faite passer pour une enquête
sur les ménages, afin d’éviter les suspicions des villageois.
45% des personnes interrogées étaient propriétaires de terres, tandis
que 39% étaient des travailleurs agricoles sans terres. 89% des personnes
interrogées ont estimé que les filles étaient une charge. Bien que 476 personnes ont déclaré qu’elles devraient commettre un infanticide si elles
avaient encore des filles, seules 111 ont avoué en avoir commis les deux
années précédentes.
62% ont admis que les filles pouvaient devenir un avantage si elles
avaient une bonne éducation et un travail. La plupart des personnes interrogées ont souhaité l’éradiction totale du système de la dot, la plupart du
temps à l’origine du traitement réservé aux filles.
Le District de Salem, au Tamil Nadu, au hit parade des tueurs de filles
Les 6 Etats de l’Inde où l’infanticide des filles est courant sont le
Rajhasthan, l’Orissa, le Bihar, le Tamil Nadu, l’Andra Pradesh et le Karnataka. Pourtant, seul le Tamil Nadu a reconnu que l’infanticide existe. Dans
cet Etat, l’infanticide est courant dans les districts de Tamil Nadu-Madurai, Salem, Dharmapuri, Anna et Nord Arcot. Salem tient le haut du pavé en
Inde en ce qui concerne les tueurs de filles, ce que montre le pourcentage
de 1205 hommes pour 1000 femmes.
L’Etat du Tamil Nadu a commencé une campagne pour combattre ce fléau,
notamment en offrant de 20’000 à 25’000 roupies par fille qui atteint l’âge
de dix ans. Mais il n’y a pas de baguette magique pour faire disparaître
aussi facilement ces pratiques. Ce sera un processus lent et pénible pour
éduquer les femmes et leur accorder davantage de droits.
Aujourd’hui, étant donné que l’on commence à parler de l’infanticide des
bébés femelles dans le public, cette pratique continue dans la
clandestinité.
L’Eglise n’en fait pas assez pour lutter contre ce drame
Pour Sebastian James, Frère des écoles chrétiennes, l’Eglise n’en fait
pas assez pour lutter contre ce drame, que l’on rencontre surtout dans la
communauté hindoue. Aucune enquête n’a été faite dans la communauté pour
voir si ce phénomène existe. Mais, reconnaît-il, les chrétiens sont très
minoritaires (seulement 2% au Tamil Nadu) et n’agissent pas beaucoup sur
ce terrain. Malheureusement, estime le frère lasallien, dans toutes ces
questions comme les enfants de la rue, les enfants travailleurs, l’infanticide des filles et l’oppression des femmes, l’Eglise tout simplement se
tait. Elle n’est de toute façon pas unie dans ces questions.
Mais le Centre « Nanban » (qui signifie « ami » en tamil) pour les enfants
travailleurs et les enfants de la rue, à Madurai, qu’il a fondé, est intervenu dans la presse quotidienne. Le gouvernement nie pourtant cette réalité, il ne veut pas l’accepter. Quant aux juges et à la police, ils ferment
habituellement les yeux. Concernant le programme gouvernemental appelé
« Opération berceau », Frère Sebastian estime que c’est un « échec total »,
avant tout une opération politicienne. En fait, la plupart des mères refusent de donneur leur enfant, car elles sont angoissées quand elles savent
qu’il grandit. Elles préfèrent le tuer elles-mêmes que les donner au « berceau ». Ce programme n’est pas très attractif pour les mères.
(apic/be)
Les castes connues pour pratiquer l’infanticide sont notamment des castes
pauvres comme les « Gounders », les « Theavers », « Maravers », « Pellars » et des
« dalits ».
On ne pourra solutionner ce problème qu’avec des programmes de développement au niveau macro-économique. Les femmes doivent pouvoir se former,
trouver du travail, ne plus être totalement dépendantes de l’homme. Il faut
également vaincre des obstacles au point de vue culturel et religieux, car
la religion en Inde – et cela vaut aussi pour la communauté chrétienne considère les femmes comme des personnes de deuxième classe. (apic/be)
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https://www.cath.ch/newsf/interview-de-sebastian-james-frere-des-ecoles-chretiennes-responsable-du/