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Bruxelles: «Eduquer à l’amour au temps du sida»
Colloque de l’Enseignement Catholique (290196)
Bruxelles, 29janvier(APIC) Le sida pose à tous des questions fondamentales. «Prétendre rencontrer ces questions par de simples moyens de prévention, c’est faire fausse route et c’est tromper les jeunes», ont estimé des
enseignants et des spécialistes de la question lors d’un récent colloque
tenu à Bruxelles.
Les adolescents, d’ailleurs, semblent saturés par les messages des campagnes sanitaires. En revanche, ils s’interrogent beaucoup sur le sens de
la sexualité et de l’amour. Comment donc «éduquer à l’amour au temps du sida?» La question était au coeur d’un colloque qui a réuni à Bruxelles plus
de 350 enseignants, à l’initiative du Secrétariat Général de l’Enseignement
Catholique (SeGEC) et en collaboration avec l’Université catholique de Louvain.
Le cardinal Danneels, archevêque de Malines-Bruxelles, qui n’avait pu se
libérer pour ce colloque, avait tenu à lui apporter plus qu’un appui. Il
s’est adressé aux participants grâce à la vidéo pour souligner combien le
sida «nous amène à nous poser la question du sérieux de l’amour humain».
Question pourtant difficile à entendre dans le contexte actuel, a-t-il dit.
Car l’on vit dans une société qui «veut tout résoudre par la technique»,
une société d’angoisse qui renforce la tentation du «chacun pour soi», une
société aussi «où le rôle de l’Eglise n’est pas bien perçu».
Le colloque qui bénéficiait aussi du patronage de Laurette Onkelinx, ministre-présidente de la Communauté française, a reçu l’appui de l’Agence de
prévention du sida, créée en 1991. Anne-Marie Corbisier, président du Conseil de la Communauté française, devait rappeler les fonctions de cette
agence pour la planification des activités de prévention et l’encouragement
de diverses initiatives en ce domaine.
Des ados mal perçus
Philippe Meremans, chercheur à l’UCL, révèle quant à lui des faits surprenants grâce à une enquête dans quelques écoles sur l’éducation affective
et sexuelle des jeunes, enquête qui recoupe et affine les résultats d’autres recherches. Premier constat: les enseignants et les adultes en général
prêtent aux adolescents des comportements sexuels plus précoces et plus
risqués qu’ils n’en ont dans la réalité. Cette exagération a renforcé les
peurs et a précipité des campagnes massives de prévention centrées sur les
jeunes de 15 ans et plus. Or, depuis le début de l’épidémie du sida, on a
dénombré 7 fois moins de séropositifs chez les jeunes de 15 à 19 ans que
chez leurs aînés de 20 à 24 ans!
Quant à Xavier Lacroix, de l’Institut des Sciences de la Famille (Lyon),
il a apporté son éclairage de philosophe. En s’étonnant de l’association du
mot «préservatif» et «amour»: serait-ce pour «vanter l’image d’une sexualité légère dans un contexte de gravité?» Mais que peut vouloir dire «se préserver» de l’autre? Ou encore: «comment aimer quelqu’un en qui l’on n’a pas
confiance?» L’insistance exclusive sur le préservatif ne fait-elle pas penser au pompier pyromane: on déclare combattre le mal, tout en l’alimentant,
en suggérant qu’il serait normal d’avoir des relations sexuelles avec une
multiplicité de partenaires…
Pour X. Lacroix, «éduquer à l’amour au temps du sida» passe par une redécouverte éthique. Le philosophe estime qu’un consensus est possible sur
des valeurs fondamentales, sans vouloir les relier trop vite à une religion
ou à une confession.
Des ateliers ont permis aux divers participants d’approfondir le thème
du colloque sous divers angles. Des réflexions et des pistes pédagogiques
feront l’objet de publications ultérieures à l’intention des enseignants
des écoles catholiques. (apic/cip/pr)
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