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Fribourg: Conférence du Père Tillard sur l’oecuménisme d’aujourd’hui

«Un temps de grisaille, mais les éclaircies demeurent» (260196)

Fribourg, 26janvier(APIC) L’oecuménisme d’aujourd’hui se trouve dans une

zone de grisaille. Mais la passion pour l’unité du Père Jean-Marie Tillard

reste intacte. Dans le cadre de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens, le religieux dominicain a donné jeudi soir à l’Université de Fribourg un témoignage lucide, imprégné de joyeuse espérance.

A la fois lucide et visionnaire, le Père Tillard n’est pas dépourvu

d’humour. Il faut voir ses yeux malicieux briller quand il dénonce certains

réduits hostiles à l’oecuménisme en évoquant certains évêques de l’Eglise

orthodoxe en Grèce ou des moines du Mont-Athos, voire certains secteurs de

la curie romaine…

Jean-Marie Tillard pose d’emblée la problématique du bilan de l’oecuménisme actuel: «La réalité est rarement d’un blanc de neige ou d’un noir

d’ébène». Reprenant l’expression de l’écrivain Julien Green, «C’est bien

plutôt de grisaille qu’il s’agit». Le théologien a ainsi donné quelques

brefs coups de sonde sur les avancées et les reculs, les espérances et les

risques du mouvement oecuménique.

Dimension mystique de l’oecuménisme

Sur le plan théologique, «l’ecclésiologie de communion» gagne du terrain

et on note partout un regain pour la dimension spirituelle, intérieure et

mystique de l’unité, chère à l’abbé Paul Couturier, pionnier de l’oecuménisme catholique. Par ailleurs, le phénomène des sectes pose de graves questions aux Eglises officielles. Sous prétexte d’engagement social, ces dernières n’ont-elles pas trop renoncé à une annonce des réalités eschatologiques et à un enseignement des réalités invisibles, cette communion avec

Dieu et avec l’au-delà de la mort?

Ce retour aux liens de «communion» a donné d’ailleurs des fruits inattendus entre les participants orthodoxes et catholiques et les représentants évangéliques à la 7e Assemblée du Conseil oecuménique des Eglises

(COE) à Canberra (Australie), en février 1991. Les évangéliques apportant

leur courage d’affirmer la foi chrétienne. En retour, les grandes Eglises

leur offrant les «poutres essentielles» de la foi.

Tenir compte des religions ancestrales, mais…

Le Père Tillard note aussi un nouveau défi auquel s’attelle «Foi et Constitution». Une division peut survenir entre Eglises missionnaires et «missionnées». En Asie et en Afrique, mais aussi dans les Eglises noires des

Etats-Unis et des Caraïbes, face à l’attrait des religions ancestrales, la

question essentielle est posée: Comment ces jeunes Eglises pensent et parlent du Christ? Il faut tenir compte du contexte culturel propre, voire des

religions ancestrales, mais une synthèse trop rapide n’a-t-elle pas une saveur de syncrétisme?

Dans un deuxième coup de sonde, le théologien s’est appliqué à montrer

les rapports actuels entre l’Eglise catholique et les Eglises orthodoxes.

Une étrange nouvelle court, peut-être après le discours du patriarche Bartholomée Ier devant les évêques suisses à Zurich. «Rome voudrait à tout prix

l’unité avec Constantinople et ce dernier refuserait avec dédain».

La fraternité entre orthodoxes et catholiques progresse

Le conférencier s’inscrit en faux contre cette interprétation et note

des éléments positifs, entre autres, la satisfaction orthodoxe face à la

position romaine sur le «filioque». L’encyclique de Jean Paul II «Ut unum

sint» a été également bien reçue, en particulier par le métropolite orthodoxe de Suisse Damaskinos. Restent des difficultés très réelles sur la primauté romaine. Le Père Tillard reste cependant optimiste. La fraternité entre catholiques et orthodoxes a progressé ces dernières années et ils s’appuient les uns les autres, à l’image des membres d’un vieux couple bi-millénaire qui s’aiment et parfois s’irritent l’un de l’autre.

Quant aux rapports avec les Eglises de la Réforme, le Père Tillard estime que la polémique sur la question sacerdoce des femmes au sein de l’anglicanisme n’est pas étrangère au durcissement que l’on connaît, sur cette

même question, au sein du catholicisme.

Le dialogue avec les protestants se poursuit sans grands heurts et sans

drames, avec une petite déception quant le Consistoire de l’Eglise nationale protestante de Genève, souhaite le maintien de certains articles confessionnels de la future Constitution suisse… Le dominicain estime que le

COE est en crise, la vision oecuménique de l’actuel secrétaire général par ailleurs un excellent homme d’Eglise, mais qui se veut réaliste – ne

coincidant pas toujours avec les avancées de «Foi et Constitution» pour

l’unité totale.

Conclusion de l’oecuméniste catholique: Rien d’extraordinaire, mais nous

avançons! (apic/ba)

Encadré

Le dominicain français Jean-Marie Tillard, dédie une grande partie de sa

vie de théologien à l’oecuménisme. Vice-président de la Commission «Foi et

Constitution» du Conseil oecuménique des Eglises (COE) où les catholiques y

sont membres à part entière, il parcourt le monde au service de la grande

cause de l’Unité des chrétiens. Il fait en outre souvent la navette entre

Ottawa et l’Université de Fribourg pour donner des cours d’oecuménisme aux

deux Facultés de théologie. Passionné de l’unité des Eglises chrétiennes,

il connaît parfaitement toutes les nuances des déceptions actuelles, comme

les espérances concrètes sur le chemin de l’unité voulue explicitement par

le Christ: «Que tous soient un comme toi Père, tu es en moi et que je suis

en toi, qu’ils soient en nous eux aussi, afin que le monde croie que tu

m’as envoyé» (Jean, 17, 21). (api/ba)

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