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Rome: message du Carême du pape Jean-Paul II

800 millions d’hommes ont faim!

Rome, 25 janvier 1996 (CIP) 800 millions de personnes souffrent de la faim

ou de la malnutrition. Doit-on se résigner à l’impuissance? Jean-Paul II

s’inscrit en faux: la terre est pourvue des ressources nécessaires pour

alimenter l’humanité entière. Encore faut-il «les utiliser avec

intelligence, en respectant l’environnement et les rythmes de la nature, en

assurant l’équité et la justice dans les échanges commerciaux et une

distribution des richesses qui tienne compte du devoir de solidarité»,

écrit-il dans son message pour le prochain Carême.

Le Carême, rappelle le pape, invite les chrétiens à renouveler leur «réponse personnelle et communautaire» à leur vocation baptismale et, par leur

conversion, à «porter des fruits». C’est aussi un chemin de réflexion dynamique et créative, un chemin d’amour qui ouvre l’âme des croyants à leurs

frères, les orientant vers Dieu, en vivant le la charité, le commandement

nouveau donné par Jésus à ses disciples.

Comme les disciples à Bethsaïde, qui n’ont que cinq pains et deux poissons pour nourrir la foule, on ne dispose que de moyens réellement insuffisants pour aider efficacement les 800 millions de personnes qui luttent

pour leur survie au seuil du troisième millénaire, constate le pape. Fautil pour autant se résigner à l’impuissance?

Chacun peut y faire, à condition de se convertir

«Nous pouvons tous faire quelque chose pour eux, chacun peut apporter sa

contribution, proteste Jean-Paul II. Cela demande assurément des renoncements qui supposent une conversion intérieure profonde. Il faut évidemment

revoir nos comportements, combattre l’hédonisme, nous opposer à l’indifférence et au transfert des responsabilités.»

Si la faim est un drame immense, écrit le pape, il n’en est que plus urgent d’apporter un soutien déterminé aux organisations et aux mouvements

qui tentent de la soulager, «en privilégiant les personnes qui ne sont pas

prises en charge par des programmes gouvernementaux ou internationaux»,

dans les pays les moins développés comme dans les pays industrialisés «où,

malheureusement, s’élargit le fossé qui sépare les riches des pauvres».

Contradictions

Le pape s’insurge contre tout fatalisme: «La terre est pourvue des ressources nécessaires pour alimenter l’humanité entière. Il faut savoir les utiliser avec intelligence, en respectant l’environnement et les rythmes de la

nature, en assurant l’équité et la justice dans les échanges commerciaux et

une distribution des richesses qui tienne compte du devoir de solidarité.

Certains pourraient objecter que c’est là une grande et irréalisable utopie. L’enseignement social et l’action de l’Eglise montrent cependant le

contraire: quand les hommes se convertissent à l’Evangile, ce projet de

partage et de solidarité se réalise d’une manière extraordinaire.»

Jean-Paul II ne s’encombre pas de grandes théories. Comme l’homme de la

rue, il ne comprend pas quand il voit d’un côté «la destruction de grandes

quantités de produits nécessaires à la vie de l’homme» et de l’autre «de

longues files de personnes qui attendent leur tour devant les soupes

populaires ou auprès des convois des organisations humanitaires». Il

s’interroge quand, dans les villes modernes aussi, à la fermeture des

marchés de quartier, des inconnus se baissent pour ramasser les «restes».

«Devant de telles scènes, révélatrices de contradictions profondes,

comment, demande-t-il, ne pas éprouver un sentiment intime de révolte?

Comment ne pas se sentir entraîné dans un élan spontané de charité

chrétienne?»

Qu’en pensent les pauvres?

Toutefois, «la solidarité authentique ne s’improvise pas»: ce n’est que

grâce à «un travail de formation patient et approfondi mené dès l’enfance»

qu’elle devient «un réflexe» et englobe les divers domaines de l’action et

de la responsabilité. Une sensibilisation générale est donc nécessaire, qui

implique toute la société. L’Eglise catholique désire y apporter sa

contribution spécifique, «en collaboration cordiale avec les autres

confessions religieuses». Pour le pape, il s’agit d’»un effort fondamental

de promotion de l’homme et du partage fraternel qui ne peut pas ne pas

engager également les pauvres eux-mêmes, en faisant appel à leurs propres

possibilités».

En concluant son message, Jean-Paul II demande aux catholiques de développer ces réflexions individuellement et en communauté, sous la conduite

de leur pasteurs, et à accomplir «des gestes significatifs concrets, de nature à multiplier les quelques pains et les quelques poissons dont nous

disposons». (apic/cip/bol)

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