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apic/Action de Crême/ Génocide du Rwanda

Fribourg: Deux Rwandais non-violents ouvrent (270296)

la campagne de l’Action de Carême

Lucidité et espérance chrétienne entremêlées

«L’amour des ennemis, c’est très difficile à vivre»

Fribourg, 27février(APIC) La tragédie du génocide au Rwanda, en 1994,

continue d’interroger les consciences. Beaucoup se demandent pourquoi un

drame de telle envergure a été possible, de plus dans un pays christianisé.

Pourquoi l’Evangile est-il si difficile à vivre? Deux Rwandais, le Hutu

Laurien Ntezimana et le Tutsi Modeste Mungwarareba témoignent, depuis 1990,

que la non-violence est possible dans leur pays déchiré. Ils étaient à Fribourg lundi soir, les invités de l’Action de Carême.

Tous deux, avec grande lucidité, ont raconté les souffrances subies.

Mais ils n’ont pas perdu l’espérance. Près de 200 personnes rassemblées à

la salle de la paroisse St-Paul de Fribourg – avec une présence significative de Rwandais habitant le canton de Fribourg – ont mieux compris le sens

de leur combat. Renouer des liens entre gens profondément traumatisés par

le génocide est une tâche longue, difficie, mais passionnante. Richard

Friedli, professeur à l’Institut de Sciences des religions comparées à

l’Université de Fribourg, qui connaît bien le Rwanda, a donné aussi

l’éclairage d’un Européen sur les motifs de la guerre civile qui a ensanglanté le Rwanda.

Laurien Ntezimana a insisté sur la qualité du regard sur ces journées de

meurtres collectifs. Certes le chrétien, naturellement, a une référence. Il

affirme avec conviction: «Tout Rwandais, à cause de ce qui s’est passé, est

un être crucifié». Ou encore, «le Christ en croix nous regarde comme des

enfants et des fous. Il nous aime pourtant à la folie». Malgré leur passion

pour l’Evangile libérateur, les deux Rwandais invités par l’Action de Carême ne sont pourtant pas des gens qui se réfugient dans la spiritualité. Ils

sont totalement lucides sur la méchanceté des hommes et leurs désirs de

vengeance. Ils craignent en particulier l’avenir proche, au moment où l’on

ferme militairement des camps au Zaïre. Tout peut recommencer.

Convivialité brisée

Au Rwanda, «la convivialité a vraiment été brisée à cause du génocide».

Ce million de morts pèse lourd, car il a engendré des sentiments de peur et

de représailles. Pourtant, très lentement, mais avec grande persévérance,

ils tissent de nouveaux liens. S’inspirant de don Helder Camara, ils accompagnent des groupes du diocèse de Butare, dans le sud du pays, à s’entraîner aux méthodes de non-violence. Pour lutter contre «la spirale» de cette

violence épouvantable. Mais auparavant, affirment Laurien et Modeste, il

faut que ceux qui prennent cette voie disent ce qu’ils ont vécu et gèrent

leur propre deuil. «On fait l’expérience, tous les jours au Rwanda, qu’il

est vraiment très difficile, d’aimer ses ennemis». Mais il y a aussi des

personnes exceptionnelles qui pardonnent. Alors l’espérance renaît.

Un bref exposé historique a montré les responsabilités des dirigeants

politiques, voire d’évêques de l’Eglise catholique, dans les conflits successifs, en soulignant que la violence répressive contre une ethnie fait

naturellement surgir une contre-violence. Puis Modeste Mungwarareba fait

monter l’émotion en évoquant des noms de personnes, des villages pris dans

cet affreux affrontement avec la mort et la peur. Sans négliger la complexité des réactions devant l’intolérable. Que doit faire une religieuse qui

découvre sur un marché un milicien qui a massacré sa famille? Se taire au

nom de l’Evangile de l’amour, ou malgré tout, comme elle l’a fait, le dénoncer pour qu’il puisse être jugé?

Non à l’amnistie générale

Venu le moment des questions posées par l’auditoire, la même problématique a surgi. Un Rwandais propose une amnistie générale pour rétablir la

confiance dans le pays. Murmures dans la salle. Un autre Rwandais demande

alors fermenemt qu’on ne banalise pas le génocide. Les deux orateurs invités abondent dans ce sens: «Si vous décrétez l’amnistie générale, les gens

prendront les armes». Il est très important, pour la victime et pour le

coupable que des tribunaux se prononcent pour faire rimer pardon et justice. On se trouve devant un «immense charnier et une immense chantier» de

réconciliation. Peut-être, dans dix ans, on pourra parler d’amnistie.

Richard Friedli a présenté d’autres «violences-mères» qui ont favorisé

le génocide: conséquences de la colonisation, chute du mur de Berlin où les

pays africains n’ont plus eu l’importance géopolitique qu’ils avaient alors

durant la guerre froide. L’apport massif d’armes occidentales dans cette

région n’est pas à négliger. Toute cette région africaine des Grands Lacs

pose une nouvelle question: «Comment rebâtir un tissu social dans cette

contrée qui dépasse les frontières nationales? Nous Européens, avons à travailler à ce niveau, sinon les petites semences de non-violence, si nécessaires, semées par nos amis Rwandais, vont être balayées à nouveau». Le

professeur de l’Université de Fribourg a rappelé que nous n’avons pas à

faire la morale aux Africains qui déclenchent et subissent aujourd’hui de

tels drames humains. 50 ans après la deuxième guerre mondiale – une guerre

faite aussi par des chrétiens! – nous en sommes encore à panser les plaies

de cette autre grande tragédie. (apic/ba)

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