apic/Imed/Rome
?»Universi Dominici Gregis» ou la liberte de l’electeur. Jean-Paul II,
comme presque tous ses predecesseurs en ce siecle, a effectue une remise a
jour des normes regissant la vacance du Siege apostolique et l’election du
Pontife Romain. La nouvelle Constitution Apostolique maintient les
elements essentiels du conclave mais introduit des innovations, d’abord
tres pratiques, mais surtout propres a assurer un maximum de liberte et
de responsabilite personnelle aux electeurs.
?Concretement. Jean-Paul II devait y penser depuis longtemps: n’avait-il
pas ete elu, avec les cardinaux Guerri et Thiandoum, membre de la
commission chargee des amenagements qui ont rendu le deuxieme conclave de
1978 moins inconfortable? Au lieu de l’amenagement precaire du musee d’art
moderne, entre autres, les cardinaux electeurs resideront donc dans la
Maison Sainte-Marthe, ou les appartements comportent tous, meme les
«studios», une salle de bains! Rendez-vous pour une visite de la presse une
fois les travaux finis. Il a fallu renover et surelever les deux ailes de
l’hospice Sainte-Marthe. On a place la chapelle au centre.
?La «cloture» est maintenue: non seulement aucune personne etrangere au
conclave ne pourra y acceder, mais les communications avec l’exterieur, par
quelque technologie que ce soit, sont interdites. Mgr Jorge Maria Mejia,
Secretaire du College cardinalice en expliquait les raisons ce matin a la
presse en presentant le nouveau document: il s’agit de favoriser
l’ambiance d’une authentique «retraite», a l’ecoute de l’Esprit Saint.
Nouveaute a noter: plus d’election en dehors du Vatican. En cas d’epidemie
ou autre empechement, Mgr Mejia rappelait que les decisions a prendre, au
cas par cas, dependraient des cardinaux qui pourraient alors rejoindre les
lieux. En 1800, face a l’arrivee de Napoleon, ils s’etaient refugies a
Venise.
?Les votes, quant a eux, auront toujours lieu en la Chapelle Sixtine. Et
seule l’election par scrutin sera desormais possible: la Constitution
abolit la possibilite d’une election par «acclamation» (»inspiration» du
Saint-Esprit=»proclamation» fait «librement et spontanement», et a haute
voix, par les electeurs unanimes) ou «compromis» (par quelques «delegues»
au cas ou l’election durait trop).
?Il semble que la encore, l’accent soit mis sur la responsabilite
personnelle des electeurs. A 120, un moment de distraction est toujours
possible -on est en train d’ecrire ou l’on entend mal-: l’acclamation
presente trop d’incertitude, source de difficultes ulterieure (cas d’Urbain
VI, influence de C. de Sienne ). On pourrait aussi «confondre l’inspiration
du saint Esprit avec n’importe quelle autre manifestation», releve Mgr
Mejia. «Deresponsabilisation» aussi, si l’on delegue l’election a un petit
nombre. Une option qui correspond a notre epoque «democratique», commente
Mgr Mejia. Dans le meme sens, les operations de vote et les scrutins sont
proteges par un secret rigoureux: ils y sont toujours tenus par serment.
Les cardinaux eventuellement contrevants encourrait une peine laissee au
jugement misericordieux du Pape.
?Autre «interdit», menageant leur independance par rapport a des
«conditionnements humains», selon les termes de Mgr Mejia, celle des
«capitulations», c’est-a-dire d’une forme «d’accord prealable» a l’election
et devenant condition pour elire un tel, le candidat se trouverait par la
suite «plus ou moins lie». Rien n’empeche pour autant la reflexion du
«profil» necessaire au futur Pape, de son «identikit».
?Enfin, seuls les cardinaux, reunis en college, sont electeurs legitimes,
la Constitution le reaffirme en precisant pourquoi. Cette norme garantit a
la fois la romanite et l’universalite du succeseur de Pierre. Les cardinaux
representent le clerge de Rome, or le Pape est eveque de Rome. Et le
college cardinalice est aussi compose d’eveques residentiels du monde
entier et de diverses cultures: c’est sa dimension universelle. Pas
question, donc, des presidents des conferences episcopales. Quant a la
regle des 80 ans, «pour le moment, c’est ainsi», commentait Mgr Mejia,
ajoutant que cela pourrait eventuellement changer avec des possibilites de
«prolongement de la vie». (Les 60 ans d’hier correspondent aux 80
d’aujourd’hui!)
?Romanite et universalite encore, les cardinaux de plus de 80 ans, qui ne
participent pas aux scrutins, mais toujours aux Congregations generales,
sont invites a animer la priere du Peuple de Dieu dans les basiliques
romaines et dans les dioceses du monde. Une autre facon de garantir la
liberte des electeurs, et une forme de participation de tous les fideles a
l’election: «une action de toute l’Eglise», souligne Mgr Mejia. Enfin,
comme auparavant, et pour favoriser un climat de «spiritualite profonde qui
doit entourer les differentes phases de l’election du Successeur de
Pierre», deux ecclesiatiques donneront une meditation sur la situation de
l’Eglise et l’importance de l’acte «sacre» a accomplir. Acte juridique et
non moins «liturgique». Les autres normes sont regies par le rituel deja
existant pour l’election du souverain Pontife, rappelle le Secretaire du
college.
?On attendait du nouveau a propos de la navette entre la maison
Sainte-Marthe et la Chapelle Sixitine: la decision, precise Mgr Mejia, ne
necessite aucun Motu proprio, les dispositions seront prises au moment
meme.
?Enfin, ce n’est pas la sante du Pape – «parfaite», selon Mgr Mejia, «cela
n’a rien a voir avec une situation personnelle» – qui provoque cette
publication aujourd’hui. Simplement, les canonistes ont termine leurs
travaux, et le Pape les a duement revus et approuves. «Universi Dominici
Gregis», est date du 22 fevrier 1996, en la fete de la Chaire de
Saint-Pierre. Elle a force de loi constitutionnelle de l’Eglise. La
Constitution Apostolique de Paul VI, «Romano pontifice eligendo» du 1er
octobre 1975, avait precedemment remplace celle de Pie XII, du 8 dec. 1945,
«Vacantis Apostolicae Sedis» et le Motu proprio «Summi Pontifici Electio»,
de Jean XXIII, du 5 septembre 1962. Remise a jour par laquelle Paul VI
voulait etablir des normes «conformes a la situation actuelle et
correspondre au bien de l’Eglise». " et au bien du Peuple de Dieu» dit le
document de Jean-Paul II, en termes conciliaires. Meme souci d’une reforme
a l’autre. En revanche rien n’est dit sur la tradition des «fumees du
Vatican», «folkloriques» selon Mgr Mejia. On a laisse de l’espace pour la
creativite des cardinaux!
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