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apic/Mgr Brunner/ interview

APIC – interview

Mgr Norbert Brunner, évêque de Sion (210296)

Un diocèse, une même foi, un même milieu

Brigitte Muth-Oelschner de l’Agence APIC

Traduction: Chanoine Bernard Broccard, vicaire épiscopal

Il y aura un an le 31 mars que le pape Jean Paul II nommait Mgr Norbert

évêque de Sion. Vicaire général sous le cardinal Schwery, Mgr Brunner a repris les rênes d’un diocèse qu’il connaissait très bien. Le diocèse de Sion

est heureusement resté à taille humaine, a-t-il expliqué à l’APIC. Mgr

Brunner, qui ne renie pas le qualificatif de «conservateur», décrit ses

principales options pastorales.

APIC: En quoi le diocèse de Sion se distingue-t-il des autres diocèses

suisses?

Mgr Norbert Brunner: Sion est le plus petit diocèse de Suisse, avec ses

quelque 225’000 catholiques, il est par conséquent assez homogène. Il forme

une certaine entité, malgré son bilinguisme. Il occupe une seule vallée et

appartient à un seul canton, sauf pour le décanat d’Aigle, qui se trouve en

territoire vaudois et où les catholiques sont en diaspora.

Le diocèse n’a pas non plus de grand centre urbain. Avec ses 26’000 habitants, Sion est la plus grande ville du canton. Brigue, Viège et sa région, Sierre, Martigny et Monthey comptent chacune entre 10 et 15’000 habitants. Les autres localités sont toutes plus petites. La structure sociale

est globalement la même partout.

APIC: Est-ce à dire que les structures sont encore de type rural?

N.B.: Les structures sont encore plutôt rurales, non pas dans le sens d’une

société agricole, mais dans le sens d’une communauté à taille humaine. Chez

nous, tout est à taille humaine. Ainsi dans le Haut-Valais, les étudiants

qui vont au collège de Brigue restent dans un espace relativement clos, y

compris sur le plan religieux. On pourrait dire que l’on reste toujours

dans le même milieu, dans les mêmes structures sociales, et cela vaut aussi

pour le monde du travail. Les grands centres touristiques, avec leur structure sociale et religieuse très mélangée constituent une exception.

APIC: Pendant longtemps le Valais a connu une forte émigration. Les Valaisans restent-ils aujourd’hui dans leur canton ou y reviennent-ils?

N.B.: Aujourd’hui les Valaisans restent parce que les postes importants

sont occupés par des ressortissants du canton. Appartiennent à ces catégories, les médecins, les juges, ceux qui ont des postes de direction dans

les grandes entreprises comme Lonza, Alusuisse, ou Ciba-Geigy, lesquels

postes étaient occupés autrefois par des personnes venues de l’extérieur du

canton. Dans le Bas-Valais aussi, la société est à mon avis encore homogène, sauf pour les agglomérations à forte empreinte industrielle. C’est valable non seulement pour le social, mais aussi pour les structures des partis politiques et pour les communautés religieuses. Cela se manifeste aussi

sans doute dans le fait que la seconde Eglise reconnue du canton, l’Eglise

réformée évangélique, rassemble 5% des habitants, alors que la population

est catholique à plus de 80%.

APIC: Dans la partie vaudoise du diocèse, la situation est sans doute différente?

N.B.: A Aigle, la population catholique était jusqu’il y a une vingtaine

d’années une minorité importante. Elle l’est encore aujourd’hui, mais par

la migration provenant surtout de pays catholiques comme l’Italie,

l’Espagne et le Portugal, elle a connu une forte croissance. Il n’empêche

qu’elle est toujours une Eglise de diaspora.

APIC: Lorsqu’on parle du Valais et du diocèse de Sion, on utilise souvent

le terme de «conservateur», dans son sens négatif. Vous vous dites vous-même «conservateur» mais dans le bon sens du terme.

N.B.: C’est justement là la difficulté, parce que le mot «conservateur» a

reçu une connotation négative. Je suis sûrement conservateur dans le sens

que je suis profondément attaché aux vérités fondamentales de notre Eglise.

Mais je crois qu’être conservateur dans ce sens n’exclut pas du tout

l’adaptation de la pastorale aux nécessités actuelles.

APIC: Comment jugez-vous la Fraternité sacerdotale saint Pie X de feu Mgr

Lefebvre, qui a son séminaire à Ecône et qui s’est séparée de Rome pour

garder les formes liturgiques préconciliaires?

N.B.:On ne rappellera jamais assez que le schisme de la Fraternité saint

Pie X n’a pas eu lieu pour des raisons de liturgie. Cette interprétation

est malheureusement répandue aujourd’hui encore par les adeptes et les sympathisants d’Ecône. La séparation consommée par Ecône le fut bien davantage

pour des raisons fondamentales de foi.

Le mouvement d’Ecône reproche à l’Eglise catholique d’avoir repris à son

compte les idées de liberté, d’égalité et de fraternité de la Révolution

française et par là d’avoir «adouci» les vérités de la foi elle-même. Il

n’est pas surprenant d’ailleurs de constater que beaucoup d’adeptes d’Ecône

se recrutent dans la ’bourgeoisie’ française qui n’a jamais cessé de

combattre ces idées sur le plan politique.

Pourtant le Concile n’a rien fait d’autre que d’exprimer d’une manière

nouvelle la vérité de la liberté de la foi, de la valeur des chrétiens de

toutes confessions chrétiennes et de la coresponsabilité de tous les

évêques pour l’Eglise sous la houlette du pape.

Il s’agit d’annoncer la vérité dans un langage qui puisse faire comprendre aux hommes que celle-ci est nécessaire non seulement pour eux-mêmes ou

pour leur foi, mais aussi tout bonnement pour la survie de notre culture

chrétienne occidentale.

APIC: Votre prédécesseur, le cardinal Henri Schwery, a eu maille à partir

avec le mouvement traditionnaliste. Y a-t-il ajourd’hui des tentatives de

rapprochement avec l’Eglise catholique-romaine?

N.B.: Il y a deux signes qui nous font penser que l’on ne peut pas parler,

au moins ici dans le diocèse, d’un rapprochement. C’est d’abord la

construction d’une église de 400 places, à côté du séminaire d’Ecône. Le

second signe qu’Ecône n’a pas l’intention de se raviser sont les propos

tenus lors du 25e anniversaire du mouvement traditionnaliste en juin 1995.

Au cours de cette fête, les responsables du mouvement ont réaffirmé leur

conviction sans ambiguïté aucune.

APIC: Revenons à la situation de votre diocèse où la pénurie de prêtres est

moins forte qu’ailleurs en Suisse. Comment préparez-vous le jour où il n’y

aura plus assez de prêtres pour toutes les paroisses?

N.B.: Les premières réflexions visant à trouver une solution remontent aux

années 1978-1981. On a d’abord établi une liste des besoins pastoraux à la

suite d’une enquête dans toutes les paroisses. La deuxième démarche a été

de répartir le diocèse en secteurs pastoraux de 3 à 6 paroisses chacun.

Dans un troisième temps, nous avons établi, avec des prêtres et des

laïcs, les directives qui doivent nous permettre de remplir nos engagements

pastoraux également dans l’avenir.

Le point central de cette solution est que chaque équipe pastorale composée au moins d’un prêtre, d’un assistant pastoral et de catéchistes est

responsable solidairement pour un secteur. Les partenaires de dialogue de

ces équipes pastorales sont les Conseils de communauté de chaque paroisse.

Malgré ces nouveautés structurelles, n’oublions pas pour autant la question

fondamentale de la vocation: nous la prenons en main à court terme par le

biais des groupes «vocations» et à long terme par celui de la pastorale de

la famille.

APIC: Pourriez-vous envisager la possibilité du diaconat féminin?

N.B.: Je constate avec joie que dans notre Eglise, beaucoup de femmes vivent le diaconat sans avoir reçu pour cela une ordination. J’aimerais toutes les remercier sincèrement pour leur service. Quant à savoir si on en

arrivera un jour à l’ordination diaconale des femmes (dans le sens du sacrement de l’ordre) ou si plutôt on tendra vers une ancienne forme, celle

d’une «consécration», cela ne dépend pas seulement de moi. (apic/oe)

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