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apic/San Salvador/Mgr Romero toujours présent/Appel à la réconciliation

El Salvador:Troisième étape de Jean Paul II en Amérique centrale(090296)

La figure de Mgr Romero toujours présente

De notre envoyé spécial Jean-Marie Guénois

San Salvador, 9février(APIC) D’immenses portraits de Mgr Oscar Romero,

l’archevêque assassiné de San Salvador, jalonnaient jeudi la route qui a

conduit Jean-Paul II de l’aéroport à la ville de San Salvador. Au quatrième

jour de sa visite en Amérique centrale, le Pape a célébré la messe devant

une foule estimée à un demi-million de personnes. Comme au Guatemala et au

Nicaragua, le pape a appelé les Salvadoriens à «entreprendre un chemin nouveau de fraternité», en suivant la voie du «pardon des ennemis».

L’ombre de Mgr Oscar Arnulfo Romero planait sur la troisième étape du

voyage de Jean-Paul II en Amérique latine. L’ancien archevêque de la capitale, abattu en 1980, alors qu’il célébrait la messe, par les «escadrons de

la mort» au service de l’extrême-droite, reste omniprésent dans les mémoires. Le petit peuple l’a déjà béatifié et dans les barrios populaires, ont

l’appelle volontiers «saint Romero des Amériques».

Pétition pour la béatification de Mgr Romero:»Un million de signatures»

En soirée, peu avant son départ, une pétition, signée par «un million de

personnes», selon le quotidien progressiste «Diario Latino», a été officiellement remise au pape pour lui demander de béatifier Mgr Romero. De son

côté, le porte-parole du pape, Joaquin Navarro Valls a confirmé le même

jour que «le dossier de béatification vient d’être bouclé par le diocèse,

il va maintenant être transmis à Rome». Cette démarche s’inscrit dans la

volonté de Jean-Paul II de préparer un martyrologe chrétien de ce siècle

avant l’an 2000. «Mgr Romero y figurera probablement», a-t-il ajouté.

Pas d’hommage particulier de Jean Paul II

Pourtant, Jean-Paul II n’a pas rendu d’hommage particulier à ce pasteur

devenu le symbole de la lutte de l’Eglise contre l’ancienne dictature militaire qui a ensanglanté le pays. Si Mgr Romero a connu une fin tragique,

son action s’inscrit dans la continuité de l’Eglise, a souligné le pape

dans son discours à la cathédrale où l’archevêque défunt se trouve enterré

avec les autres archevêques de la ville.

«Ici, commente Jean-Paul II, reposent Mgr Luis Chavez, qui fut un modèle de vertu, Mgr Oscar Arnulfo Romero, brutalement assassiné alors qu’il

offrait le sacrifice de la messe et devant la tombe de qui j’ai prié lors

de mon précédent voyage, Mgr Arturo Rivera Damas, qui est entré dans

l’éternité après avoir vu les prémisses de la paix pointer à l’horizon,

paix pour laquelle il avait travaillé inlassablement avec les autres évêques du Salvador.»

Sitôt ce discours prononcé sur le parvis de la cathédrale et devant une

foule de jeunes, très chaleureuse, qui applaudissait à chaque mention du

nom de Mgr Romero, le pape est descendu dans la crypte pour se recueillir

un instant sur les tombes des trois derniers archevêques de la capitale.

Vaste terrain d’affrontements idéologiques

Avant ce dernier rendez-vous de sa journée au Salvador, le pape a dénoncé lors de l’homélie de la messe du matin «les causes» des maux qui ont affligé le Salvador, mais aussi tous les pays d’Amérique centrale: «cette zone du continent a été le théâtre d’une lutte continuelle entre de vastes

intérêts idéologiques, en vue de faire prévaloir, y compris au prix de systèmes violents, idéologiques, politiques et économiques opposés, comme le

marxisme et le capitalisme effréné, des idéologies étrangères à votre caractère et à votre tradition des valeurs humaines. Ces idéologies ont lacéré le tissu de votre société. Elles ont déclenché les horreurs de la haine

et de la mort.»

Appel au pardon et à la réconciliation

De fait, au Salvador, 75’000 personnes sont mortes victimes de la guerre

civile qui a ensanglanté le pays dès 1979, sans compter les innombrables

victimes de décennies de dictature militaire et un système oligarchique qui

prive les pauvres de moyens d’existence. Comme au Guatemala et au Nicaragua, le pape a donc appelé les Salvadoriens à la réconciliation:»Plus jamais la guerre, s’est écrié le pape, lors de la messe, que la vraie justice

génère toujours la paix !» Et, à l’aéroport, avant de quitter le pays, Jean-Paul II s’est félicité des progrès réalisés depuis 1983, date de sa première visite : «je suis venu pour donner une impulsion à la nouvelle évangélisation en vous laissant un message de paix et de réconciliation dans le

Christ. J’ai éprouvé une grande joie en constatant que vous êtes passés de

la guerre au dialogue».

Un dialogue national que Jean-Paul II voudrait également voir se nouer

entre les différents pays d’Amérique centrale, le Salvador étant le siège

du Système d’Intégration Centro-Americain (SICA). Le pape a donc ardemment

souhaité que, dans un futur proche, «les nations de cette région qui partagent le même patrimoine chrétien et la même langue, puissent jouir des bénéfices de l’unité et de la concorde»

Après le Salvador, le pape se rend, vendredi, samedi et dimanche au Venezuela, dernière étape de son 69e voyage à l’étranger. Son retour à Rome

est prévu pour lundi 12 février dans la matinée. (apic/jmg/be)

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