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Toscane: Jean Paul II et la question sociale (310396)
«Pas d’assistentialisme facile»
Colle di Val d’Elsa, (Italie) 31mars(APIC)Jean-Paul II a prononcé le discours social attendu pour la fête de saint Joseph (19 mars), mais renvoyé
cette année – à cause de sa grippe – au samedi 30 mars en se rendant en
Toscane. Détendu et visiblement heureux de se trouver au milieu des travailleurs rassemblés à Colle di Val d’Elsa, près de Sienne, sur l’implantation de la cristallerie artistique La Piana (CALP), le pape a d’abord
rendu hommage aux capacités des travailleurs.
«Chers frères et soeurs qui travaillez dans cette usine et dans d’autres
industries de la région, vous représentez le monde du travail de la Toscane. Je suis vraiment heureux de vous rencontrer et de rendre hommage à vos
capacités d’entreprise et de travail qui ont rendu illustre le nom de cette
terre bien au-delà des frontières de l’Italie.»
Alors que la «question sociale» est entrée dans une phase nouvelle,
Jean-Paul II ne propose rien de moins qu’une nouvelle politique de solidarité sociale. Celle-ci n’a rien à voir avec un assistentialisme facile qui
nuit, à terme, aux assistés eux-mêmes. Elle se fonde plutôt sur des interventions visant à stimuler, dans la perspective du principe de subsidiarité, le sens de la responsabilité et de l’ingéniosité des catégories les
plus faibles. De cette façon on leur assure, en même temps, la possibilité
concrète d’exprimer leur propres capacités. Voilà qui exige la mise en valeur des potentialités locales, et la convergence des initiatives: pouvoirs
publics, économiques, mais aussi sociaux et culturels! Il s’agit de créer
les conditions d’une entente pour le développement», de façon à utiliser au
mieux les ressources disponibles.
Les remontrances de sainte Catherine de Sienne aux possédants
Aux décideurs économiques, le pape adresse les remontrances, encore
d’actualité, de Catherine de Sienne: «Vous avez le désir de réformer votre
ville, mais je vous dis que ce désir ne se réalisera jamais si vous ne vous
efforcez pas d’abattre la haine et la rancoeur qui règne entre vous à cause
de l’amour propre, c’est-à-dire si vous ne vous efforcez pas d’atteindre le
bien de la ville tout entière et pas seulement de votre bien privé. Celui
qui détient l’autorité n’est pas revêtu de l’autorité pour atteindre son
bien propre, mais le bien de la ville tout entière».
Tel est le sens du Grand Jubilé pour le monde du travail. L’Eglise, réaffirme le pape, proclame l’Année sainte «pour la rémission des péchés,
pour la réconciliation entre les personnes, pour la conversion et la pénitence. Et le Jubilé comporte, depuis ses origines bibliques, une dimension
de «justice sociale», insiste Jean-Paul II en citant «Tertio millenio adveniente».
Lutte contre le chômage
Au programme de cette solidarité, le pape souligne le «primat de l’homme», la possibilité de construire des rapports nouveaux, dans un climat de
«dialogue et d’engagement». Les buts sont clairs: lutte contre le chômage,
en particulier celui des jeunes, mais aussi la question «non moins sérieuse» du sous-emploi et du «travail au noir» qui frappent les plus faibles:
jeunes à la recherche d’un premier emploi, femmes, immigrés et même les enfants. Enfin Jean Paul II dénonce le problème de l’insécurité sur les lieux
de travail: «trop d’accidents du travail!».
Le pape ouvre l’horizon à la dimension de la planète: «n’oublions pas
non plus le sort dramatique de milllions d’hommes, de femmes et d’enfants
menant une vie misérable et quasi condammés «à mourir de faim». Il faut réfléchir courageusement. Et poser ensemble un diagnostic en remédiant aux
causes de semblables situations». Et le pape de dénoncer en premier lieu
«l’obscurcissement de la conscience morale, fruit de l’exclusion de Dieu de
l’horizon du coeur humain et de la société». Obscurcissement qui fait perdre le sens du devoir, de la responsabilité et du bien commun». Au contraire, il faut rappeller, sans se lasser, l’exigence de respecter, de servir,
et de promouvoir tout l’homme dans chaque homme, spécialement le plus faible et sans défense».
Surmonter l’antagonisme entre capital et travail
Le pape réaffirme que la «conception du travail, centrée sur le primat
de la personne et ancrée dans l’éthique de la solidarité, exige de surmonter l’antagonisme entre les raisons du capital et celles du travail, source
de tant de conflits en ce siècle. Autrement dit, l’entreprise doit être
considérée comme une «communauté de travail». La «mondialisation» doit être
contrebalancée par un climat de vie où «les rapports humains ne sont pas
étouffés par l’anonymat et des décisions autoritaires. «Faisons place à la
créativité dans les différents niveaux de responsabilité», demande encore
Jean Paul II
Autre «réconciliation» à promouvoir: celle «du travail et de l’environnement». Jean-Paul II reprend le thème de l’angélus de dimanche dernier. Il
s’agit d’harmoniser les exigences de la production et celles de «la sauvegarde de la terre» pour les générations futures. Là encore, la politique
économique doit sans cesse se laisser guider par la solidarité. De plus, le
«libre marché», avertit le pape, ne produit pas de façon quasi magique des
richesses pour tous! Le remède réside dans une «culture des négociations»
qui allie les bienfaits de la compétition loyale aux droits du travail et
avant tout «le droit au travail pour tous». Jean-Paul II reconnait qu’il ne
prêche pas la facilité: «c’est un défi auquel chacune des composantes de la
société ne peut se soustraire».
Rencontre chaleureuse
Le sérieux du propos n’a pas empêché la chaleur de la rencontre. Improvisant quelques paroles, le pape a remercié les ouvriers de leurs cadeaux,
autant de témoins de la diversité des productions locales. Parmi eux des
oeuvres d’art en cristal pour la liturgie, mais aussi une paire de chaussures de cuir pour le pèlerin de l’Evangile, un pannier d’aliments, la première carte du «Syndicat unitaire» et un groupe électrogène pour les missions du pape. (apic/imed/ba)
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