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Algérie:Après l’enlèvement de sept moines trappistes (280396)
La petite communauté chrétienne entre crainte et espoir
Oran/Alger, 28mars(APIC) La petite communauté chrétienne d’Algérie est
partagée une nouvelle fois entre crainte et espoir au lendemain de l’enlèvement de sept moines trappistes au monatère de Tibehirine, à 7 km de Médéa, à une centaine de kilomètres au Sud d’Alger. Des responsables catholiques en Algérie remarquent que cette fois-ci les islamistes armés n’ont pas
attaqué le monastère pour tuer, mais qu’ils cherchaient un médecin.
Contacté jeudi par l’Agence APIC, Mgr Pierre Lucien Claverie, évêque
d’Oran, restait prudemment optimiste, car les hommes armés qui ont fait irruption dans le monastère cherchaient un médecin, vraisemblablement pour
soigner des blessés. Des opérations militaires de grande envergure sont en
cours dans cette région montagneuse isolée.
« Pour la communauté chrétienne, c’est un coup dur. Nous nous faisons du
souci. Mais tant que nous n’avons pas de nouvelles, nous espérons qu’ils
seront libérés et prions beaucoup », constate l’évêque d’Oran. Les sept moines cisterciens ont été enlevés par un groupe armé dans la nuit du 26 au 27
mars. Le gardien du monastère a dit que les hommes armés n’ont pas tiré de
coups de feu et n’ont pas pris en otage plusieurs personnes (dont deux autres moines, le Frère Amédée et le Père Jean-Pierre) se trouvant dans d’autres bâtiments. Ils voulaient d’abord prendre avec eux le médecin, le Frère
Luc. Le moine médecin soignait les malades qu’on lui amenait du voisinage.
On ne visait pas la présence chrétienne…
Le prieur s’est opposé, arguant que le frère médecin, âgé de 80 ans,
était malade. C’est alors que les hommes armés ont amené les autres Pères
qui se trouvaient dans le bâtiment. Il ne semble pas du tout que les groupes armés islamiques veuillent, cette fois-ci, s’en prendre à la présence
chrétienne. « Cet événement n’est pas du tout du même ordre que l’assassinat
des onze autres religieux et religieuses qui ont été abattus dans la région
d’Alger et à Tizi Ouzou ces dernières années. Les circonstances sont autres, ce qui donne de l’espoir ».
Crainte pour la santé des moines malades
Mgr Claverie craint toutefois pour la santé des moines, âgés de 50 à 80
ans – dont l’un est asthmatique et un autre porteur d’un stimulateur cardiaque – qui ont été emmenés dans le maquis, peut-être dans un hôpital
clandestin de la montagne.
Jeudi, Mgr Henri Teissier ne pouvait encore donner aucune explication
définitive à cet enlèvement, mais il a insisté pour dire que la communauté
chrétienne en Algérie est très affectée. « Ce monastère, a-t-il déclaré à
l’APIC, tient une place tout à fait centrale dans la vie de notre communauté, il symbolise la fidélité de notre Eglise à sa vocation, en étant luimême sur un avant-poste de la relation avec la société algérienne ».
Ce monastère se trouve en zone rurale, au milieu de gens très simples:
« il témoigne de notre vocation spécifique de relation avec la société algérienne et de manifestation dans cette société de notre identité chrétienne,
et en même temps de notre volonté de respecter les traditions propres et
les convictions religieuses du peuple algérien ». (apic/be)
Encadré
Le monastère de Tibehirine appartient à l’Ordre Cistercien de la stricte
observance (Trappistes); il est implanté dans cette région depuis 1934 et
comprend actuellement huit moines et une communauté annexe de quatre moines
à Fès, au Maroc. L’un des moines de Fès se trouvait d’ailleurs à Tibehirine
et fait partie des otages. Deux moines d’Alger ont échappé à l’enlèvement
parce qu’ils se trouvaient dans un autre bâtiment.
Les autorités responsables du maintien de l’ordre dans la région avaient
invité les moines, à plusieurs reprises, à quitter leur monastère. Ceux-ci
n’avaient pas pensé pouvoir le faire en raison de leurs liens profonds avec
leurs voisins, eux-mêmes menacés, et à qui ils voulaient donner ce témoignage de fidélité dans l’épreuve commune, précise dans un communiqué Mgr
Henri Teissier, archevêque d’Alger. Ils estimaient aussi devoir rester en
raison de leur vocation monastique à livrer leur vie à Dieu, sans retour,
dans le monastère de leur appel.
Les moines étaient en effet très liés à la population musulmane du voisinage; outre les temps de prière, ils travaillaient notamment dans le jardin du monastère, qu’ils cultivaient en commun avec plusieurs familles voisines. En période normale, ils assuraient également un accueil spirituel
pour les retraitants qui venaient d’Alger ou d’autres régions du pays.
Le week-end dernier, leur supérieur, le Père Christian, avait participé,
avec les évêques d’Algérie et les autres responsables des Congrégations religieuses présentes dans le pays, à une réunion spirituelle pour chercher à
comprendre ce que les religieuses et religieux encore présents dans le pays
devaient faire dans la crise actuelle de la société algérienne. Le Père
Christian avait alors réaffirmé la volonté de sa communauté de rester dans
son lieu de prière, de service et de témoignage. (apic/be)
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