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Exhortation post-synodale sur la vie consacrée

Ouvrir aux femmes des espaces de participation (280396)

Rome, 28mars(APIC) Ouvrir aux femmes des espaces de participation, « y

compris dans les processus d’élaboration des décisions, surtout pour ce qui

les concerne »: c’est l’une des nouveautés de l’exhortation apostolique dans

laquelle Jean-Paul II a recueilli les fruits du Synode des évêques sur « la

vie consacrée et sa mission dans l’Eglise et dans le monde », tenu à Rome en

octobre 1994. Le pape exhorte l’Eglise catholique a conférer aux religieuses de plus grandes responsabilités.

Dans ce texte de 200 pages, le pape préconise aussi le « discernement » et

« l’attente avec patience de la preuve des fruits pour reconnaître l’authenticité du charisme » des nouvelles formes de vie évangélique qui ont fleuri

ces dernières années, pour lesquelles sera créée une commission ad hoc. Il

demande aux religieux et religieuses « une plus grande prise en considération de la Règle », concernant en particulier le port de l’habit, et les appellent, tous ordres confondus, à « reprendre avec une détermination renouvelée la mission de l’éducation, là où c’est possible ».

L’exhortation « Vita consecrata » s’organise autour de trois chapitres,

qui traitent successivement des « sources christologiques et trinitaires de

la vie consacrée », de la vie consacrée comme « signe de communion dans

l’Eglise » et comme « manifestation de l’amour de Dieu dans le monde ». Dans

l’introduction, Jean-Paul II souligne que les « difficultés que rencontrent

actuellement un certain nombre d’Instituts dans plusieurs régions du monde

ne doivent pas amener à mettre en doute le fait que la profession des conseils évangéliques est une partie intégrante de la vie de l’Eglise ».

Le pape observe qú »en ces années de renouveau, la vie consacrée a traversé une période délicate et difficile ». Ce qui ne doit pas « pousser au

découragement » car l’Eglise « a besoin de l’apport spirituel et apostolique

d’une vie consacrée renouvelée et renforcée ».

Port de l’habit? Préférable!

Tout le premier chapitre est bâti sur une méditation de l’Evangile de la

Transfiguration du Christ, image de ce que doit être la vie consacrée :

« Elle cherche à reproduire en elle même, dans la mesure du possible, la

forme de vie que le Fils de Dieu a prise en entrant dans le monde », elle a

le devoir de « montrer le Fils de Dieu fait homme comme le terme eschatologique vers lequel tout tend ». Le pape insiste également sur la relation entre la vie consacrée et le « mystère de la Trinité », car les « conseils évangéliques » sont « avant tout un don de la Très Sainte Trinité ».

Il en découle plusieurs conséquences, concernant par exemple le port de

l’habit: l’Eglise doit avoir « le courage de se rendre visiblement présente,

spécialement dans la culture contemporaine si souvent sécularisée et cependant sensible au langage des signes ». Le pape « recommande vivement » aux religieux de porter leur habit, « convenablement adapté en fonction des circonstances des temps et des lieux » ou, quand « des exigences apostoliques

justifiées le requièrent », un habit « simple et digne, avec un insigne adapté, de façon à rendre reconnaissable leur consécration ».

Le pape leur recommande avant tout « d’être fidèle au charisme fondateur

et au patrimoine spirituel ensuite constitué dans chaque Institut ». Dans

cette ligne, Jean-Paul II considère comme « nécessaire » pour « tous les Instituts de renouveler leur considération de la Règle »: « une plus grande

prise en considération de la Règle ne manquera pas de donner aux personnes

consacrées des critères sûrs pour chercher les formes appropriées d’un témoignage qui réponde aux exigences de l’époque sans s’éloigner de l’inspiration initiale ».

La notion d’autorité

Le second chapitre commence par une réflexion sur la notion d’ »autorité »

à propos du rôle des supérieurs, un rôle indispensable mais difficile dans

un contexte marqué par l’individualisme. Il souligne aussi la nécessité

pour les consacrés d’avoir « un sens de la communion ecclésiale », à l’image

des fondateurs et des fondatrices, « qui font toujours preuve d’un vif sens

de l’Eglise », et relève que « l’adhésion de l’esprit et du coeur au magistère des évêques est un aspect déterminant de cette communion ecclésiale ».

Un long passage évoque un point délicat, souvent soulevé lors du Synode:

la coordination entre les instituts qui rendent des comptes à leurs supérieurs alors qu’ils sont sous la juridiction locale d’un évêque. Pour éviter des conflits, le Synode encourage des structures de « coordination ». Une

autre question délicate évoquée au Synode est celle des « membres associés »,

personnel laïc engagé pour une durée déterminée au service d’un ordre ou

pour une action humanitaire particulière. On demande le discernement quant

aux « intentions » des candidats et une claire précision de leurs rôle et

statuts pour ne par engendrer de confusion avec les laïcs engagés dans une

vie consacrée.

Femmes… Le bien fondé des revendications

Le chapitre le plus novateur concerne les femmes: « Certes, on ne peut

nier le bien fondé de revendications concernant la position de la femme

dans divers milieux sociaux et ecclésiaux. Il convient également de remarquer que la nouvelle conscience que les femmes ont d’elles-mêmes aide aussi

les hommes à revoir leurs schémas mentaux, leur façon de se comprendre suxmêmes, de se situer dans l’histoire et de l’interpréter, d’organiser la vie

sociale, politique, économique, religieuse et ecclésiale ».

Dans ce contexte, la femme consacrée peut « contribuer à éliminer certaines conceptions unilatérales, qui entravent la pleine reconnaissance de sa

dignité, de son apport spécifique à la vie de l’Eglise. De la sorte il est

légitime que la femme consacrée aspire à voir reconnaître plus clairement

son identité, sa compétence, sa mission, et sa responsabilité, aussi bien

dans la conscience ecclésiale que dans la vie quotidienne ». L’avenir même

de « la nouvelle évangélisation, comme du reste de toutes les autres formes

d’action missionnaire, est impensable sans une contribution renouvelée des

femmes, spécialement des femmes consacrées ».

« Il est donc urgent de faire quelques pas concrets, en commençant par

ouvrir aux femmes des espaces de participation dans divers secteurs et à

tous les niveaux, y compris dans les processus d’élaboration des décisions,

surtout pour ce qui les concerne. On attend beaucoup du génie de la femme

non seulement pour la spécificité de la vie consacrée féminine, mais encore

pour l’intelligence de la foi dans toutes ses expressions ».

A propos de la « clôture » pour les contemplatifs, pour laquelle les Pères

synodaux « ont manifesté une grande estime », le pape fait droit au souhait

de donner une plus grande responsabilité aux supérieures majeurs en ce qui

concerne les dérogations « pour des causes graves et justes », qui feront

l’objet d’une réflexion méthodique dans le sens du renouveau déjà accompli

depuis le Concile Vatican II.

Au synode, des propositions avaient été faites également à propos de

l’accès des « frères » (religieux non prêtres) à des responsabilités de décision. Ceux-ci ont un « vrai ministère ecclésial » et « rien n’interdit » qu’il

deviennent prêtres, même si aucun encouragement explicite n’est donné en ce

sens par le Concile Vatican II pour préserver leur vocation spécifique,

note Jean-Paul II. « Cela vaut aussi, précise le pape, pour l’accès à la

charge de supérieur, puisque celle-ci reflète de manière spéciale la nature

de l’Institut lui même. » Ainsi, il semble que l’exhortation, n’ait pas retenu les propositions du synode pour que les frères accèdent à plus de responsabilités dans les ordres.

Nouvelles formes de vie consacrée: prudence

Autre sujet fortement débattu et que le pape avait d’ailleurs soumis aux

Pères Synodaux: le statut et la présence dans l’Eglise de « nouvelles formes

de vie consacrée ». L’Exhortation va plutôt dans le sens de la prudence et

de la communion de ces nouvelles formes de vie avec les formes de vie consacrées issues d’une longue expérience dans l’Eglise. Le pape écrit : « Si,

d’une part, il faut se réjouir de l’action de l’Esprit, il est nécessaire,

d’autre part, de procéder au discernement des charismes. Pour que l’on

puisse parler de vie consacrée, le principe fondamental est que les traits

spécifiques des nouvelles communautés et formes de vie apparaissent fondés

sur les éléments théologiques et canoniques essentiels, qui sont le propre

de la vie consacrée ».

Ce discernement est nécessaire tant au niveau local qu’au niveau universel, en vue d’une obéissance commune à l’unique Esprit: « Dans chaque diocèse, l’évêque examinera l’orthodoxie et le témoignage de vie des fondateurs

et des fondatrices de ces communautés, leur spiritualité, la sensibilité

ecclésiale dans la réalisation de leur mission, les méthodes de formation

et les modes d’entrée dans la communauté… » De manière particulière, il

est demandé d’établir, à la lumière de critères clairs, l’idonéité de ceux

qui, dans ces communautés, demandent à accéder aux Ordres sacrés ».

Le pape recommande la création d’une commission pour les questions concernant les nouvelles formes de vie consacrée « afin d’établir les critères

d’authenticité qui soient utiles au discernement et aux décisions ». Ces

nouvelles formes, observe-il, « ne remplacent pas les institutions antérieures » qui sont « passées par le crible d’épreuves très dures, supportées avec

courage au long des siècles ».

Le « regard sur l’avenir » qui conclut le deuxième chapitre prend acte de

la diminution du nombre des vocations, qui peuvent « menacer de disparition »

certains ordres. Le véritable échec ne vient pas de la baisse numérique

mais de « la perte d’adhésion spirituelle au Seigneur ».

Le texte traite ensuite de la question de la formation initiale et permanente. Celle-ci est importante, car la vie consacrée présente « le risque

de l’habitude et la tentation qui en découle de la déception à cause de la

pauvreté des résultats ». Jean-Paul II prévient: il ne faut pas confondre

« l’absolu du don de soi avec l’absolu du résultat ».

Faire confiance à Dieu

Le dernier chapitre aborde la question de la relation de la vie consacrée avec « le monde ». Le pape souligne l’importance de la mise en oeuvre de

nouveaux projets d’évangélisation, sans jamais oublier ce que les « grands

maîtres de l’action apostolique » ont enseigné: « Il faut faire confiance à

Dieu comme si tout dépendait de lui et, en même temps, s’engager avec générosité comme si tout dépendait de nous ».

La nouvelle évangélisation, dit-il, comme celle de toujours, ne sera efficace que si elle sait proclamer sur les toits ce qui a d’abord été vécu

dans l’intimité avec le Seigneur. Elle a besoin de solides personnalités,

animées de la ferveur des saints ». A cet égard, « rien ne peut être préféré

à l’amour personnel pour le Christ et pour les pauvres en qui il vit ». Le

monde d’aujourd’hui, ajoute le pape, « éprouve l’urgent besoin d’un témoignage prophétique fort de la part des personnes consacrées », mais le prophétisme doit être « authentifié par le plein accord avec le Magistère et la

discipline de l’Eglise ».

Les conseils évangéliques

Le pape aborde alors les « trois défis principaux » de la vie consacrée:

la signification anthropologique et le témoignage des voeux de pauvreté, de

chasteté et d’obéissance. « Les conseils évangéliques, précise-t-il, ne doivent pas être considérés comme une négation des valeurs inhérentes à la sexualité, au désir légitime de posséder et de décider de sa vie de manière

indépendante ». Ainsi, la chasteté va contre la « provocation » de la culture

hédoniste, contre « l’idolatrie de l’instinct ». La « pratique joyeuse de la

chasteté » doit montrer qu’il est possible de vivre « ce que la majorité

tient pour impossible ».

La pauvreté va aussi contre la « provocation » du « matérialisme avide de

possession, indifférent aux besoins et aux souffrances des plus faibles et

même dépourvu de toute considération pour l’équilibre des ressources naturelles ». Combien de personnes consacrées, écrit Jean-Paul II « s’efforcent

d’éliminer les structures d’oppression et de promouvoir des programmes de

solidarité en faveur des pauvres! » La pauvreté « conteste avec force l’idolâtrie de Mammon, en se présentant comme un appel prophétique face à une

société qui dans de nombreuses parties du monde riche, risque de perdre le

sens de la mesure et la valeur même des choses ». Ce témoignage « s’accompagne naturellement de l’amour préférentiel pour les pauvres ».

Enfin l’obéissance va contre « la provocation qui provient des conceptions de la liberté », en apportant une réponse « efficace » car « il n’y pas

de contradiction entre l’obéissance et la liberté ».

Quelques défis

Le troisième chapitre se termine par un appel à travailler dans le monde

de la culture – une « urgence » -, de l’oecuménisme et du dialogue interreligieux », mais surtout à veiller à un engagement renouvelé dans le domaine

éducatif. « Faisant mienne la consigne du Synode, je recommande vivement aux

membres des Instituts à vocation éducative d’être fidèles à leur charisme

primitif et à leurs traditions, conscients que l’amour préférentiel pour

les pauvres s’applique spécialement dans le choix des moyens propres à libérer les hommes de la forme grave de la misère qúest le manque de formation culturelle et religieuse ».

En conclusion, le pape souligne que la vie consacrée n’est pas « une sorte de gaspillage d’énergie humaine utilisable suivant les critères de l’efficacité » de la culture « utilitariste et technocratique qui tend à évaluer

l’importance des choses et même des personnes par rapport à leur utilité

immédiate ». (apic/imed/cip/pr)

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