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Afrique du Sud: Depuis l’abolition de l’apartheid,
l’oecuménisme n’est plus à l’ordre du jour (240396)
Le Cap, 24mars(APIC) L’oecuménisme n’est plus à l’ordre du jour en Afrique du Sud. La fin du régime de l’apartheid – officialisée par les premières élections démocratiques dans ce pays – a eu de nombreuses conséquences
positives… Sauf dans un domaine: celui de l’unité de l’Eglise. Une unité
que les Eglises feraient pourtant bien de retrouver pour lutter ensemble
contre des maux tels que la pauvreté, estime-t-on aujourd’hui dans certains
milieux d’Eglise en Afrique du Sud.
Durant le régime de l’apartheid, c’est côte à côte que l’on pouvait voir
les représentants des Eglises, lors des rassemblements, des marches pour la
paix, des services religieux et des funérailles de militants tués par les
forces de sécurité. Mais «il est vrai que l’esprit de coopération entre les
Eglises était beaucoup plus fort sous le régime de l’apartheid», estime Albert Nolan, un des théologiens du Kairos – document intitulé «défi à
l’Eglise – commentaire théologique sur la crise politique en Afrique du
Sud», présenté en 1985 par 151 personnalités ecclésiastiques et laïques
d’Afrique du Sud qui s’opposaient à l’aparthei.
«Cela ne signifie point que les Eglises ne veulent plus de l’oecuménisme, mais simplement que chacune d’entre elles se consacre à ses propres affaires», relève aujourd’hui Albert Nolan.
Il admet toutefois que l’unité durant la lutte contre l’apartheid
n’était pas oecuménique au sens où on le comprend généralement. «Nous
avions un ennemi commun, et nous ne nous observions pas les uns les autres», souligne-t-il dans une déclaration faite à l’Agence oecuménique ENI.
Avait-on alors assez conscience de l’importance de l’oecuménisme, et
d’être l’Eglise de Jésus Christ? s’interroge aussi Albert Nolan.
John de Grucy, professeur d’études chrétiennes au Département des études
religieuses de l’Université du Cap, a exprimé des vues similaires sur la
coopération entre les Eglises sous le régime de l’apartheid.
Une lutte qui unissait
«Ce qui liait les Eglises était la lutte», estime-t-il. «Il y avait une
unité qui était fonctionnelle et pragmatique parce que nous suivions une
voie commune. Il y avait aussi un rejet théologique de l’apartheid, qui a
été finalement considéré comme une hérésie».
«Mais ce que nous n’avons pas abordé comme nous aurions dû le faire, ce
sont les questions plus problématiques de foi et constitution qui divisent
les Eglises. Cela pouvait se comprendre alors parce que nous ne pouvions
pas nous permettre d’être divisés à ce sujet alors que nous devions être
unis dans la lutte».
Une fois la lutte terminée, ces questions étaient encore présentes, relève le professeur de Gruchy.
«Ce n’est pas tout à fait vrai de dire que les Eglises sont rentrées
dans leur coquille, mais il y a une part de vérité. Nous avons réalisé notre objectif commun, maintenant nous devons mettre de l’ordre dans la maison. Ceci mène au confessionnalisme», souligne le professeur de Gruchy.
Pour Albert Nolan, «Cela ne signifie pas que les Eglises ne veulent plus
de l’oecuménisme. Si une crise qui nous concernait tous éclatait demain,
nous recommencerions à lutter ensemble, comme avant».
Le combat contre la pauvreté devrait pourtant unir
A ses yeux, les Eglises qui ont participé ensemble à la lutte contre
l’ennemi commun – l’apartheid – devraient aujourd’hui agir de même face aux
questions de pauvreté et de développement, défis qui pourraient renforcer
la coopération oecuménique. «Les Eglises n’ont pas encore réalisé que la
construction d’une nouvelle Afrique du Sud est une cause commune qu’elles
devraient défendre ensemble».
Albert Nolan et le professeur de Gruchy s’exprimaient ainsi après le
lancement d’un livre – Being the Church in South Africa Today – publié par
le Conseil des Eglises d’Afrique du Sud (SACC) sur le rôle des Eglises
après l’apartheid. Le livre est un recueil de documents présentés lors d’un
colloque tenu près de Johannesburg en mars 1995. Il est distribué par le
service des publications du Conseil oecuménique des Eglises, à Genève.
(apic/eni/pr)
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