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Berne:Club de la presse des journalistes catholiques (190396)

Pier-Luigi Giovannini met en garde contre les «bombes atomiques sociales»

Berne, 19mars(APIC) Laisser se développer les inégalités sous prétexte de

«déréglementation» et de «globalisation des marchés», négliger les jeunes

qui ne trouvent pas leur place dans la société, c’est se préparer des «bombes atomiques sociales» qui n’épargneront personne. Cette sérieuse mise en

garde a été lancée à Berne au Club de la presse des journalistes catholiques par l’économiste fribourgeois Pier-Luigi Giovannini.

Pour sa première manifestation de l’année, le Club de la presse des

journalistes catholiques avait invité lundi à Berne le conseiller aux Etats

démocrate-chrétien schwytzois Bruno Frick, avocat et notaire, le premier

secrétaire de l’Association suisse des banquiers (ASB) Germain Hennet, ainsi que Pier-Luigi Giovannini, directeur du Centre Info à Fribourg, qui analyse la responsabilité des entreprises et des investisseurs.

Réunis sur le thème «Les grands décideurs économiques sont-ils plus

puissants que le pouvoir politique», les participants ont d’emblée placé la

discussion sur le terrain de la «mégafusion» des géants de la chimie Ciba

et Sandoz. «Une décision prise dans le plus grand secret par MM. Moret et

Krauer», a souligné P.-L. Giovannini, et qui crée un grave «traumatisme social» en Suisse:sur les 10’000 emplois dont on annonce la suppression, le

tiers concerne la Suisse et les syndicats sont tétanisés!

Cette fusion montre à l’envi les limites du pouvoir politique face à des

grands patrons qui ne sont pas soumis aux lois de la démocratie et qui

n’ont pas de comptes à rendre au peuple. «Le pouvoir fédéral a pu vérifier

là les limites de son impact…», a lancé le modérateur Paul Jubin, laissant entendre que «le marché gouverne et le gouvernement gère».

Les milieux économiques ne sont pas tout puissants, ni homogènes

Pour Bruno Frick, qui se veut indépendant des «lobbies» économiques raison pour laquelle il ne siège pas dans des conseils d’administration importants – les milieux économiques ne sont pas tout puissants, ni homogènes, à l’instar des partis ou d’associations professionnelles comme

l’Union suisse des arts et métiers (USAM). L’USAM, par exemple, a échoué

dans sa tentative de supprimer l’impôt fédéral direct, pour le transférer

sur la TVA, une proposition «pas réalisable politiquement dans les circonstances sociales et économiques actuelles». Ce manque d’unité, on l’a

également vu à propos du fameux «Livre blanc» rédigé par De Pury et consorts, «un exercice malheureux», qui a fait beaucoup de dommages à la crédibilité des responsables de l’économie.

Les médias zurichois plus puissants que l’économie

Unis, les milieux économiques peuvent certes empêcher des décisions politiquement pas assez mûres, comme la taxe sur le CO2. Ou en faire passer

d’autres, comme la TVA ou le GATT. A ses yeux, dans une démocratie arrivée

à un stade de maturité comme en Suisse, le poids des organisations économiques dans la politique est «mesuré», surtout si elles représentent des intérêts de branche ou particuliers. A relativiser aussi face au pouvoir, selon lui supérieur, des grands groupes de communication que sont Ringier, le

Tages-Anzeiger ou la Télévision suisse alémanique, tous des médias situés à

Zurich, en mesure de décider d’une thématique pour toute la Suisse.

Sur un ton faussement candide – «quand nous prenons une position, c’est

pour dire la vérité» – le premier secrétaire de l’ASB affirme que les rapports entre les collectivités publiques et les organisations économiques

«ne doivent pas être posés en termes d’influence et de force, mais avant

tout de collaboration». Contrairement à une opinion répandue, «l’ASB n’a

pas comme activité principale de faire le siège des conseillers nationaux

et des conseillers aux Etats pour les influencer».

Pour G. Hennet, elle vise surtout à «contribuer à créer un environnement

favorable à une activité bancaire qui serve au mieux les intérêts de notre

pays». D’ailleurs, précise-t-il, lorsque l’ASB participe à la formation de

législations ou à leur exécution, «elle le fait en tant que contribution à

l’élaboration de meilleures lois et non pas comme une tentative de priver

le législateur d’une partie de ses fonctions».

Non au libéralisme à tout crin

Dans la discussion qui a suivi, tant Bruno Frick que Pier-Luigi Giovannini ont reconnu que la mondialisation de l’économie est un fait incontournable:»on ne peut pas vivre en marge de l’économie mondiale et des grands

marchés!» Mais si l’on veut véritablement un développement durable, préservant l’environnement et socialement responsable – dans le sillage des

grandes déclarations des Sommets de Rio et de Copenhague – on ne peut poursuivre dans la voie actuelle de la libéralisation à tout crin, sans prendre

le risque d’encourager encore davantage la «société à deux vitesses».

Le politicien de Suisse centrale constate que le peuple suisse, surtout

dans la partie alémanique, n’est pas mûr pour une déréglementation totale,

comme on l’a vu dans le vote pour l’Espace Economique Européen (EEE). Mais

au vu des manifestations de l’automne dernier en France contre le «Plan

Juppé», la Suisse n’est pas la seule à se méfier des modèles inspirés par

la pensée néo-libérale et mis en oeuvre sans dialogue social. (apic/be)

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