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apic/Guatemala/ Menchu

Guatemala: Rigoberta Menchu témoigne à Bruxelles (100396)

Pas de réconciliation sans une justice indépendante

Bruxelles, 10mars(APIC) Rigoberta Menchu, prix Nobel de la Paix 1992,

était le 9 mars l’hôte de la campagne de Carême de Partage, à Bruxelles. La

militante des droits de l’homme a présenté deux axes essentiels de son combat actuel: une justice indépendante au Guatemala et les droits des peuples

indigènes en Amérique latine.

En janvier dernier, Alvaro Arzu a été élu président du Guatamala, confirmant ainsi le retour des civils à la tête du pays. Mais le climat de

violence et l’omniprésence de l’armée ne permettent pas de se réjouir naïvement de ce retour des civils au pouvoir. Le gouvernement du nouveau président n’a obtenu que 600’000 voix en sa faveur sur une population de dix

millions d’habitants, rappelle Rigoberta Menchu. Le nouveau parlement n’a

été élu que par 20% des électeurs: 70% n’avaient même pas reçu leur convocation électorale.

Comment dès lors faire progresser les lentes négociations de paix entre

le gouvernement, les militaires, et les groupes de l’opposition armée, regroupés dans l’Union Révolutionaire Nationale Guatémaltèque (UNRG)? Comment

associer à l’élaboration d’un projet de paix les groupes et secteurs sociaux qui voudraient faire entendre la voix du peuple au sein de l’Assemblée de la Société Civile? interroge R. Menchu.

Le tournant de Xaman

Un événement sans précédent pour le pays donne cependant un espoir à

Rigoberta Menchu. Le 31 janvier dernier, la 5e Cour d’appel de Jalapa lui a

donné raison en déclarant que la Cour Militaire était incompétente pour juger les 26 soldats impliqués dans un massacre d’Indiens, le 5 octobre dernier.

Ce massacre a eu lieu dans le village de Xaman, dans la province d’Alta

Verapaz. Une communauté d’indigènes, rentrés un an auparavant d’un long

exil au Mexique, se préparait à fêter l’anniversaire de ce retour quand une

patrouille militaire a fait irruption, tuant onze Indiens, dont trois enfants, et blessant des dizaines d’autres.

Ce massacre allait-il à nouveau déboucher sur l’impunité pour les coupables, leur crime étant légitimé comme action purement militaire? La Cour

d’appel de Jalapa a tranché: les militaires seront jugés comme des criminels de droit commun par un tribunal civil.

«Mais le combat n’est pas gagné», relève le Prix Nobel de la Paix. «Le

juge civil est maintenant soumis à des pressions. Et voilà qu’il a des doutes sur sa propre compétence. Il faut soutenir le moral de nos juges, et

surtout élargir notre lutte pour obtenir la mise en oeuvre de ce que prévoit la Constitution: une stricte indépendance du pouvoir judiciaire ainsi

que des conditions de travail garantissant l’impartialité des juges. Les

autorités civiles doivent apprendre à ne plus dépendre des militaires: nous

devrons y veiller.»

Les Indiens comptent sur l’Europe

Malgré 55% d’Indiens Mayas répartis en vingt ethnies et 42% de métis, la

population indigène du Guatemala est toujours écartée de l’accès aux décisions et à la propriété. 90% des indigènes ne peuvent se partager que 22%

des terres, les grands propriétaires fonciers, 2% de la population, ayant

fait main basse sur 72% des surfaces cultivables.

Ambassadrice de bonne volonté pour les Nations-Unies, Rigoberta Menchu

n’entend pas seulement faire avancer la cause du Guatemala, mais celle des

droits des indigènes, auxquels l’ONU a consacrée la décennie en cours. Participation de tous, sauvegarde des cultures différentes, redistribution des

terres, respect des droits humains, justice et indemnisation des victimes.

«Il ne peut y avoir de justice sans dialogue. Ni de réconciliation sans

justice», souligne Rigoberta Menchu. La réconciliation implique aussi le

pardon, non pas, précise-t-elle, pour céder au chantage de ceux qui réclament l’impunité ou l’amnistie après leurs atrocités. Mais parce qu’il faut

promouvoir à la fois la justice et le dialogue, les enquêtes sur les violations des droits de l’homme et l’éducation des citoyens à la participation

démocratique. De ce point de vue, Rigoberta Menchu apprécie le travail qui

se fait dans les diocèses du Guatemala avec l’appui des évêques. Car, ditelle, «c’est le travail de la paix qui bâtit la convivialité». (apic/cipmp)

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