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Cameroun: le cardinal Tumi dénonce (060396)
une Constitution faite sur mesure pour le président
Douala, 6mars(APIC) La nouvelle Constitution camerounaise est faite sur
mesure pour le président, pas pour le peuple, estime le cardinal Christian
Tumi, archevêque de Douala. Le cardinal dénonce le climat d’insécurité dans
le pays. Lui-même « comme d’autres » a reçu des menaces.
Réélu en octobre dernier, le président Paul Biya, qui dirige le pays depuis quinze ans, avait promis une ouverture. Le cardinal de Douala la cherche en vain dans la nouvelle Constitution qui vient d’être révisée. « Quand
on examine cette Constitution, on a l’impression que ceux qui l’ont élaborée avaient (…) une personne dans leur esprit, en l’occurrence l’actuel
président de la République », déclare-t-il.
Dans l’ensemble, la Constitution ne prend pas en compte les aspirations
du peuple, a confié Mgr Tumi à « L’Effort camerounais ». Il pense en effet,
a-t-il précisé à l’hebdomadaire catholique, que « l’exécutif, le législatif
et le judiciaire devraient être clairement séparés ». Il constate aussi que
le nouveau texte ne se réfère pas à Dieu et avertit: « Ceux qui gouvernent
sans Dieu ne gouverneront pas longtemps. Plusieurs pays, européens et autres, ont tenté de le faire et ont échoué. »
Le cardinal Tumi dénonce enfin le climat d’insécurité dans le pays. A
Bamenda, le domicile d’un évêque a été attaqué par des inconnus. « J’ai reçu
personnellement des menaces, comme d’autres », ajoute-t-il.
Le président Paul Biya est d’origine catholique. On espérait de lui une
gestion rigoureuse, mais ces espoirs ont été fortement déçus. Les évêques
l’ont fait savoir en juin 1990 dans une lettre pastorale, à la suite de laquelle les financements traditionnels fournis par l’Etat aux oeuvres sociales et scolaires catholiques ont été interrompus. En 1992, la réélection de
M. Biya a été entachée de fraudes, cause de graves troubles dans la partie
anglophone du pays (10 %). La répression fut terrible, au point que Mgr
Verdzekov (Bamenda) dénonça les tortures policières, les emprisonnements
arbitraires, les pillages et incendies volontaires, les faux témoignages et
les haines ethniques. P. Biya a été réélu en octobre 1995.
Ces dernières années, plusieurs agents pastoraux ont été assassinés au
Cameroun, parmi lesquels Mgr Yves Plumey (1991), deux religieuses (1992) et
le Père Engelbert Mveng (avril 1995). Se sentant menacé, l’abbé Jean- Marc
Ela, théologien et sociologue de renommée internationale, a fui au Canada.
Le cardinal Tumi le regrette, estimant qu’il aurait dû « dire ses appréhensions à son évêque, au moins par écrit », car « nous ne pouvons pas nous exiler à cause des menaces, dit-il, nous sommes des bergers et devons le rester avec nos ouailles ».(apic/cip/mp)
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