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Rencontre avec le Père Radcliffe, maître des Dominicains
« Parler en vérité, avec confiance et ouverture aux surprises » (300496)
Bruxelles, 30avril(APIC) Le Père Timothy Radcliffe, maître de l’ordre des
Frères Prêcheurs a effectué du 19 au 26 avril une visite de sept jours en
Belgique, à l’écoute des frères dominicains et de leurs communautés. Avant
de gagner le Nigeria, puis de revenir en Italie et en Flandre, il a posé
devant les informateurs religieux un regard d’ensemble sur la présence dominicaine dans le monde d’aujourd’hui.
L’ordre des Frères Prêcheurs fondé en 1215 par saint Dominique rassemble
actuellement quelque 7’000 frères et est en plein renouveau. Un frère sur
six est en formation initiale, « ce qui est de bon augure », relève le maître
de l’ordre. Hier, la plupart des vocations venaient d’Occident. A présent,
deux vocations sur trois proviennent des autres continents. « Ce rayonnement
international est une richesse, mais nous met aussi au défi de promouvoir
l’unité dans la diversité », observe le Père Timothy Radcliffe.
Elu maître de l’ordre en août 1992, ce théologien de 51 ans est le premier Anglais à assumer cette responsabilité. « Annoncer l’espérance, ce
n’est sûrement pas prêcher un optimisme irréaliste, mais c’est d’abord
croire en l’avenir des gens. Pour cela, il faut partager leur expérience,
commencer par les écouter, entrer dans leurs paroles de souffrance si l’on
veut qúils puissent, à leur tour, recevoir une parole d’espérance. Comment
voulez-vous dire une parole qui fasse autorité auprès des jeunes européens,
par exemple, si vous ne partagez pas leurs aspirations déçues et leur sentiment de pas d’avenir dans une société sans emploi? Apporter aux jeunes
une parole d’espérance implique qu’on commence par les écouter et par voir
la réalité à travers leurs yeux! »
« Vérité, notre blason »
A l’époque du fondateur, une sorte de « contre-Eglise » s’était créée dans
le Midi de la France. Les Cathares ou Albigeois y prêchaient une doctrine
simpliste qui faisait dépendre toute l’existence de deux principes absolus:
le Bien, d’un côté; le Mal de l’autre. Le seul moyen de s’en sortir, pensaient les adeptes de cette secte, était une extrême ascèse et l’effort
pour rejoindre, avant qu’il ne soit trop tard, une société de « purs ».
Saint Dominique fut appelé à se mettre au service de la Vérité en éclairant, par sa prédication, des fidèles souvent plongés dans l’ignorance. En
même temps, grâce au style de vie adopté par son ordre mendiant des Frères
Prêcheurs, il sut gagner l’estime face à la médiocrité d’une partie du
clergé devenu la cible des Albigeois. Quelques années plus tard, avec Thomas d’Aquin (1225-1274), lui-même élève d’Albert le Grand, le jeune ordre
dominicain allait apporter à l’Eglise une incomparable « Somme théologique ».
« Nous avons toujours cru en l’importance de la recherche et de la théologie, commente aujourd’hui le Père Timothy. Et c’est capital à notre époque où je constate une perte de confiance dans l’importance de la pensée.
Car la méfiance à l’égard de la pensée ouvre la voie au fondamentalisme. »
Derrière cette tendance à prendre toute parole de foi au pied de la lettre,
le maître des Dominicains détecte une orientation totalitaire: « Les fondamentalistes, dans l’Eglise comme dans l’islam, pensent qu’ils ont spontanément toutes les réponses! »
Le Père Timothy met sur le même pied la tendance inverse du relativisme,
qui doute d’un accès possible à la vérité. « Cette perte de confiance en la
vérité est liée à des violences. De Londres à Manhattan, en passant par
Kinshasa, j’y vois un manque d’espérance que nous arrivions avec les autres
à une vérité partagée ! Or, Dieu nous a faits pour vivre dans la vérité.
C’est là que nous trouverons la liberté et la communauté. Evidemment, si je
veux accéder à la vérité, je dois accepter que Dieu m’enseigne! »
Ouvert aux surprises
Au cours du Synode de 1994 sur la vie consacrée, le Père Radcliffe avait
mis en garde contre « la peur des autres », où s’enracine à ses yeux « trop
d’accusations et de condamnations des deux côtés ». Et d’enchaîner « Jésus,
n’était pas un homme d’accusation. Quand l’Eglise se fait accusatrice, elle
s’éloigne de l’esprit de Jésus! »
Le maître dominicain a pu voir, aux Pays-Bas, les traces laissées dans
l’Eglise par des années de polarisation entre deux tendances. « On a enfin
perçu que l’agression et le conflit sont stériles », se réjouit-il. « Et surtout, on rebâtit peu à peu la communauté ecclésiale.
Du Synode d’octobre 1994, le pape a dégagé les principaux enseignements
dans son exhortation apostolique publiée le 28 mars dernier. Ce document
majeur sur la « vie consacrée » réjouit le Père Radcliffe. Avant tout pour
deux raisons: « J’y retrouve l’affirmation de la valeur de la vie consacrée.
Et il est important de souligner le rôle fondamental de cette vie et son
signe prophétique à une époque où l’on constate une perte de confiance. En
outre, le document réaffirme clairement l’option préférentielle pour les
pauvres. Ceci aussi rejoint notre expérience: partout dans le monde, et
jusque dans les banlieues les plus misérables, des religieux et des religieuses sont insérés aux côtés des pauvres. Dans notre grande famille dominicaine, j’ai été personnellement impressionné par ce que vivent et ce que
réalisent les femmes ».
Quant au dernier chapitre général de l’ordre dominicain, le Père Timothy
se réjouit d’en voir les orientations bien accueillies. Il en rappelle et
en commente quelques accents.
« Si la vie religieuse est une aventure, il faut en accepter les défis.
La vie de l’ordre dominicain est traditionnellement très décentralisée:
c’est un atout que nous ne pouvons pas perdre si nous voulons aller à la
rencontre des cultures locales. Aux provinces de notre institut de miser
davantage sur leur collaboration pour répondre à des missions nouvelles,
comme la fondation de communautés dominicaines en Asie, ou l’accompagnement
des signes de renouveau en Russie et en Ukraine. Les Frères y sont prêts ».
Le Père Radcliffe tient à conclure sur un regard plus large encore :
« Les Frères Prêcheurs sont 7’000. Mais nos Soeurs dominicaines sont bien
plus nombreuses: 5’000 moniales contemplatives et 35’000 Soeurs engagées
dans la vie active. Nos Soeurs sont des collaboratrices de premier plan.
Aux Etats-Unis, plusieurs sont déjà associées aux Frères dans la prédication ou l’annonce partagée de la Parole. De plus en plus, les Soeurs et les
Frères font des études de théologie ensemble. A Rome, c’est une religieuse
qui est désormais vice-recteur de notre Institut théologique, l’Angelicum.
« Mais les plus nombreux, dans notre famille dominicaine, ce sont les
laïcs. Ce ne sont pas seulement des gens pieux, mais des chrétiens ancrés
dans des engagements concrets. Ils sont tellement nombreux qu’on ne peut
les compter: quelques centaines de mille, sans aucun doute. Rien qu’au
Vietnam, il y en a 40’000. En Russie, les laïcs ont joué, sous les dures
années du communisme, un rôle capital: ce sont des laïcs qui ont maintenu
là-bas l’esprit dominicain et qui ont formé les premiers frères russes
d’après la chute du mur de Berlin ! » (apic/cip/pr)
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