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Ukraine: Le pape invite l’Eglise gréco-catholique (230496)

de Transcarpathie à oeuvrer pour l’unité

Lettre apostolique de Jean Paul II

pour le 350e anniversiaire de l’Union d’Oujgorod

Rome, 23avril(APIC) L’Eglise gréco-catholique de Transcarpathie s’engagera pour une pleine liberté religieuse en travaillant à la réconciliation

entre les catholiques et les orthodoxes. Une démarche qui suppose «le courage du pardon, une grâce qu’il faut demander avec une infatigable persévérance», rappelle Jean-Paul II dans une Lettre apostolique publiée lundi.

Cette 15e Lettre apostolique de Jean-Paul II est publiée à l’occasion du

350e anniversaire de l’»Union de Oujgorod», signée le 14 avril 1646 lors du

ralliement au siège de Rome de 63 prêtres orthodoxes autour de leur évêque,

Mgr Vasili Tarasovitch.

Moins importante que l’Union de Brest (23 octobre 1595), qui donna lieu

en novembre dernier à une précédente Lettre apostolique de Jean-Paul II,

l’Union d’Oujgorod appartient à un «chemin de réunification» entre les

Eglises de l’époque, que le pape entend souligner aujourd’hui de manière

solennelle, dans la perspective du Jubilé de l’An 2000, conformément à sa

volonté d’accomplir des pas significatifs en vue de l’unité des chrétiens.

«L’événement d’Oujgorod, écrit le pape dans sa lettre, peut s’épanouir

en une prospérité nouvelle, en vivant un présent serein et en s’engageant

pour un futur caractérisé par la pleine liberté religieuse, par la recherche de la réconciliation entre les catholiques et les orthodoxes et par un

engagement infatigable pour l’édification de la paix.»

L’Eglise gréco-catholique de Transcarpathie (Ukraine), comme toutes les

«Eglises orientales» catholiques, peut jouer un grand rôle pour la cause de

l’unité, écrit Jean-Paul II, en rappelant que le but est la pleine unité

entre les Eglises. Une démarche qui suppose de la part des Eglises

orientales catholiques un renouveau et une écoute docile des enseignements

du Concile Vatican II.

Jean-Paul II pense que le temps est venu d’»accélérer le pas en vue de

la réconciliation complète entre les Eglises et à l’intérieur même de la

communauté ecclésiale». C’est pourquoi il demande en conclusion que la

perspective du Jubilé «fasse naître en chacun une attitude d’humilité capable d’opérer la nécessaire purification de la mémoire historique», en même

temps que «la demande et l’offre réciproque de pardon pour les incompréhensions des siècles passés». Ce qui suppose aussi «le courage du pardon, une

grâce qu’il faut demander avec une infatigable persévérance».

La longue histoire de l’Union d’Oujgorod

L’Eglise gréco-catholique de Transcarpathie a célébré le 350e anniversaire de l’Union d’Oujgorod ce 21 avril. Des centaines de milliers de catholiques du rite byzantin d’Ukraine, de Slovaquie, de Hongrie, de Roumanie,

d’Autriche, des Etats-Unis et du Canada se sont associés à cette la célébration qui a eu lieu dans la cour du château d’Oujgorod.

C’est dans ce château que fut signée en avril 1646 l’Union entre l’évêque orthodoxe du diocèse de Mukacevo, Mgr Vasili Tarasovitch, et l’évêque

catholique d’Eger en Hongrie, Mgr György Jakusicz. Des 650 prêtres du diocèse de Mukacevo, 63 seulement se convertirent alors au catholicisme.

L’évêque Tarasovitch lui-même repassa à l’orthodoxie. Il est mort en 1651.

L’organisateur principal du mouvement uniate a été son successeur Petro

Petrovich (1651-66). Une crise est survenue après sa mort. Trois évêques se

trouvaient alors en concurrence: l’un, élu par le synode uniate; un autre,

imposé par l’empereur Ferdinand III; et le troisième, nommé par une souveraine locale, la comtesse Sophie Rakoczy. Une issue n’a été trouvée qu’en

1689 avec la nomination de Giovanni Giuseppe Camillis comme vicaire apostolique de Mukacevo. Grec originaire de l’île de Chio, ce dernier avait étudié au Collège grec de Rome. Il a convoqué plusieurs synodes, publié un catéchisme et renforcé l’Union. En 1693, 420 paroisses ont adhéré à l’Eglise

gréco-catholique.

Dans la première moitié du XVIIIe siècle, les évêques latins d’Eger ont

obtenu le rattachement du diocèse uniate de Mukacevo à leur juridiction.

Les uniates ont protesté contre les limitations imposées à leurs évêques.

Juridictions indépendantes

Le pape Clément XIV n’a réglé ces relations tendues qu’en 1771. Par la

bulle «Eximia regalium», il a rendu la juridiction aux évêques uniates. Le

diocèse uniate comprenait tout le territoire de nord-est du royaume hongrois, dominé par les Habsbourg, et comptait 839 églises et 675 paroisses.

En 1776, il est devenu suffragant de l’archidiocèse d’Esztergom.

Le pape Pie VII a divisé le diocèse de Mukacevo en 1818. Le second siège

de l’évêque gréco-catholique a été créé à Presov, dans la Slovaquie actuelle. La politique menée depuis 1866 – après la compensation austro-hongroise

– a empêché les relations des deux diocèses avec le métropolite de Lviv.

Dès lors, à l’instar des diocèses uniates de Transylvanie, en Roumanie, ils

ont appartenu jusqu’en 1918 à la province ecclésiastique latine d’Esztergom. C’est pourquoi certains règlements en vigueur pour le clergé hongrois

ont dû être appliqués aussi dans les diocèses uniates.

Un évêque-martyr

La Transcarpathie a été attribuée à la Tchécoslovaquie en 1919. En 1941,

après une courte période d’indépendance sous la présidence d’un prélat

uniate, la région est donnée à la Hongrie puis, en 1945, à l’Ukraine soviétique. L’Eglise gréco-catholique est dissoute en 1946 par la force et intégrée dans l’Eglise orthodoxe. Dans la région de l’Union d’Oujgorod, les

communistes ont dissout l’Eglise gréco-catholique un peu plus tard. L’évêque Teodor Romza a perdu la vie en Transcarpathie dans un accident de voiture, dont les circonstances restent obscures. Les uniates ont été ensuite

incorporés dans l’orthodoxie.

Dans la Slovaquie voisine, l’Union a été abrogée en 1951. L’évêque de

Presov, Mgr Pavol Gojgic, a refusé de réintégrer l’Eglise orthodoxe. Il est

mort le 17 juillet 1960 en prison à Leopoldov. Le 2 juillet dernier, lors

de sa visite à Presov, le pape Jean-Paul II a annoncé l’ouverture prochaine

du procès de béatification de Mgr Gojdic.

La restauration de l’Eglise gréco-catholique en Slovaquie a commencé

pendant le printemps de Prague. Le 10 avril 1968, 163 prêtres, dont beaucoup de clandestins, ainsi que 66 fidèles laïcs, se sont groupés en association, sous la présidence de l’évêque Vasil Hopko. L’Eglise gréco-catholique en Tchécoslovaquie a été officiellement reconstituée le 13 juin 1968,

mais à cette époque on ne lui a rendu aucun des bâtiments confisqués.

La Faculté de Théologie gréco-catholique a été reconstituée en 1991,

deux ans après la «Révolution de velours». Les bâtiments et les églises

uniates ont alors été restitués, ce qui a provoqué des tensions avec les

orthodoxes, qui les utilisaient depuis 1951.

L’Eglise gréco-catholique de Transcarpathie (diocèse de Mukacevo) a également été reconstituée en 1991. Mgr Ivan Semedi, son chef actuel, était

auparavant un évêque clandestin. (apic/cip/mp)

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